Cf. Alfhed Maury, Le sommeil el les rêves
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quoi ne lui fixerait-on pas un endroit et un moment, soit dans la paix de la chambre à la nuit^ soit dans une église où l'on irait, chaque matinée ou chaque après-midi, prier et se recueillir ?
Il est très bon, aussi, de procéder avec ordre, par exemple, à reculons à partir du moment actuel jusqu'au précédent examen, ou depuis celui-ci avec suite jusqu'à maintenant. Les faits importants ne tardent guère à jaillir en pleine lumière et, quand on les tient, il est inutile de pourchasser les trop menus : ce qui transformerait l'examen en casse-tête.
Qu'on essaye, et après peu de jours on éprouvera la vertu du Jabricando fit Jaber. On s'habitue à la demi-lumière des retraites intérieures de la conscience ; on y discerne vite et nettement les objets. On cesse d'être chez soi comme un étranger dans une hôtellerie, l'on vit avec soi-même. Surtout l'on peut prévoir. D'avance l'on imagine les attaques, sauf le cas où les imaginer c'est les susciter, et l'on sait sur quels points il est urgent de poster des résolutions en vigilantes sentinelles. Par là, on cesse d'être esclave, on dispose de soi, parce que l'on connaît ses propres ressorts.
L'examen de conscience nous libère, mais à
june condition : il faut qu'il soit sincère, c'est-àdire humble. Nous voulons être estimés, et cela^ même devant nos amis, nous ferme la bouche sur nos défauts. Nous voulons avoir bonne opinion de nous-mêmes, et cela nous détourne de nous regarder fixement et de nous condamner La constatation nette de nos fautes nous froisse dans notre amour le plus profond, qui est celui que nous avons pour notre propre personne.
Tachez, mon cher ami qui voulez vous perfectionner, de vous considérer d'un regard lucide et sans complaisance ; puis, quand vous avez retrouvé vos actes, interrogez-vous sur leur valeur morale ; à quoi servirait-il de vous dépeindre vous-mêmes, comme un Montaigne, pour vous admirer jusque dans vos verrues? Ne craignez pas de vous condamner et, sachant votre faible pour vous, soyez rigoriste. C'est le seul cas où il soit à propos de l'être. — Voilà un principe peu suivi : Qu'il y a de gens toujours enchantés d'eux-mêmes ! La vue de leur propre personne les remplit d'un optimisme solide; après qu'ils se sont regardés, ils estiment davantage ce pauvre monde, conviennent qu'il a du beau, et se sentent portés à le juger favorablement. Mais, est-il besoin de dire qu'ils s'examinent mal, trop vite ou avec des ye ix partiaux? Il leur faudrait pren-
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dre les yeux d'autrui ; puisqu'ils ne le peuvent qu'ils méditent l'averlissement de saint Jean* : « SI nous prétendons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-même et la vérité n*est pas en nous, n
Si résolument, par désir de voir clair, on foule aux pieds l'amour-propre, on découvre chez soi une foule d'imperfections ou de fautes On a la sensation de passer de la nuit au jour ; on se découvre enfin, et c'est un moment décisil dans la vie morale. — Presque toujours, on ne tarde pas à remarquer parmi ses inclinations fâcheuses une inclination plus forte, principale racine des péchés : ce que les ascètes appellent le défaut dominant. Par son influence il est l'analogue, dans l'ordre moral, de ce que Taine nomme chez les artistes «la faculté maîtresse ». Il commande, il inspire, même sans que l'on s'en aperçoive, et se mêlant à tout, il donne à une vie sa tonalité générale. Reconnu, il est à surveiller de près ; c'est de lui, à l'avenir comme par le passé, que naîtront les tentations.
Etre pleinement convaincu que l'on a tel gros défaut, surtout (ce qui est très difficile) être pleinement convaincu que ce gros défaut n'est pas une qualité, voilà la marque d'un homme fort intelligent et plus qu'à moitié parfait.