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Les obstacles

Les obstacles à l'existence ou à la perfection

DE LA NÉCESSITÉ DE S'INSTRUIRE o3r

de la foi sont nombreux. Omettons ceux qu'enfantent les passions basses, les intérêts mal compris, l'orgueil qui refuse de s'incliner devant les mystères. Deux causes sévissent, semble-t-il, plus dangereusement à notre époque.

Il y a, en premier lieu, U ignorance. Pour avoir la foi catholique, il est nécessaire de connaître les vérités catholiques, et, cela est assez manifeste, on ne les connaîtra point sans les étudier. Aux chrétiens qui vivent du travail manuel, artisans ou paysans, le catéchisme et une ins truction chaque dimanche suffisent à la rigueur; leur vie intellectuelle est restreinte, leur esprit peu exigeant et presque toujours sa capacité vite comblée. Mais ceux qui ont reçu une plus complète culture et qui mènent une vie où les idées occupent une assez grande place, doivent étudier personnellement et de plus près leur religion. Sans doute, un officier, un médecin ou un avocat n'est pas tenu de se transformer en théologien, encore que son esprit n'y perdrait ni en profondeur ni en sûreté. Le temps lui manque et de même l'initiation préalable à la technique de la théologie, mais par des lectures, par des réflexions, et si la chose est possible, par l'audition de conférences ou par des conversations avec des prêtres, il est souhaitable qu'il pénètre

le plus avant possible dans l'intelligence du Credo et de l'apologctique.

Avez-vous remarqué, mon cher lecteur, ce travers de tant d'esprits qui, sans études spéciales, tranchent en politique, en sociologie et en religion ? Par une rencontre singulière, ces trois sciences sont les plus compliquées de toutes et celles où personne ne s'avoue incompétent. Auguste Comte, quand il classa les sciences d'après leur simplicité décroissante, situa la sociologie à la queue de toutes les autres comme, la plus enchevêtrée et la plus malaisément abordable ; et si le préjugé agnostique ne lui avait pas fait écarter la religion, il l'eût placée, en vertu de son principe de classification, à la suite de la sociologie comme plus complexe encore, car à tout ce qui constitue l'homme individuel et social, la religion ajoute ce qui le met en relation avec Dieu et le fait citoyen d'une société surnaturelle beaucoup plus riche, plus vaste et plus durable que la société de la terre.

Ces sciences difficiles, comme on a l'air de les trouver faciles I A voir comment on les traite, il suffit, semblerait-il, d'être homme et de savoir prononcer ou écrire quelques phrases pour s'y révéler maître intrépide et infaillible. — Je vois bien pourquoi. La plupart des gens reconnaissent sans honte et sans vif regret qu'ils

ignorent la chimie et qu'ils ont négligé leurs relations avec l'algèbre, mais en politique, en sociologie, et en religion, de quoi s'agit-il? Avant tout, de nous-mêmes, de l'aménagement de notre vie actuelle et de la préparation de notre vie future. Ce sont des sciences humaines, entendez, ayant pour objet l'homme. D'où un [)remier elTet : elles nous intéressent tous ; dès que l'esprit commence à remuer quelque chose, ce sont des morceaux de ces sciences-là qu'il remue. Second effet : une partie notable de ces sciences est faite d'observations courantes sur les idées, les passions, les rapports des hommes. Ceux qui ont des yeux et des oreilles, et c'est tout le monde, s'imaginent vite qu'ils ont vu, entendu et qu'ils savent tout ce que l'on peut dire là-dessus. A ce double titre, la sociologie, la politique et la religion paraissent la propriété de tous ; on ne conçoit pas aisément que la division du travail y soit aussi nécessaire qu'ailleurs, qu'on peut n'y rien entendre, et qu'enfin avant d'y décider en maître il serait excellent de les apprendre.

En religion, le résultat de ce préjugé, ou pour mieux dire de cette présomption très répandue, est que la foi d'un grand nombre, faute d'aliments nourriciers, reste rabougrie, ou qu'elle se dessèche et meurt vite, comme une fougère

débile sur de la rocaille. Il n'est, en effet, qu© trop habituel à notre esprit de mépriser ce qu'il ignore. On rencontre des gens, par ailleurs avertis et non dénués de prudence, qui classent sans sourciller au rang des choses absurdes, vides, lisibles, des choses sensées et bienfaisantes. D'où vient cet exclusivisme si sûr de soi ? Est-ce que ces juges décidés ont étudié à fond ce qu'ils jugent, ou même y ont-ils réfléchi un peu? Tout au contraire. Ils décident si hardiment parce qu'ils ne savent pas. Leur défaut est l'incapacité de douter à propos. En cherche- t-on la cause ? On la trouve dans un amour-propre si naturel quïl est inconscient. Comment ! une chose vaudrait la peine d'être sue et ils l'ignoreraient ! Cela n'est pas. Et très tranquillement l'on se prend soi-même avec ses étroitesses et ses limites si prochaines, pour mesure du raisonnable, de l'important, de l'utile. Ce subjectivisme-là n'est érigé en théorie que fort rarement, mais il a bien sa revanche : l'immense majorité des hommes le pratique. C'est une affaire que de décider s'il hante davantage chez les têtes de vingt ans ou chez les têtes chenues. Celles-là ne sont encore qu'entr'ouvertes, et celles-ci ont traversé la vie sans s'ouvrir ou, comme il arrive, en s'étrécissant. Vous voulez des exemples ? Ouvrez les yeux et les oreilles; h\>\\ jotirs ne

seront pas écoulés que votre récolte ne soit abondante.

Ici, il paraît suffisant d'indiquer quelques cas tr^s fameux de jugements hâlifs, portés sur la religion par des esprits aussi catégoriques que mal renseignés. Que savait Théodore JoutTroy quand, à l'âge de vingt ans, il rejeta le christianisme ? (( Il n'était pas encore philosophe. Il n'avait rien étudié. Il n'avait aucune idée, aucun soupçon de la méthode. Sa raison n'était pas exercée... Il nous dit bien qu'il a examiné les objections et les réponses..., mais de cet examen dont il ne parle qu'en une ligne, aucune trace ne demeure nulle part dans ses écrits ni dans sa vie. Quels livres a-t-il lus ? Quelles études a-t-il entreprises*? » — Que savait Hippolyte Taine^ quand à seize ans il s'éloigna de la foi religieuse? Lui-même avoue qu'il obéit à a l'orgueil et à l'amour de la liberté », et quand, peu de mois après, il chassa de son esprit le spiritualisme philosophique, il « n'avait lu encore aucun philosophe )). Quelle précipitation en chose si importante ! Il se promet bien à lui-même de continuer ses recherches, c de ne s'arrêter jamais, croyant tout savoir, d'examiner toujours de nouveau ses principes ». Mais jamais, par la

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