I. E. Faguet, Seizième siècle, p. vu
CAUSES DES TENTATIONS i35
n'existent pas. Présent à Sirius et à Belthégeuse, il n'en est pas moins présent à nous, et le soin qu'il prend des soleils gigantestes ne le détourne point de nos imperceptibles personnes qu'il estime davantage, parce que nous sommes capables de l'aimer. — Il ne serait pas plus juste de se fabriquer avec MaleLranche, sous le prétexte de sauvegarder la majesté divine, une Providence exclusivement générale, prisonnière de ses propres lois et n'ayant avec ses créatures que des rapports impersonnels, comme un mécanicien avec la multitude des rouages d'une machine vaste et compliquée. Non, tout à l'heure on méconnaissait l'immatérielle ubiquité de Dieu, ici on méconnaît sa bonté. Le Dieu de l'Évangile est plus tendre et plus attentif. Avec chacun de nous il entretient des relations de personne à personne et, grâce à l'Incarnation, nous pouvons dire mieux, d'homme à homme, de frère à frère, de cœur à cœur. L'auteur de rimitation, résumant en cela la pbus douce des expériences religieuses, a pu écrire un chapitre sur r amitié familière avec Jésus. « J'ai versé telle goutte de sang pour toi », fait dire Pascal à notre Sauveur ; et c'est là l'esprit le plus pur de l'Évangile où Jésus se peint lui-même, comme le bon pasteur qui part à la recherche d'une brebis, et comme une vigilante ménagère qui
iSr, LES TEÎSTATIONS DU JEUNE HOMME
bouleverse sa maison pour retrouver une drachme égarée. Nul cheveu de notre tête qui ne soit connu du Père céleste et qui puisse tomber sans sa permission. A plus forte raison, notre âme ne court-elle pas un péril sans qu'il ne s'en inquiète : « Où est la tentation, Dieu est là aussi*. »
11 y est et il y agit, spectateur invisible et inactif en apparence, en réalité l'un des acteurs principaux. Non, certes, qu'à Taccoutumée il nous éclaire et nous ravisse au point d'abolir la lutte. Si nous ne luttions, oii serait notre mérite? Mais il prend garde que l'équilibre des forces ne se rompe et que nous ne soyons accablés par d'irrésistibles ennemis. « Aucune tentation ne dépasse nos forces, écrit saint Paul, car Dieu, qui est fidèle à ses promesses, ne le permet pas. Avec la tentation il ménage la grâce qui rend possible une heureuse issues » L'assistance, dont parle ici saint Paul, est une suite du plan conçu par la sagesse divine et en forme un élément essentiel. Où serait la logique à nous charger de notre sort, si notre choix était paralysé par Tattirance invincible de l'un des partis ? Notre destinée sera réglée sans nous, ou, si c'est à nous