‹ Les tentations du jeune hommeChapitre 48 sur 76 · CHAPITRE X La connaissance de soi-même · texte numérisé non relu

CHAPITRE X La connaissance de soi-même

Si la première règle de la méthode morale, c'est : Ne te trompe pas sur la qualité des choses, la seconde, qui la complète, c'est : Ne t'i~ gnore pas toi-même ou ne te trompe pas sur toi-même.

Le défenseur d'une place, en effet, ne se borne pas à reconnaître les ennemis, il a soin de visiter la place elle-même, il note les endroits ouverts et attaquables, pour y faire bonne garde. Ainsi chacun doit-il, si l'on souffre ces expressions, se parcourir soi-même, s'explorer et noter ses points faibles.

Les points faibles varient d'individus à individus. Pour l'un, c'est par la paresse que se peut accomplir la déchéance, ou s'entraver le progrès; pour d'autres, ce sera par l'orgueil ; pour d'autres encore, par la sensualité. A celui-ci les visites sont funestes, et à celui-là la solitude ; autant de personnes, autant de cas nouveaux et

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unîqies; mais cette variété n'empêclie point la loi d'être générale : pas un homme sur terre qui n'ait quelques coins de sa nature accessibles et vulnérables.

Certes il importe d'en dresser une carte précise et d'ajouter cet atlas moral aux trois atlas que nous décrit Taine dans son livre de l'Intelligence'. Car celui qui ne se connaît pas, est incapable de cultiver ses qualités et de réformer ses défauts : il les ignore, ou s'il les connaît, c'est vaguement, avec des lacunes et des confusions. Pas davantage il ne lui est possible de prévoir les suggestions ou les attaques déclarées du mal, et de s'armer par avance contre elles ; n'étant pas au courant de ses propres actes, ainsi qu'un ministre ignorant des affaires, il est incapable de se gouverner lui-même au département de son âme, et s'avance dans la vie morale à tâtons. Se connaître soi-même, tel que l'on est, qualités et défauts, est une indispensable condition d'un progrès moral quelconque. L'examen de conscience est un acte essentiel, le dernier qu'on doive omettre, dit saint Ignace ; sans lui, tel vous êtes à dix -huit ans, tel vous serez à vingt-cinq, ne vous étant corrigé en rien; toujours victime, de la même façon, des

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