II. — Brève analyse de la conviction religieuse
Parmi toutes les convictions, aucune n'égale en importance la conviction religieuse. De quoi doncj
3o8 LES TENTATIONS DU JEUNE HOMME
es l elle composée, lorsqu'elle est complète? De trois éléments au moins. Le principal ce sont les idées elles-mêmes sur Dieu, sur l'âme, sur l'Église, sur son autorité et ses principales prescriptions. La doctrine est le noyau solide et résistant, sans lequel la foi serait inconsistante et illusoire. De& paroles, des gestes, des effusions sentimentales, tout cela est excellent pour manifester la croyance, mais seul ou prédominant, ce n'est que simulacre vide, et charlatanisme conscient ou inconscient. Si la foi sans les œuvres est une foi morte, les œuvres sans la foi sont un cadavre sans vie.
Le second élément est l'amour. La volonté s'attache à la vérité connue et l'aime; quand il s'agit des dogmes religieux, cet amour est librement consenti, et c'est lui qui commande l'adhésion de l'intelligence. Les dogmes, en effet, quoique entourés de preuves certaines comme le soleil caché derrière un nuage s'entoure de rayons qui révèlent sa présence, sont en euxmêmes obscurs et impénétrables ; et de plus, ils comportent des règles pratiques dont plusieurs sont dures et propres à rendre hésitante la volonté. Mais celui qui aime s'embarrasse-t-il des difficultés et des peines? L'amour rend notre foi méritoire, comme la connaissance des vérités et des preuves la rend raisonnable.
DE LA NÉCESSITÉ DE S'INSTRUIRE Sag
Le troisième élément est une certaine émotion, provoquée dans la sensibilité ; elle naît de la beauté de la religion, de la bonté du Dieu qui nous aime, des sacrifices que l'on a consentis pour lui demeurer fidèle. Les cérémonies religieuses, par leur charme et leur plénitude de sens, l'accroissent et l'entretiennent. Dieu ne dédaigne pas de la verser lui-même dans les cœurs, à certains moments, pour mélanger dans un composé unique la tristesse et l'exultation ; elle s'approfondit et se fortifie sans fin, à mesure que l'on pénètre davantage les mystères de la foi, que l'on entre dans une familiarité plus habituelle avec Jésus-Christ, que l'on combat pour lui en soi et autour de soi. Cette émotion est parfois latente, mais dans une âme religieuse il est rare qu'elle soit longtemps sans jaillir.
La foi religieuse nous prend tout entiers : esprit, volonté, cœur, et aucun autre objet n'est capable de nous imprimer une si intégrale vibration. Car elle n'est pas seulement une doctrine qui occupe une place dans notre esprit, comme une toile déposée dans une galerie de musée; elle n'est pas seulement un amour volontaire et sec ; mais des hauteurs divines, elle s'écoule dans notre esprit, dans notre volonté et, comme un sang chaud, jusque dans notre sensibilité, transparaissant même dans nos yeux et dans notre ton
33o LES TENTATIONS DU JEUNE HOMME
de voix. Le foyer intérieur transperce la chair de ses rayons. Le curé d'Ars présentait le masque de Voltaire, et saint Vincent de Paul les traits d'un faune, mais chez l'un et l'autre l'âme sublime transfigurait le visage.
Des hauteurs divines, avons-nous dit, la foi descend vers nous. Oui, vu qu'elle est dépendante de Dieu par deux liens dont le premier est la révélation, faite par Dieu lui-même et ses envoyés, le second la grâce ou le secours surnaturel, que Dieu accorde par bonté et sans lequel personne n'acquiert la foi catholique. Les trois éléments intellectuel, volontaire et sensible ne constituent que la partie observable de la foi ; au-dessous d'eux, comme les profondes racines cachées sous terre, travaille la grâce invisible, soustraite à toute expérience directe, mais réelle et féconde.
La foi, avec toute la suite des vertus qu'entraîne son développement normal, crée en nous la plus haute et la plus pleine des formes de la vie, et n'aurait-elle pas en sa faveur les preuves les plus sérieuses, elle mériterait, comme source de perfection morale, d'être recherchée.