‹ Les tentations du jeune hommeChapitre 64 sur 76 · CHAPITRE XIII Le Relèvement · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII Le Relèvement

1. Il faut se relever. — II. Quelques cas correspondant à quelques espèces d'âmes.

Les précautions suffisantes n'ont pas été prises ; la vigilance a manqué ; la prières a été trop courte ou trop distraite et Ton a succombé à une tentation; le péché grave a été commis.

Qu'y a-t-il à faire? Se confesser au plus vite, comme un homme qu'un faux pas jette à terre songe d'abord à se redresser. 11 faut se confesser pour mettre son âme en sûreté ; puis, pour ne pas multiplier les fautes. Quand un péché s'est implanté dans un cœur, il provigne et, après quelque temps, il est devenu un buisson épais. Le défrichement ensanglantera le cœur, comme la terre est blessée quand on lui arrache ses fils, les arbustes ou les arbres ; et peut-être plus d'un vieux pécheur le pressentira si douloureux qu'il n'osera l'entreprendre.

Le conseil est bon pour tous, mais, puisque les remèdes se diversifient suivant les maladies, il parait nécessaire de distinguer plusieurs cas.

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Si la vie était bonne et pieuse et que le péché provienne, en somme, d'une surprise, le sentiment de la déchéance est aigu ; le coupable se tance lui-même avec vigueur, et, ne serait-ce que pour se libérer de ses vifs remords, il se relève promptement. Il lui en coûte peu d'aller se confesser, comme il en coûte peu à qui souffre beaucoup de consulter le médecin. Ainsi le mal est réparé; bien mieux, si l'on devient plus soigneux pour éviter les occasions et plus exact à prier, il y a lieu de dire : Heureuse la faute, qui est le point de départ d'un grand progrès! Que son souvenir vive dans notre cœur : il nous maintiendra dans une conviction salutaire de notre faiblesse et dans une crainte utile. S'il s'efface, nous courons vers de nouveaux malheurs parce que, le plus souvent, une chute même de surprise est la marque d'une débilité permanente, étourderie ou volonté inconsistante, et prenons garde : le même principe risque de produire les mêmes résultats.

Ce cas est simple ; il s'en présente beaucoup d'autres plus dangereux. Assez souvent, après le

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péché, notre cœur s'emplit de sentiments mauvais et lâches, par suite de la perte de la grâce et de l'abdication de la volonté. Puis, ce n'est pas une conjecture, dépourvue de vraisemblance, que les •démons, satisfaits de leur récente conquête, multiplient les artifices pour la conserver et l'affermir. Autant qu'ils le peuvent, ils éteignent le remords, qui est la vive et pénétrante flamme par laquelle Dieu nous éclaire sur notre faute. Afin de troubler notre regard ils feront miroiter des plaisirs devant nos yeux. Le remuement et l'agitation nous détourneront de réfléchir. Une affaire pressante surviendra pour accaparer notre attention ; ou bien un semblant de joyeuse paix, dû à une certaine vibration de notre sensibilité, nous donnera l'illusion que nous sommes dans l'ordre. Tout cela, ce n'est pas la joie véritable, mais de la contrefaçon et du clinquant, car les démons ne sont pas capables d'autre chose, en ce cas, que de tromper. Malheureusement ils ne s'y appliquent pas toujours en vain. Aussi, suggérées par la nature toute seule ou par l'action combinée de la nature et des mauvais esprits, les spécieuses raisons de ne point se purifier abondent.

Indiquons quelques-unes d'entre elles.

Ce péché est-il si grave? se chuchotera un pécheur enclin au laxisme. Peut-être, en effet,

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y a-t-il matière à pécher mortellement, mais je ne sais trop si j'ai bien consenti avec une suffisante advertance. En tout cas, je n'avais nullement l'intention d'offenser Dieu. Somme toute, celte faute, si c'en est une, est douteuse et il n'est pas si urgent que j'aille la confesser.

Ainsi, de conjectures en conjectures, la conscience se tranquillise, et avec la plus indulgente bonté l'on s'absout soi-même.

On le fera avec plus de hardiesse encore, si l'on a entendu Ou lu les théories de quelques théologiens optimistes, selon lesquelles il est à peu près impossible de commettre un péché mortel. N'est-on pas toujours quelque peu troublé, quand on viole une loi connue? et, par suite, fait défaut la plénitude de l'attention et di consentement. Le monde, en apparence souillé de tant de taches, est beaucoup moins hideux qu'il ne le paraît. Plus imparfaits par l'insuffisance de leur liberté que par les abus qu'ils en font, les hommes méritent qu'on les plaigne, et non point qu'on les méprise ni qu'on les châtie. Massillon outrait, à son insu et dans la louable intention d'inquiéter les pécheurs, nous voilà aux antipodes de son austère doctrine. Nos Massillons à rebours ferment l'enfer et mettent au ciel tout le monde, refusât-on d'y entrer.

Plûf à Dieu qu'ils eussent raison I Mais Texpé-

rience proteste. Bien des gens ont nettement conscience de commettre le mal et, en dépit d'efforts prolongés, n'arrivent point à donner le change à leur esprit. Sans doute il y a des malheureux, malades, trop émus, perdant la tête, chez qui la liberté est supprimée ou atténuée. Chez nous tous, tant que nous sommes, il est rare qu'elle soit parfaite : nous ne sommes pas libres comme Adam au paradis terrestre et aussi bien nos fautes sont moins graves que la sienne. Est-ce à dire qu'elles ne soient jamais graves? 'Nullement; et c'est pure témérité, très souvent, que de s'appliquer le bénéfice d'une suppression ou d'une diminution du libre arbitre.

On n'aperçoit pas, non plus, comment cette théorie s'accorde avec tant d'avertissements de fuir le péché, qui se lisent dans les Évangiles et ■les Pères ; ni avec l'institution par Notre-Seigneiir Jésus-Christ du sacrement de Pénitence, dont la fin principale est de remettre les péchés mortels.

Ni la psychologie ni la théologie ne nous autorisent à croire si facilement à notre innocence. A vous, cher jeune homme qui seriez porté à pallier vos fautes, elles disent : Attention ! Ne vous leurrez pas avec des suppositions fantaisistes, contraires à la doctrine catholique comme aux faits certains. Voulez-vous une règle pratique? Jugez, comme s'il s'agissait d'un autre et,

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autant que possible, de quelqu'un qui ne vous serait pas sympathique.

Il en est d'autres qui, après avoir commis une faute grave, éprouvent une sorte d'allégresse. Ils ont franchi une barrière! Le joug est secoué; les voilà libres, et ils s'enivrent de leur audace. Ne se persuadent-ils pas qu'ils ne sont devenus des hommes qu'à dater de l'heure oii ils se sont dégradés de la dignité humaine et chrétienne ?

Evidemment il est à craindre que ceux-là ne •parcourent un long circuit avant de revenir au bien. Leur joie est l'explosion d'une âme orgueilleuse qui jusqu'alors s'était contenue. Au cas, cependant, oh quelqu'un de ces naïfs triomphateurs voudrait écouter un conseil, voici ce qu'un sage lui dirait :

« Mon cher ami, j'ai réfléchi sur votre cas, soufTrez que nous en parlions de bonne foi.

Vous cédez à la séduction de l'indépendance. (( Homme, et homme libre, disait l'un de vos frères, puissé-je accomplir ma destinée, respecter et favoriser mon impulsion intérieure, sans prendre conseil de rien du dehors. » Oh I la .belle ardeur d'autonomie, mais elle s'applique mal à propos. Qu'au milieu des corrompus ou

des frivoles, vous affirmiez avec une paisible audace votre amour du bien, que vous braviez les railleries, que vous méprisiez les avantages du mal, que vous asservissiez, chose plus difficile, vos appétits et vos passions, je vous admire ; vous faites preuve de virilité, car il y a des chaînes qu'un homme ne souffre pas. Mais à violer les lois de la morale vous ne faites preuve ni de pénétration d'esprit ni de force de volonté I

Vous êtes, en effet, dans l'erreur sur votre volonté! Comme une clef est faite pour ouvrir une porte, notre volonté est faite pour aimer le bien. Une clef qui se fausse et manque à son office d'ouvrir, en est-elle plus parfaite ? C'est le cas de notre volonté, quand elle pèche, comme de notre intelligence quand elle se trompe : elle se dénature elle-même et dévie de sa destination providentielle. Il y a un ordre moral ; le pouvoir Je le violer n'est pas nécessaire à la perfection de l'homme ; c'est, au contraire, un malheureux privilège qu'un possesseur avisé travaille à détruire. Celui qui se glorifie d'en user prête à •ire aux esprits réfléchis, car il est la victime 'aafaronne d'une méprise.

En second lieu (vous me permettrez de parler franc), vous me paraissez vous applaudir d*une bravoure qui vous manque. Vous avez osé contre le bien, parce que vous n'avez pas osé

contre le mal; il vous a semblé trop rude de soutenir l'assaut des désirs mauvais, et, maintenant que vous leur avez cédé, vous déguisez, votre défaite en victoire. J'en appelle de votre enthousiasme actuel à votre jugement froid et impartial. Un jour viendra où vous reconnaîtrez que vous ne vous êtes pas affranchi mais asservi ; l'anarchie morale qui vous sembla une libération établira sur vous le règne de plusieurs despotes capricieux et malfaisants ; vous gémirez sous leurs coups. Dieu veuille qu'alors il ne soit pas trop tard, pour revenir à la saine et bonne soumission aux lois morales. En ce moment, vous êtes un malade fiévreux dont le, goût falsifie les saveurs réelles des mets. »

Il existe d'autres âmes d'une trempe analogue, mais plus sentimentales. Vives, impétueuses et par suite (car très rares sont les qualités avec lesquelles un défaut ne va pas de compagnie), par suite, dis-je, inégales, inconsidérées et trop promptes à conclure. Elles courent aux extrêmes. Leurs raisonnements s'agencent, à leur insu, sous forme d'un dilemme, qui sans cesse revient à cette périlleuse décision : si je n'ai tout, je ne veux rien. Tension complète ou renoncement à

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l'effort, leur vie oscille de l'un à l'autre de ces états ; les entre-deux modérés et raisonnable^ leur sont inconnus.

Voilà donc une des âmes ainsi faites qui s'est grisée avec des rêves capiteux de perfection. En pratique, plusieurs fois, souvent peut-être, elle a succombé à des tentations ; jusqu'alors elle s'était relevée ; elle succombe de nouveau et tout espoir la quitte.

tt II est inutile que je me confesse, se dit-elle à elle-même en ruminant ses mésaventures passées. Je recommencerai. A quoi bon me bercer d'espoirs irréalisables? Ma nature est incorrigible ; mon expérience ne le prouve que trop. Mieux vaut que je la laisse courir à sa guise; si je me remets encore sur cette route droite, la bataille reprendra, cette bataille odieuse et rude où je suis toujours blessée. Je ne puis me changer, je n'essaye plus.

Puis, que peut bien valoir mon repentir? Mes promesses ont été si régulièrement démenties par mes actes, que je n'ose plus croire qu'elles aient été sincères. Que servirait de répéter une fois de plus des paroles vaines?

Dieu est irrité contre moi. Je ne serais pas faible à ce point, si depuis longtemps déjà il ne me refusait sa grâce. Je n'ose plus reparaître devant lui ; comment lèverais-je les yeux vers

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son visage effrayant ? Il me hait, et le mieux que je puisse attendre de lui c'est qu'il se désintéresse de moi et m'oublie. »

Le malheureux tourne et retourne cette piètre philosophie, et sa détresse s'en augmente. Parfois il se jette dans un désordre effréné, parce qu'il veut ensevelir dans l'oubli son passé religieux et parce qu'il se dit : Perdu pour perdu, j'aurai du moins épuisé les plaisirs. Plus souyent son cœur reste désolé, comme mort et inerte, et, après que la crise d'abattement s'est calmée, il vise à s'arranger une existence supportable, en s'efforçant de s'illusionner sur son état moral.

Aucune désolation ne surpasse un désespoir réel, et je ne sais si un autre malheur comporte pour l'âme d'aussi désastreuses conséquences : plus d'énergie pour le bien, plus même d'essais ni de sursauts, plus de prière ni de balbutiement de prière. L'âme se sent écrasée sous le poids de ses fautes et de la colère divine, perdue sans rémission et, parce qu'elle ne peut tolérer longtemps une tristesse aussi profonde, elle cherche la paix, en ne s'occupant plus du devoir ou même en se précipitant dans n'importe quels excès. C'est une maladie qui impose à l'esprit une très inexacte vision du réel, et dissout toute la vigueur de la volonté. — Les tempéraments

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excessifs y sont plus sujets ; aussi, pendant la jeunesse oii, par surcroît, la distance est grande entre l'idéal rêvé et le réel, oii l'effort soutenu est parliculièrenient difficile, il n'est presque personne sur qui ne puisse fondre, à un moment donné, une bourrasque de découragement plus ou moins complet et durable.

Faisons le possible pour dissiper les sophismes du désespoir. — Pour commencer par là, il n'est point vrai que notre nature soit irréformable. Nous prenons ses désirs pour des nécessités, ils ne sont que des invitations qu'un homme refuie. Un échec ne prouve rien, si ce n'est notre maladresse ou notre propre abdication. Avec un peu plus de persévérance et de prière, cette indomptable passion sera domptée, car notre volonté aidée par la grâce est très forte, si forte que bien peu vont jusqu'au bout de sa vigueur et connaissent l'étendue de leurs ressources. Qui fut jamais plus esclave de ses passions que saint Augustin pendant de longues années? Cependant il réussit avec le secours de Dieu à se convertir. Son histoire, pour être très célèbre, n'est pas unique. Au ciel, selon toute vraisemblance, il y a plus de pécheurs convertis que de saints qui n'ont jamais péché. Votre malheur est réparable, quel que soit votre état. C'est vous-même, en désertant la lutte, qui achè-

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veriez votre défaite. Vous vous perdriez, parce que vous vous estimeriez perdu.

Continuons. Jamais, en saine logique, votre grande faiblesse devant les tentations ne sera une raison d'abandonner la prière et les sacrements de confession et d'Eucharistie. Tout homme sensé y voit, au contraire, une évidente raison qui vous presse d'y recourir plus souvent. — Priez donc, au lieu de dévider de spécieux raisonnements qui vous débilitent ; il y a des circonstances oii la sagesse consiste à se bander les yeux et à ne pas délibérer. Priez, vous dis-je, et allez trouver un prêtre à qui, loyalement, vous exposerez votre faute et cette tristesse mortelle qui vous ôte l'énergie. Le seul fait de partir à la recherche du remède ranimera l'espérance, qui continue de brûler obscurément au fond de votre cœur ; à chaque pas, vous vous sentirez plus fort, la libération vous apparaîtra plus proche et plus certaine ; vous éprouverez une joie semblable au mineur qui, sortant d'une galerie ténébreuse et suintante, aperçoit quelques rayons du jour et un pan du ciel bleu.

Il est hors de saison, croyez-moi, de discutei sur la qualité de votre repentir. La profondesir même de votre tristesse est une preuve que Dieu est pour vous le souverain bien et que vous l'aimez ; puis, un regret, qui nous conduit aux-

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pieds du prêtre pour y faire un aveu pénible, est bon, et Dieu ne peut le dédaigner. Du reste, qu'il vous semble suffire ou ne pas suffire, peu importe, l'essentiel est que vous vous remettiez entre les mains du représentant de Dieu : il saura, lui, le bandage qui convient à votre plaie. Un homme qui se sent glisser vers le désespoir n'a rien de mieux à faire que de se décharger de soi sur un guide meilleur ; puisqu'il ne se tient plus debout tout seul, qu'il s'appuie sur un plus fort.

Puis, pas de ces dilemmes catégoriques I Les vérités de morale pratique y entrent difficilement ; elles ont bien trop de nuances et de degrés 1 En fait de perfection il est vain et dangereux de vouloir tout ou rien ; car, le tout, aucun des hommes qui habitent sur la terre ne le possède. La vie présente n'est pas la vie des parfaits, mais de ceux qui se perfectionnent. Encore ne se perfectionne-t-on pas en un tour de main, si je l'ose dire, et par la vertu d'une «impie résolution. Un grand nombre d'efforts bout à bout dont plusieurs ne réussissent pas : voilà ce que nous pouvons et ce que nous devons faire. Il faut souvent recommencer, ne point s'impatienter de la lenteur de l'œuvre, et toujours tenir les yeux fixés au but, qui est d'établir le règne de Dieu dans notre cœur. Chaque jour

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on s'efforce de mieux aimer et l'on donne quelques coups de pioche aux défauts ; presque toujours, à la longue, ceux-ci seront extirpés ; ne le fussent-ils pas, une vie passée à les combattre est belle et méritoire ; elle démon Ire, sans conteste possible, que notre cœur est généreux et ami du bien. Notre idéal doit être élevé, mais il est bon de savoir qu'un idéal, précisément parce qu'il est placé à une grande hauteur, ne s'atteint pas en un jour. ISe rêvons point de progrès splendides et subits ; de tels rêves ne prouvent que l'ignorance des forces humaines et du cours ordinaire de la Providence ; pour quelques heureux sur qui Dieu avait des desseins spéciaux, ils furent des réalités ; au très grand nombre ils ne prépareraient que de cuisantes déceptions. Il y a plus que de la sottise à être naïf ou présomptueux, il y a du péril, car, entre autres choses, c'est porter en soi un germe de découragement. Certes Dieu est juste, et ce serait chimérique de compter qu'étant coupables nous échapperions au châtiment. Mais il est aussi bon que juste. Deus caritas esi\ nous a déclaré Celui qui est, avec saint Paul, le plus profond théologien du Nouveau Testament. Tant que nous sommes dans la condition de Tépreuve, il déploie de pré-

1. Cf. I Joan. IV, i6 : Dieu est bonté. Entendez : la perfection qui attire l'amour, et la bonté qui aime.

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férence envers nous sa miséricorde. Toute l'économie de la Rédemption, les sacrements, les indulgences, une si copieuse quantité de grâces offertes en présentent des marques certaines. De pour que cela ne fut insuffisant, Notre-Seigneur lui-même a pris soin de l'enseigner en termes exprès. Lorsque la défiance à l'égard de Dieu transperce un cœur, aucune consolation n'est plus efficace qu'une lecture méditée du chapitre 15 de saint Lac. La recherche de la brebis fugitive que le Pasteur rapporte sur ses épaules ; la maison visitée à la lueur d'une lampe qui éclaire les recoins, afin que la monnaie perdue soit retrouvée ; le fils prodigue, embrassé par son père, revêtu d'habits neufs et réintroduit avec grande allégresse à la table de famille : autant d'images de la miséricorde de Dieu pour les pécheurs, et de son active bonté qui prépare leur conversion. « Mangeons et réjouissons-nous ; car mon fils que voici était mort, il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé ! — Je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingtdix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. »

Qu'on lise et relise tout ce chapitre familier, précis, très vivant. Le visage de Dieu y transparaît, empreint de mansuétude. Quel cœur

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serait assez granitique pour n'être pas remué 7 quelle âme assez désolée pour ne pas reprendre espoir ? Si la confiance n'est pas encore complète, qu'on se rappelle la bonté de Jésus envers la Samaritaine ; c'est à cette pauvre femme la première, à Sichem, qu'il se manifeste comme Messie, et c'est par elle qu'il veut être annoncé dans la ville \ Le même Sauveur se montre plein d'indulgence pour la femme surprise dans le péché ; il lui pardonne et se borne à lui recommander de ne plus commettre le mal ^ Marie Magdeleine est accueillie avec douceur, quand elle vient pleurer à ses pieds ^ Enfin, non sans insistance, il se déclare venu pour sauver ceux qui étaient perdus * : car « ce ne sont pas ceux qui se portent bien, dit-il, qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler à la pénitence les justes, mais les pécheurs ^ »

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