I. S. Jac, I, i
i34 LES TENTATIONS DU JEUNE HOMME
Dieu, qui est la loi morale subsistante, pourraitil nous inviter à la violer? Ce serait l'absurdité des absurdités. Dieu aime l'ordre du même amour invincible et parfait dont il s'aime, et toutes ses volontés ne tentent qu'à le maintenir.
Mais ce que Dieu ne fait pas par lui-même, il se résout pour de justes motifs à le laisser faire. Il y a ce qu'il commande, ce qu'il désire, ce qu'il permet ou tolère. A l'occasion, sa Providence juge convenable de lâcher les brides aux bêtes féroces que nous portons en nous, aux hommes mauvais et aux démons.
Nous voilà assaillis, et les ennemis du bien nous harcèlent : que fait notre Dieu ? Ses yeux se tiennent attachés sur chacun de nous. Les découvertes scientifiques, nous dit un habile historien des idées, eurent pour conséquence, dans un grand nombre d'esprits, de reléguer Dieu au fond d'un ciel inacessible d'oii il se désintéresse des êtres infimes, grouillant à la surface d'un petit tas de terre et de boue : « Nous habitâmes subitement un coin perdu de l'univers immense ; le ciel recula dans des espaces sans mesure et Dieu s'enfuit dans l'infini*. » Ceux qui ont pu croire cela, oublient que Dieu est un esprit pour qui les plus lointaines distances