I. Cf. n* partie, livre II, chap. i
CONNAISSANCE DE SOI-MÊME 94i'
mêmes tentations; heureux, si vous ne vous «tes gale en plusieurs choses.
S'il est nécessaire de se connaître, comment y pouvons-nous parvenir? Bien des secours nous y aident : les livres qui nous initient, longtemps avant les informations de la vie réelle, aux variétés et aux détours des âmes humaines, les indications de nos parents et de nos maîtres, surtout de notre confesseur, si nous avons la bonne habitude de causer avec lui, les réflexions de nos camarades et jusqu'à leurs plaisanteries sur nous; un sobriquet peut nous éclairer sur notre tempérament, et un homme avisé, au lieu de s'en fâcher, en tirera profit. Les injures mêmes des mécontents peuvent nous instruire ; de la bouche des gens en colère comme de celle des enfants, s'élancent parfois des paroles sincères et véridiques, et pour la même cause, parce que le» uns et les autres échappent aux conventions sociales; alors, la politesse, la prudence et la rouerie sont inconnues ou brisées. Dépouillons ce qu'ils profèrent de l'enveloppe haineuse ou injuste, et nous trouverons peut-être une très pénétrante vérité sur nos défauts. Un homme qui est soucieux de son progrès fait flèche de tout bois. La
TENTATIONS. l6.
2h LES TENTATIONS DU JEUNE HOMME
belle, la spirituelle, la chrétienne, la fructueuse vengeance, au reste, à tirer de qui veut vous nuire, que de tourner sa haine elle-même à votre .profit ! Je dis plus : interrogez sur vous, mais à deux conditions : que vous vous adressiez à des gens dénués de systèmes préconçus, habitués à se soumettre à l'objet, comme l'on dit, et qui, à cause de cela, ont chance de ne pas voir faux; secondement que vous ayez uq désir vrai de recevoir des réponses sincères ; la plupart des hommes sont friands d'éloges comme les bambins de sucreries ; la louange est le sucre-d'orge des grands enfants; et ils l'aiment au point de ne se choquer pas qu'elle soit de commande. Pourvu qu'on la leur donne, les voilà heureux et pleins d'un agréable frétillement intérieur. Savoir cela, c'est Vabc de l'entregent; aussi, exception faite des bourrus et de quelques rares apôtres, ceux que vous interrogerez, t'ils s'aperçoivent que vous n'avez pas plus d'humilité que le commun des hommes, se garderont bien de vous asséner la vérité bienfaisante, celle qu^ porte sur vos défauts. A l'humble seulement est promise la connaissance vraie de soi.
Mais la grande et irremplaçable source de renseignements sur nous-mêmes, c'est notre^ propre expérience. Nous vivons, et par le mouvement même de la vie, des idées éclosent