‹ Les tentations du jeune hommeChapitre 61 sur 76 · I . Que le lecteur permette qu'on lui signale, outre les · texte numérisé non relu

I . Que le lecteur permette qu'on lui signale, outre les

2cj6 LES TENTATIONS DU JEUNE HOMME

tant que volonté libre et, comme il en est pour les forces naturelles qu'on ne domestique qu'à la condition de connaître leurs lois, plus nous connaîtrons le? lois de notre nature, plus il nous sera facile de nous conduire.

Ah 1 sans conteste, reconnaître les lois des phénomènes pychologiques ne fournit pas des motifs d'être vertueux, pas plus que de savoir mener une automobile ne donne de l'essence, ni des raisons d'aller à Bordeaux plutôt qu'à Paris. Une technique est une technique, c'est-à-dire un ensemble coordonné de moyens et rien autre chose, mais c'est assez précieux, en l'espèce, pour que l'on doive songer à s'en munir.

S'en munir, disons-nous, non point s'en contenter ! Les moralistes « laïques », en effet, comme Payot ou Fouillée, par une erreur contraire, fondent exclusivement sur la connaissance de cette technique, jointe aux aspirations naturelles vers le bien, tout leur espoir, et c'est précisément l'une de leurs capitales illusions. De par leur incrédulité radicale, ils ne sont pas d'inconséquents proscripteurs de la prièie comme le spiritualisle Jules Simon, mais des

indications semées dans les livres d'ascèse et dans Pascal, àe& règles très précises dans Leibnitz, Monadologie, éditée chez Lecoffre par M. Piat, p. 58-63, et dans Antonin Eymieu, Le Gouvernement de soi-même, I" partie, chez Perrin.

pélagiens à faire envie à Pelage et des « américanistes » accomplis. Peut-être, sous leur influence, se glisse-t-il, parfois jusque chez les catholiques, une excessive confiance dans les ressources de la nature humaine et un oubli malfaisant de notre indigence, spécialement un oubli de la nécessité de prier.

L'humanité, pourtant, aura disparu, avant que les incrédules aient démontré que Dieu n'est pas, ou qu'il se désintéresse de nous, ou que nous •n'avons pas besoin de lui, ou qu'il n'a pas en termes exprès promis son appui à ceux qui Timplorent. « Demandez et il vous sera donné ; cherchez et vous trouverez ; frappez et il vous sera ouvert*. » Ce sont les propres paroles du Christ et il en a prononcé d'autres semblables. Non seulement Dieu nous promet de nous exaucer, mais il exige que nous le priions, a Veillez et priez, déclarait le Christ à ses apôtres, afin que vous n'entriez pas en tentation 2. )) Et ailleurs : « Il faut prier toujours et ne pas se lasser*. » Lui-même donnait l'exemple; très nombreux sont les cas où l'Evangile nous le montre en prière. S. Luc signale même qu'il se retirait à l'écart pour prier et qu'une fois « il passa toute la nuit

I. Math., VII, 7-8. — Luc, xi, 9-10. — Marc, xiv, 38. a. Matlh., xxvi, ki- 3. Luc, XMii, I.

en prière* ». De ses paroles et de ses actes se dégagent deux conclusions inévitables : la première, qu'il faut prier; la seconde, que nos prières sont écoutées, au moins, quand nous demandons la grâce de résister au mal. Celui qui prie ne périra pas, et si tous les hommes priaient comme il convient, les crimes publics et cachés disparaîtraient. Irréalisable vœu ! mais, vous au moins qui avez le désir de ne pas vous embourber ou simplement de vous affranchir de la platitude morale, à genoux !

A genoux le matin, à genoux le soir, puis écoutez-moi, je vais vous dire un secret merveilleux : on peut prier très souvent et avec délices, sans que nos devoirs d'état en soient interrompus, ni nos relations sociales gênées, et sans que notre vie extérieure prenne une apparence singulière. Par un mouvement intérieur il est facile, 011 que l'on soit et à quelque travail que l'on s'applique, d'élever une prière silencieuse vers le Très-Haut qui nous voit et nous comprend. Une demande, un acte d'amour, une offrande de ce que nous faisons, un appel au secours quand le mal vous assaille, cela est rapide, aisé, très bon et très beau. Dieu, Jésus-Christ, la sainte Vierge, et le cortège des anges et des saints nous

Page 1