‹ Les tentations du jeune hommeChapitre 51 sur 76 · I. Cf. Pensées de Joubert, publiées par de Raynal, II · texte numérisé non relu

I. Cf. Pensées de Joubert, publiées par de Raynal, II

neiit pas. Voilà une chose capitale ; il faut s'examiner ; après que l'on a pensé, aimé, parlé, agi, il faut par la mémoire ressusciter tout cela et se revoir vivre.

J'ai essayé, me dites-vous, mais en vain. Quand je veux réfléchir sur moi, l'objet fuit et se dérobe ; j'éprouve la déception irritante d'un homme qui tend la main et la referme sur le vide, et dont les yeux sont ouverts sur la nuit. Pourquoi persisterais-je dans un exercice aussi fatigant qu'inutile?

A parler franc, les difficultés de l'examen ne sont pas niables.

Tout homme peine à se remémorer avec exactitude, surtout à se remémorer le détail compliqué et fastidieux d'un passé récent dont on a épuisé, en le vivant, toute la nouveauté, et que le lointain ne poétise pas encore ; et, ce passé, il s'agit, quand on l'a retrouvé, de le juger, c'est-à-dire de le comparer à l'idéal moral. Or, si toute réflexion précise exige un elTort même des esprits faits, à plus forte raison l'exige-t-elle des esprits impatients, tout tendus vers l'avenir, habitués, sous le coup d'éperon des sensations, à bondir de-ci de-là, à qui enfin l'abstrait est odieux comme la paille au cheval nourri d'avoine. — Puis une âme humaine n'est pas un jardin carré et net où chaque objet apparaît

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