I. Ephes., VI, 14-17, et I Thés., v
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nous reaiue jusqu'aux profondeurs de notre volonté, est un excellent antidote, à moins toutefois que nous ayons abdiqué déjà Tamour du bien. Si un sourire n'est pas déplacé en si grave propos, elle oblige beaucoup de Sancho Pança, pour ne pas suivre un Don Juan scélérat, à suiun Don Quichotte qu'ils traiteraient volontiers d'absurde.
La lenlalion nous ouvre l'entrée du monde moral ; elle est un spécifique contre l'indolence. Ce qu'elle a commencé, elle l'achève, en nous pontraignant à progresser.
Sous peine de déchoir, le tenté doit déployer de l'énergie, accomplir des efforts, parfois les continuer longtemps et les recommencer. Qu'en résulte-t-il ? une volonté aguerrie et forte. C'est un fait aisément contrôlable, que l'exercice saia et énergique d'une faculté la développe. L'effort, si pénible et si répugnant, est bienfaisant, et qui veut se perfectionner entretiendra pour son âpreté un mâle amour. L'application à comprendre une théorie difficile ou à s'expliquer une chose obscure aiguise l'intelligence ; après un travail ardu et mené à bon terme, les autre* besognes, d'une égale difficulté en elles-mêmes^
UTILITÉ DES TENTATIONS i( 5
deviennent faciles. Des exercices de gymr astique, quand on a le courage de les coiiduire méthodiquement et de les prolonger, assouplissent les membres, fortifient les muscles et arrondissent la poitrine. La vie s'amplifie par son propre mouvement. Aucune chose, enfin, n'est plus connue que l'entraînement des soldais, qui, de marches en marches toujours plus longues, parviennent à fournir des étapes prodigieuses. La même loi est vraie de la volojilé ; parce qu'elle est obligée de vouloir, elle acquiert une plus grande force et une plus imbrisable ténacité. Qui dédaignerait ce gain ? La volonté est la maîtresse pièce d'un homme, et par sa qualité on juge de la qualité du caractère; notre puissance de vouloir est notre armature, et, plus que par nos richesses ou nos talents, c'est par sa force cachée, mais sentie de tous, que se fixe notre importance dans la société des hommes, aussi bien que notre place dans le monde des esprits.
Autre conséquence : par la tentation notre amour de Dieu grandit et se fixe. L'amour se mesure moins aux paroles et aux effusions sentimentales qu'au dévouement laborieux, et, de même qu'il se juge aux actes, par eux aussi il s'accroît. On aime davantage un bien pour lequel on a pâti : « Mon âme s'est atta-
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chée à vous, Seigneur Jésus, parce qu'elle a élé lapidée à cause de vous^. » Celui qui accepte de souffrir pour quelqu'un l'aime, et, puisque toute activité engendre un progrès, il l'aimera davantage ; si c'est Dieu, comme dans le cas de la tentation, qui est l'objet de cet amour, celui qui souffre sait que son dévouement n'est point perdu : Dieu le voit dans le secret, l'applaudit, l'encourage, et lui promet la récompense ; l'amour s'en enflamme d'autant. Puis la grâce, qui illumine l'esprit et qui échauffe le cœur, est versée en abondance à celui qui est fidèle dans les moments difficiles ; son esprit plus clair aperçoit mieux que Dieu est le souverain bien, hors duquel toute espérance est vaine, et sa volonté s'y attache plus solidement. Après cela, toutes les souffrances supportées engagent et lient : il ne faut pas qu'elles soient perdues : il ne faut pas être inconséquent et se démentir ; en général, les hommes trouvent plaisir à être fidèles, à continuer, à conserver et augmenter un même capital. Notre passé nous commande toujours au moins un peu et dessine la courbe de notre avenir. N'outrons pas; la liberté subsiste, et avec elle, hélas I la possibilité des per-
I. Cf. Office de saint Etienne, premier martyr, troisième antienne des Vêpres de l'Octave.
Ycrsions; jusqu'à son dernier soupir un Osius de tordoue, qui portait sur son corps les balafres de la persécution, pouvait faillir, mais cela «'est presque du possible pur, de ce possible comparable à l'oxygène non mélangé qui ne se rencontre nulle part dans la nature ; ce qui est normal, c'est que celui qui a souffert pour son Dieu, s'enchante de ce souvenir, et par l'allluence combinée de ses sentiments et de la grâce divine, monte vers la sainteté !
Ainsi, de plusieurs manières, les tentations, contrairement aux visées des mauvais et aux tendances de nos facultés rebelles, nous poussent vers Dieu. Elles nous condamnent au progrès comme à l'unique moyen de ne pas périr ; et, confessons-le, la plupart d'entre nous, pour progresser, nous avons besoin d'y être condamnés. L'industrie de Dieu, bonne, savante, qui se joue parmi les fils entrecroisés des causes, prend comme un moyen dans son œuvre l'obstacle et la difficulté ; la cité céleste est construite, en partie, à l'aide des projectiles dont elle est accablée, et ce qui devait abattre à terre les amis de Dieu les élève.
La parole de saint Jacques * : « Soyez remplis de joie, mes frères^ quand vous tomberez en des