I. Cf. L'irréligion de l'avenir, p
A partir de leurs fondateurs, qui demeuraient encore très croyants, ils sont allés amincissant toujours davantage les dogmes du christianisme, se séparant les uns des autres, se désagrégeant, et se pulvérisant en sectes diverses et en opinions inconciliables. Nous pourrions presque dire que l'histoire du libre examen appliqué au christianisme est, dans le monde entier, Vhistoire d'un désaccord progressif^ Cette division est une marque certaine d'incertitude. Parmi les protestants, à l'heure actuelle, le plus grand nombre peut-être est tourné au pur scepticisme ; protestants, ils le restent toutefois encore, même ceux-là, et par une opposition traditionnelle aux autres groupements religieux, et par une espèce de sentimentalité qui distingue leur incroyance d'une sèche négation. Mais ils n'ont plus de doctrine consistante ; ce sont des discuteurs ; les plus estimables d'entre eux en sont réduits à chercher l'objet de leur foi. Là oii subsistent encore quelques fragments de Credo, c'est grâce à une autorité qui, contrairement au principe du libre examen dont elle s'arme contre Rome, a réussi à imposer ses décisions, par exemple à Genève, à Berlin et à Londres. « Ce
I. J'extrais cet expressif jugement d'une lettre de M. Léonard Constant, professeur de philosophie au Lycée de Niort, insérée dans VÉcho paroissial de Saint-Hilaire de Niort.
qui sauve k proies ianils me, c'est son catholicisme \ »
Ne m'objectez pas que j'ai donc bien peu de confiance dans la solidité des bases de noire foi. — Non, mon ami, vous dirais-je, c'est sur la force de votre esprit trop jeune et sur la constance de votre cœur que portent mes craintes.
N'alléguez pas davantage que le doute préliminaire est une condition de la preuve valable, car il y a longtemps qu'en pratique par leurs travaux et en théorie par leurs philosophes , les catholiques ont montré que la foi ne contredit point à l'usage du doute méthodique, en ce qu'il a de légitime et de nécessaiie.
Au reste, le question est ailleurs ; voulez-vous rester catholique, en comprenant sous ce mot la plénitude de vérité religieuse et de vertus qu'il implique?
Puisque vous le voulez, prenez les moyens que notre Église divine et que la simple prudence jugent nécessaires ou très utiles. Votre intelligence n'en sera nullement amoindrie, et s'il s'abat sur vous des nuages mauvais qui obscurcissent cette certitude, vous vous rappellerez à
I. Cf. Lettres à un protestant par I'abbé Snell, du clergé de Genève, cinquième lettre, p. 79.
3. Un livre d'ascèse ne comporte pas une étude détaillée de cette question, qui est, pour beaucoup une pierre d'achoppement. Cf. quelques indications aisément accessibles dans le Théodore JouJJroy d'OLLÉ-LAPRUNE, p. 208.
propos qu'après tout, le plus grand bien de la vie n'est point de beaucoup savoir. Il y a autre -chose dans le monde que des bibliothèques, des écrivains, des professeurs, des liseurs et des discuteurs ; cela, ce n'est point le monde vrai, mais c'est la vision spéciale, exclusive et fausse que s'en forme cet homme incomplet qu'est le pur intellectuel, « atteint d'encéphalite aiguë ». En réalité le savoir, comme toutes les autres choses, n*a sa raison d'être que dans la valeur morale ; il est un moyen, bon dans la mesure où il sert au but, mauvais s'il en détourne. « L'unique nécessaire », ce sont les solides vertus chrétiennes qui font la vie utile, féconde, heureuse, et qui préparent les hommes pour le ciel. Plantées par la main de l'Église, des haies les entourent, et, pour la beauté de ce qu'elles protègent, ces haies sont aimables.
Nous nous sommes attachés longuement à la curiosité déréglée et aux illusions qu'elle crée, car cette tentation n'est plus rare. Le fût-elle, elle mériterait encore une sérieuse attention, parce qu'elle s'attaque à l'élite des jeunes gens, et quand celle-ci est gâtée, l'infection gagne. « Le poisson pourrit par la tête », disait ce pêcheur à Le Play, et la société aussi.