‹ Les tentations du jeune hommeChapitre 40 sur 76 · I. Relatives aux choses de l'esprit · texte numérisé non relu

I. Relatives aux choses de l'esprit

H. Relatives aux choses du cœur. — Conclusion.

Jusqu'ici nous avons constaté et décrit; désormais, préoccupés de stratégie morale et de thérapeutique, nous donnerons quelques règles et quelques conseils.

La plus pressante besogne, quand on veut résister à un ennemi, est de reconnaître ses positions et de percer ses intentions cachées. C'est aussi la première précaution à prendre contre Hes tentations ; il faut les reconnaître. Le désir du mal ne se présente pas, à l'accoutumée, tel qu'il est, nu sous la clarté de son but réel. Cynique et brutal, il charmerait peu de cœurs, si ce n'est parmi ceux qui sont déjà flétris : « Le diable n'est aimé de personne », a-ton dit, ni le mal non plus, comme mal et dans sa laideur naturelle. Mais c'est un bon coloriste qu'un coeur passionné I Sur les péchés les plus authentiques il répand les couleur? de l'honnêteté. L'ava-

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rice n'est point l'accumulation d'un argent inutile, œuvre d'un cœur sec : elle est une sage prévoyance. — Certes il ne faut pas être gourmand ; aussi l'on se dit : Je ne fais que me nourrir convenablement. — Oh ! est-ce un si abominable crime que de céder à sa nature? Tous le font, et d'ailleurs, si la Providence nous a créés ce que nous sommes, ne la mettons pas en contradiction avec elle-même, en prétendant qu'elle nous impose des règles contraires à nos penchants... Ainsi va la raison de sophismes en sophismes, quand elle est tombée sous la tyrannie des mauvais désirs.

A vous, plus qu'à tous les autres, mes chers amis de vingt ans, lillusion est facile sur la qualité réelle des choses. Vous êtes tous poètes, c'est-à-dire transformateurs et créateurs. La pierre philosophale, qui fit le désespoir des alchimistes, est trouvée depuis longtemps : elle opère ses merveilles dans les têt3s des jeunes gens; là se transmuent en or le» choses les plus viles ou les plus banales. Le mal s'y décore des promesses de la joie; car les jeunes gens n'ont pas encore tâté les réalités amères, qui sont les conséquences prochaines ou éloignés, mais certaines, de tout acte déréglé; les voilà, par là même, dénués de cette sagesse relative qu'impose à plusieurs l'expérience. Possèdent-ils, en

revanche, la sagesse que donne la méditation des principes de morale? Pas davantage; comment, en effet, l'auraient-ils acquise, eux, à qui ont manqué et le temps et la force intellectuelle et souvent le goût des études abstraites? Enfin, pour les achever dans leur genre, il ont une nature ennemie de la lenteur ; entre la pensée et l'action, chez eux, l'intervalle est petit. Inflammables et impétueux, à peine conçoivent-ils que déjà, sans examiner, ils exécutent.

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