I. Jac
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tentations variées », cesse de sonner à nos oreilles comme un étrange paradoxe. Quand Dieu permet une tentation contre nous, il nous prépare un profit. Ce bruit et l'émoi de l'attaque, ce sont les tonnerres avant-coureurs de la fraîche pluie des grâces.
IL — Une objection
A propos de la doctrine précédente, j'entends encore la voix fine et coupante d'un critique. Il est aumônier dans un lycée, grand, fort vif de toute sa personne et très lettré. Nous nous ren-"* contrâmes dans une vaste et haute bibliothèque, où régnait le profond silence convenable à une nécropole et nécessaire aux fragiles arrangements des idées.
Je levai les yeux de dessus un saint Grégoire et, à voix basse, j'expliquais à M. l'Aumônier l'objet de mes recherches : « Un panégyrique des tentations ! m'interrompit-il d'une voix d'abord discrète et qui monta peu à peu. Sans doute, vous allez les peindre en bienfaitrices des âmes. — Un peu, je l'avoue, répondis-je. ■ — Oui, je vous lis d'avance ; vous soutiendrez quelque thèse de la couleur de celle-ci : Les tentations nous préservent de l'insipidité et de l'en-
UTILITÉ DES TENTATIONS i6^
gourdissement! Les tentations nous révèlent notre nature! Elles sont maîtresses ès-sciences de rhumilité ! Mon cher ami, mon cher ami, à grand peine aperçoit-on quelques bonnes noisettes dans ce tas de feuilles mortes I — Monsieur l'Aumônier, si je suis avocat, vous, vous plaidez, et votre entrain ordinaire vous emporte. — Très peu au-delà de la ligne juste ! murmura-t-il en souriant. Si les tentations, parfois, tournent ù bien et font des élus, comptez donc les malheureux qu'elles retardent ! Comptez donc ceux qu'elles damnent ! Les tentations sont, parmi nous, les artificieuses et remuantes envoyées du mal et lui recrutent sans cesse des partisans et des victimes. La réalité qui s'étale sous mes yeux dément votre panégyrique. Vous dites : elles peuplent le ciel, et moi, je vous le dis : elles massacrent les âmes et peuplent l'enfer. — Vous massacrez vous-même, mon cher critique, et c'est par miracle que Ton n'expire pas instantanément sous vos coups. Plus modéré, quant à moi, je dis simplement : La tentation nous mène à une croisée de deux routes, l'une bonne, l'autre mauvaise, et nous oblige à choisir... — Qui conteste cela? reprit-il, mais c'est un fait que le plus grand nombre, que la foule prend la mauvaise route ; outre l'expérience, l'Évangile lui-même en fait foi : « Large est la
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porte et spacieuse la voie qui conduit à la perdition ; la foule s'y précipite*. »
Il parcourut du regard la salle spacieuse, carrée, et calme ainsi qu'un cimetière ; les lirres, juxtaposés debout en files parallèles, depuis les hauts volumes de Migne rangés à la hauteur du coude jusqu'aux in-12 jaunes perchés près du plafond, nous regardaient, témoins impassibles et impressionnants. M. l'Aumônier éleva la main, joignit un in-octavo et, tournant les pages d'un doigt preste, il scanda : « Autrefois Massillon me paraissait dur et excessif; l'observation des hommes m'a converti à son effrayante opinion : Je vois que chacun se rassure sur son voisin ; que les enfants succèdent là-dessus à la Jausse sécurité de leurs pères ; que nul ne vit innocent, que nul ne meurt pénitent... Et, avec une extrême vivacité qui ne nuisait point à la précision, il me lut une demi-douzaine de passages du « Sermon sur le petit nombre des élus ». — Oh! monsieur l'Aumônier, ajoutai-je quand il eut refermé le livre, Masillon n'a fait que continuer une tradition... Yoici dans saint Grégoire, à la dix-neuvième homélie, un commentaire terrible du : Multi enirn sunt vocati, pauci vero
I. Matth., IV, 17 : « Lata porta et spatiosa via est quae ducit ad perditionem, et multi sunt qui intrant per eam. »
electi^ : « Voici qu'à la solennité d'aujourd'hui nous sommes venus en très grand nom}3re ; nous emplissons l'Église, mais qui sait combien peu seront comptés dans le troupeau des élus? Tous acclament le Christ i>ar leur voix, mais tous ne racclament pas par leur vie. La plupart suivent le Christ en paroles, ils s'en écartent par leurs mœurs'. )> Saint Grégoire ne parle que des chrétiens pratiquants ; s'il eût considéré l'ensemble des hommes, ou simplement la multitude des baptisés qui se tiennent à l'écart de tout acte du culte, qu'eût-il dit? Vous apercevez d'ici ce saint Jean Chrysostome. C'était un excellent moraliste et, si je ne me trompe, beaucoup moins enclin à une excessive sévérité que ne l'a écrit récemment une historien très célèbre. Or, dans sa 64* homélie sur saint Matthieu, il parle comme saint Grégoire; et saint Augustin fut du même avis. De très grands théologiens, par exemple Cajetan, ont pensé sur ce terrible sujet comme ces illustres Pères. Personne qui n'en convienne : les apparences