‹ Les tentations du jeune hommeChapitre 52 sur 76 · COISNAISSANCE DE SOI-MÊME · texte numérisé non relu

COISNAISSANCE DE SOI-MÊME

distinct : les plus simples d'entre nous, nous i6ommes encore obscurs et compliqués. — Enfin, iles yeux perçants sont rares, rares ceux qui »savent voir avec précision les contours et les teintes des corps, plus rares encore ceux qui se (Sentent chez eux parmi les réalités morales, et (qui s'y meuvent autrement qu'à tâtons, comme un aveugle dans une maison inconnue. Pour douze bons experts, trouvera-t-on un pychologue ou un moraliste passable?

Néanmoins, il reste que Texamen n'est pas impraticable puisque tant de gens le pratiquent. 'S'il nécessite toujours un effort, ne serait-ce que pour le recueillement préalable, la connaissance de soi-même est à ce prix, et qui oserait soutenir qu'elle ne mérite pas que l'on s'impose un peu de mal ? En cette chose-là, comme en toutes les autres, la monnaie avec laquelle s'achète le progrès, c'est l'énergie.

Au reste une méthode convenable facilite l'examen de conscience.

Il est excellent de s'attacher aux circonstances de lieux, de personnes, de temps, à la série des faits précis et matériels, en s'appliquant surtout aux contours visibles des objets, car nous sommes presque tous des visuels, et le dehors afflue en nous, sous forme de dessins et de couleurs. Tout ce monde physique, que l'on a traversé, est

plus aisé à reconstituer et, vu qu'il s^est soudé à la vie intérieure, il la rappellera. Les idées et les sentiments, à l'état pur, sont choses fugitives, presque insaisissables, mais on les retrouve vite grâce à leur liaison avec les événements plus tangibles de la vie extérieure.

Voici un autre procédé. Taupes envers nous et lynx envers nos pareils, comme disait La Fontaine, nous sommes très prompts à saisir les défauts d'autrui ; dans cette science-là chacun est vite passé maître ; et, mon Dieu, pourvu que l'on n'en prenne pas prétexte pour dénigrer le prochain ou cesser de l'aimer, c'est légitime ; jamais il ne sera une vertu de se crever les yeux, ou de voir blanc où il y a noir. Je dis plus : nous pouvons faire que cette science, souvent dangereuse, devienne profitable. Un défaut vous offusque chez autrui, demandez-vous de bonne foi si, vous-même, vous en êtes exempt. Telle faute m'indigne, mais moi aussi, en une certaine occasion, j'ai fait la même chose ou pire. La méthode comparative est un bon moyen d'étudier une question : appliquez-la à votre cas. Cela vous aidera à vous connaître, vous rendra indulgent et tournera contre vos propres défauts votre grande ardeur de réforme.

Voulez-vous quelques autres indications ? Observez les actes ou les commencements d'actes

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qui vous échappent à l'improviste. Avant toute reflexion réprimante, des sentiments, des désirs se dressent en nous. Involontairement, presque à notre insu, notre bras se lève, lïous jetons un coup d'œil vers un objet, nous faisons un pas, nous murmurons une parole. Recherchez de quel penchant procèdent et ces sentiments, et ces désirs, et ces actes spontanés ; cela vous apprendra quelle est votre passion de demain : une eau, qui bout dans une marmite couverte, se trahit par quelques bouffées, et votre nature par ces mouvements imprévus.

Il y a des minutes où notre tempérament, pour peu que nous en ayons un, se révèle encore plus clairement. C'est dans les émotions vives, par exemple, sous le coup d'une grande joie, de l'enthousiasme ou de la peur, de la tristesse aiguë ou d'une nouvelle déconcertante. Alors le moi artificiel éclate. Les conventions disparaissent. Le fond du cœur se manifeste. Le soir ou le lendemain, quand Tagitation sera calmée, quelle abondante récolte de remarques sur soimême on pourra recueillir l

Il y a encore les rêves de la nuit, et ce que l'on peut appeler les rêves du jour, les distractions, qui, nous arrachant à la vie libre et disciiplinée, nous transportent en un clin d'œil à ,mille lieues de notre travail. Dans ces moments-,

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là, la volonté abdique ; la contrainte où, de parti pris, nous emprisonnons notre vie, se relâche. Nous sommes livrés aux associations spontanées. Le fleuve du sentiment s'écoule sans obstacle au creux des pentes naturelles, portant sur ses eaux, comme des barques obéissantes, de longues files d'images et d'idées : voilà l'œuvre authentique de nos inclinations. — Au réveil ou quand vous vous ressaisissez, fixez les formes légères qui ont flotté dans votre âme ; par une interprétation sagace il est possible d'éliminer les causes accidentelles, comme la pesanteur d'une couverture, un coup de sifflet entendu ou une autre sensation qui a déterminé l'apparition de la première image, et plus ou moins commandé les suivantes ^ On retient ce qui est significatif : en particulier, lorsque dans la plupart de nos rêves ou de nos rêveries reparaissent des séries d'images semblables, il n'y a pas lieu d'hésiter; elles prouvent la présence en noua d'une inclination assez puissante. C'est ainsi que vous pouvez utiliser l'inutile, et plier à votre service ce qui semblait n'être propre qu'au gaspillage du temps.

Veut-on tirer de l'examen la plus grande utilité possible, il faut qu'il soit quotidien. Pour-

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