CONNAISSANCE DE SOI-MÊME
dans notre esprit, des sentiments fleurissent, des penchants s'afTirment : nous parlons, nous rt'vons, nous projetons, nous enlreprenons. Oh 1 la ravissante fécondité de la vie, surtout quand elle est jeune ! comme elle est primesautière, comme elle est ensoleillée, comme elle estréjouie par une musique intérieure et mystérieuse, qui résiste même aux déboires et qui, après une averse de tristesse, est prompte à recommencer !
Seulement, chez beaucoup de gens, les événements de leur vie intime passent quasi inaperçus, sentis un instant et très vite oubliés. Leur vie est une juxtaposition d'éclairs discontinus, dont chacun est coupé de ceux qui le précédèrent et sans prévision de ceux qui vont suivre ; elle n'est pas un tout ramassé et unifié par le regard de l'esprit et par une volonté directrice, elle n'est pas une continuité, une tradition, mais une suite de moments, de l'improvisé, des morceaux. C'est des gens de cette espèce que Joubert a écrit : u Que de gens boivent, mangent et se marient ; achètent, vendent et bâtissent ; font des contrats et soignent leur fortune ; ont des amis et des ennemis, des plaisirs et des peines ; naissent, croissent, vivent et meurent, mais endormis ! * » Car ils ne s'exami-