I. Cf. S. BoNAVENTURE, d« Prof. relig., lib. II, cap
a68 LES TENTATIOKS DU JEUNE HOMME
Des cyniques et des inconscients ont inventé, pour nous donner la paix de l'âme, une méthode contraire. Similia similibas curantur, prétendentils au nom de l'expérience. Traduisez : il est bon de contenter ses désirs ; après quoi, ils vous laissent tranquille, et, qui mieux est, l'amour du chanf^ement et le dégoût de ce q«i a été épuisé portent à la vertu. Laissez donc aller la nature, sans tant de complications ni de craintes; d'ellemême, par ses propres lois, elle s'équilibrera et s'assagira. — Trois mots de réponse, ce sera suffi sant. i** Il existe des cas où, en eff'et, des folies ont mené à la sagesse, et, puisqu'ils existent, il n'est ni permis ni expédient de les nier. 2° Ces cas sont très rares, et selon, la règle ordinaire, celui qui a cédé à ses désirs mauvais en éprouve d'autres plus exigeants, celui qui ne s'est pas libéré reste esclave, et, enfin, chercher la paix par cette voie, c'est proprement la chercher dans le tumulte. Pour être chaste sans peine, il faut avoir voulu être chaste et y avoir travaillé ; qui peut croire que l'humilité me deviendra facile, parce que je me serai enivré d'orgueil, ou qu'ayant été très indocile, la discipline ne me coûtera pas? Ceux qui pensent cela, où ont-ils observé la nature humaine? 3" Enfin, aux partisans de cette pratique, il n'y a pas lieu, que je sache, de parler de morale ou de péché, à moins qu'ils ne
soient des gribouilles. Aussi, sans plus nous y attarder, considérons-les comme mis hors de notre élude, qui est faite par un honnête homme pour ceux qui entendent rester d'honnêtes gens.
Dissoudre la tentation par l'analyse ou l'étouffer de vive force, c'est une méthode à l'usage des esprits déjà solides dans le bien et maîtres d'eux-mêmes. A la grande foule des novices, c'est-à-dire à la majorité des jeunes gens, et, s'il s'agit des tentalions contre la chasteté, à tous, un autre conseil convient davantage : quand la tentation s'élève, qu'ils fuient. — Fuir? Qu'estce que cela signifie ? Je ne puis pas me fuir moimême et la tentation est en moi. — Je veux dire : Faites diversion. Introduisez dans votre esprit d'autres objets, aussi étrangers que possible à la tentation, non pas voisins, non pas même contraires, mais n'ayant avec elle aucune relation. Le « divertissement » dont l'amer Pascal s'indignait si fort est, en ce cas, excellent. Prenez un livre, mettez-vous à écrire, à jouer un^ morceau de musique, à converser ; si la tentation s'opiniâtre, sortez, donnez-vous de l'air, enfourchez votre bicyclette. Enfin, quel que soit le moyen, il est essentiel que vous chassiez de
ù'o LES TENTATIONS DU JEUNE HOMME
\olre esprit l'o] jet mauvais par un afllux de sensations nouvelles et vives; et avec lui s'en ira le mauvais désir.
J'ajoute : soyez attentifs à profiter de vos expériences ; quand vous savez qu'une circonstance particulière, comme telle rencontre, telle lecture, telle flânerie solitaire ou telle paresse, est un nid où couvent les tentations, vous devez les éviter. Les moralistes font une obligation stricte de fuir les occasions prochaine et certaines de pécher; mais la prudence et le souci de votre âme vous convient à fuir, dans la mesure du possible, toutes les occasions où l'expérience vous a enseigné que vous êtes faible et en péril ; et il convient de ne pas trop se fier à ses fermes résolutions ; elles croulent au choc de la réalité dangereuse.
« Alypius, écrit saint Augustin S nourri par ses parents dans Fenchantement de la vie mondaine, m'avait précédé à Rome pour y apprendre le droit, et là il fut pris pour les combats des gladiateurs d'une forte passion, et par le plus étrange entraînement. Il avait pour ces spectacles autant d'aversion que d'horreur, quand, un jour, quelques condisciples de ses amis, au sortir de table, le rencontrent et, malgré l'obsti-