Matth., XVIII, II. — Luc, xix
5. Luc, V, 3 1-32. — Matth., ix, 12. — Marc, m, 17. Kotre-Seigneur, par ces différentes paroles, ne désignait
pas seulement ceux qui étaient réputés pécheurs par les pharisiens, scrupuleux défenseurs de la sainteté légale et des traditions, mais vraiment des âmes coupables devant Dieu, des pécheurs au sens actuel de ce mot. Le texte même l'indique assez, et ce qui achèverait au besoin d'en donner la certitude, c'est l'interprétation de saint Paul, I Timotli.
Bien loin que le Christ nous repousse parce que' nous sommes coupables, notre misère morale est un titre particulier à sa mansuétude. Il a voulu, par ses déclarations formelles et par sa conduite, transformer en motif de confiance ce qui semblait propre à nous abattre. Une si attentive et si complète bonté ôte au plus misérable toute raison plausible de craindre.
Au-dessous des prétextes, que l'on s'allègue pour ne pas se confesser ou pour différer une confession urgente, ne se cacherait-il pas, à l'occasion, quelques sentiments inavoués, peu analysés, à demi inconscients et pourtant actifs, comme l'invisible cœur enfermé dans la poitrine nous colore ou nous pâlit, modère notre marche ou la précipite ? Un observateur soupçonne, par derrière les tergiversations, le désir implicite de continuer ces péchés dont on gémit et qu'on aime tout au fond de l'âme, ou bien la peur d'un humiliant aveu devant lequel l'orgueil se cabre. Dès que ces motifs sont énoncés, un chrétien les juge à leur valeur qui est nulle. Ils ne
I, i5 : Fidelis sermo et omni acception e dignus, quod Christus Jesas venit in hune mundum peccatores salvos facere, quorum primus ego sum.
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peuvent tenir deux minutes sous le regard d'une raison lucide.
Un autre obstacle se rencontre, parfois, plus malaisé à renverser : c'est une persistance têtue dans une attitude prise. Lea entêtés se divisent en deux espèces principales : il y a les esprits exclusifs qui n'aperçoivent qu'une moitié ou un quart d'une chose complexe : ils s'y fixent et s'aveuglent au reste. S'ils ne veulent qu'une chose inflexiblement, c'est qu'ils n'en voient qu'une : leur rigidité vient de leur étroitesse. — Il y en a d'autres plus détestables encore. Ce sont les orgueilleux qui se dressent contre la volonté d'autrui, juste ou non, parce qu'ils ne veulent pas plier devant autrui ; ou qui, n'ayant pas vu d'abord et par leurs propres yeux toute la vérité, se refusent ensuite à l'accepter, quand on la leur montre, et se piètent en rebelles contre l'évidence.
Or il arrive que l'abattement et le désir de renoncer à la lutte morale s'introduisent dans des têtes obstinées ; et c'est lamentable. La volonté de ne pas se convertir s'y établit comme dans une forteresse presque inexpugnable; elle y commande avec la dure autorité d'une idée fixe et unique. L'opiniâtreté contre la raison n'est jamais belle ; dans le cas, elle est par surcroît désastreuse.
LE RELÈVEMENT Sai
S'il importe de fortifier la volonté, il est aussi nécessaire de l'éclairer, de l'assouplir et de la rendre docile à la vérité. Ainsi, quelqu'un s'aperçoit-il, de lui-même ou sur des indications multipliées, qu'il est porté à l'entêtement, il a un moyen efficace de se corriger : qu'il se promette à lui-même de se faire docile comme un petit enfant ; qu'il obéisse sur-le-champ aux désirs licites d'autrui ; dans les conversations, qu'il se démette de son avis, les yeux fermés si c'est nécessaire, et qu'il aspire à voir ce que les autres voient. — A cet exercice-là, me direzvous, il perdra vite tout caractère propre. Beau remède, en vérité, utile pour faire un benêt qui ne saura dire qu'amer ! — C'est une peur sans fondement. Qui est têtu par nature, le restera toujours assez pour maintenir son opinion, en choses importantes, quand elle sera bonne. La pratique de l'humilité atténuera seulement sa confiance excessive en son propre sens, assouplira la raideur de sa volonté et peut-ï'tre lui donnera, à la longue, quelque sentiment de la complexité du réel. Un esprit un peu élargi, une volonté un peu plus sociable : c'est un gain précieux et une grande chance de salut dans les moments dangereux. Là, comme partout ailleurs, il y a une juste perfection à discerner, entre les aveulis et les entêtés.
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Voilà bien des âmes différentes, et il y en a beaucoup d'autres encore. Toutes, dès qu'elles ont eu le malheur de céder à une tentation, doivent aller aussi promptement que possible se confesser. Cette promptitude leur est imposée par la prudence, par Tamour de Dieu et d'ellesmêmes. Elles n'ont pas de longs raisonnements à tenir : qu'elles chassent par une décision rapide le troupeau des motifs sincères ou des prétextes, qui les invitent à l'abstention ou au retard. S'il y a des excuses valables, leur confesseur en jugera ; si réellement leur faute n'est qu'une pécadille, il le dira. S'il y a lieu de raisonner sur leur faiblesse, elles le feront avec le prêtre ou après la confession, alors qu'une vie abondante, infusée dans leur âme, les gardera contre les découragements, comme un sang généreux qui circule dans le corps garde contre le froid. Pécheur, qui que tu sois, le pardon et la paix sont à ta portée ; étends la main et saisis-les.