Jac, I
(i6a LES TENTÀTlOx^S DU JEUNE HOMME
La tentation, si nous voulons continuer la liste de ses heureux contre-coups, persécute noire paresse.
L'héroïsme, en bien comme en mal, nous est antipathique, parce qu'il coûte trop de peines i nous lui donnons avec plaisir l'admiration, qui nous acquitte envers lui ; quant à limiter, cela n'entre point dans l'arrangement de notre vie. Nos amours \ont ailleurs, moins gigantesques et moins ardues. Qu'il est séduisant de s'assoupir dans une médiocre et douce honnêteté ! Non, tu ne le pourras pas ! La sensualité, l'ambition, la curiosité déréglée et, d'un mot : le péché hideux sous cent espèces diverses, peut accourir d'une journée à l'autre, et d'une main insolente il frappe à ta porte. Tu veux fermer les oreilles et continuer ta vie paisible ; non, c'est impossible : la porte va se briser sous leur poussée, si tu ne résistes ; et, après les avoir chassés, tu ne seras garanti contre leurs offensives suivantes, qu'en te faisant vigilant factionnaire ; c'est pour cela que saint Paul, si expert dans la stratégie surnaturelle, te crie ce langage guerrier : Avancez-vous, comme un légionnaire romain, armés de la cuirasse, du casque, du bouclier et du glaive.
UTILITÉ DES TENTATIONS i63
c'est-à-dire munis de toutes les vertus chrétiennes et très attentifs*.
Ce fracas militaire incommode peut-êlre.
Qu'on ne réplique point que j'exagère ; car Dieu sait toutes les victimes que la paresse endort et intoxique I La Rochefoucauld la déclarait la plus insidieuse et la plus universelle des passions, ennemie, du reste, par son naturel, du mal comme du bien et empiétant sur toutes les entreprises. Bien peu auraient le droit, au nom de leur expérience, de le démentir. La paresse réduit même l'activité physique, qui est la plus aisée et qui, dans un tempérament sain, est une expansion spontanée, mais comme elle ronge davantage encore l'activité morale ! Celle-ci est faite d'actes pénibles à la plupart des gens, car elle consiste à penser, à réfléchir, à se surveiller, et surtout à vouloir. Presque tous les hommes ont horreur de ces actes-là, et, trop mous pour user activement de leur liberté, ils se laissent vivre, inertes ou agités selon les poussées dominantes : ce qui, sans que je calomnie notre nature ni l'organisation de notre société, profite d'ordinaire au mal plus qu'au bien.
Contre cette fâcheuse paresse, la tentation, par là même qu'elle jette l'émoi dans tout l'être et