XVI
UNIVERSALITÉ DES TENTATIONS i53
Le jeune homme et le vieillard, émus et beaux tous les deux, de deux beautés diverses et pourtant fraternelles, l'un, de la beauté d'une vertu qui s'arme pour le combat, et l'autre, de la beauté d'une vertu qui a lutté et se prépare à la victoire définitive, se mirent à genoux ; sous la futaie silencieuse et vaste comme une cathédrale, ils récitèrent : « Noire Père qui êtes aux deux.,., ne nous laissez pas succomber à la tentation... »
— Puis, dit le jeune homme en se relevant, les alertes du combat ont leurs charmes ; il y a du plaisir à lutter, à risquer, à vaincre I
— Oui, mon ami, reprit le vieillard, et cela est préférable à l'inerte mollesse qui craint l'effort ; l'énergie qui se règle et se discipline est une joie savoureuse et un splendide spectacle.
Il y a mieux encore. Celui qui lutte pour le bien a le sentiment exquis d'être dans l'ordre et de faire ce qui doit être fait, il n'est pas un anarchiste et un mécontent dans l'univers, il est un loyal ouvrier à qui les lois éternelles des choses sont bienveillantes et il participe à leur sérénité. — Mais, ne parlons pas, nous chrétiens, comme un Marc-Aurèle ; les lois éternelles de l'ordre vivent en Dieu ; ceux qui les acceptent et travaillent à leur triomphe sont les associés du Créateur pour l'organisation et l'achèvement du monde ; leur pensée se hausse jusqu'à la pensée
i54 LES TENTATIONS DU JEUNE HOMME
divine et entre dans les plans providentiels. Dieu les aide par sa grâce et par son Église. Enfin, voyez- vous comme au bout de cette allée brille le soleil, dont nous recevons jusqu'ici les traits d'or : ainsi dans une perspective qui, il est vrai, paraît toujours lointaine même à de vieux débris tel que moi, le bonheur mérité du ciel resplendit à nos yeux.