‹ Les tentations du jeune hommeChapitre 69 sur 76 · Cf. Théodore Jouff'roy, par Ollé-Laprune, page i · texte numérisé non relu

Cf. Théodore Jouff'roy, par Ollé-Laprune, page i

suite, il n'appela en révision le sommaire jugement par lequel il avait condamné et le spiritualisme et la religion révélée, ou s'il le fit, aucune trace n'en subsiste*.

Cet esprit hautain et si vigoureux trouva le temps d'écrire d'innombrables articles, de compulser, dans la seconde moitié de sa vie, d'immenses dossiers et toujours de forger ses solides €t éclatantes métaphores, mais pour étudier « l'unique nécessaire », il ne se réserva jamais de loisir !

On risque d'être indisciet à fouiller les consciences et, si tentante que soit la chose, il vaut mieux s'abstenir. Sans désigner personne, nous croyons pouvoir affirmer que le cas de ïaine et de JoufTroy est le cas d'un très grand nombre d'incrédules. On juge la foi et on la condamne avant de la connaître. On aperçoit quelque vérité ou quelque apparence de vérité qui semble contraire à la doctrine catholique et, disons le mot, étourdiment, on prend cette faible lueur pour la clarté du jour total qui se compose d'une infinité de rayons.

I. Cf. Taine, sa vie et sa correspondance, tome !•', pages 20-36.

Le fragment intitulé : De la destinée humaine, est une sorte de confession. Malheureusement, sans doute pour se conformer au testament de Taine, on y a pratiqué deux suppressions.

DE LA NÉCESSITÉ DE S'INSTRUIRE o6-j

Le remède à ces doutes naissants est un examen précis, fait avec sincérité, à l'aide de livres sérieux ou de spécialistes, et accompagné de la prière. Savez-vous ce qui décida de la foi religieuse de Mgr Gay, le profond théologien mystique, le très dense et très original écrivain? II venait d'achever de brillantes études à Saint- Louis. Pris de doutes sur Dieu, ayant cessé de faire ses Pâques, il s'ouvrit cependant à M. Dumarsais, l'aumônier du lycée, qui osa lui conseiller la lecture de la Somme de saint Thomas. Charles Gay lut et résuma la première partie. Et l'abbé, en observateur expérimenté des âmes, ne s'arrêtant pas à la présente invraisemblance de sa prédiction, lui dit : «c Un jour vous serez des nôtres*. »

Etudions donc. Hélas ! je ne le sais que trop. Plusieurs parmi nous vantent « la foi du charbonnier » et de telle sorte que la conclusion logique impliquée dans leurs paroles, c'est qu'il est inutile d'étudier de près la religion. Voilà un conseil bien imprudent.

La foi du charbonnier est bonne chez les charbonniers, bien que de nos jours, les plus humbles artisans eux-mêmes, pour rester bons

I. Cf. Abbé Perdreau, Souvenirs d'an prêtre {i8iO-igoQ), p. 195.

chrétiens, aient besoin d'être plus instruits qne jadis. Et, chez tous, l'ardeur de la foi, la docilité, l'horreur de l'ergotage sont des qualités souhaitables. C'est là le sens juste et vénérable de cette parole. Quant à l'ignorance et à l'incuriosité, si elles protègent parfois, c'est accidentel ; en elles-mêmes elles sont des faiblesses el des dangers.

u La foi du charbonnier » est une formule expressive comme celle de l'Evangile : « Devenez semblables à des petits enfants d, mais il faut savoir l'entendre, et ne pas lui donner un sens absurde. On ne croit pas que Notre-Seigneur ait voulu nous recommander l'étourderie, la mobilité capricieuse, les menteries, les gourmandises ni les petites cruautés égoïstes des moutards, mais sans doute leur pureté et leur candeur. De même un homme prudent distingue et choisit dans la foi tant prônée du charbonnier. Un saint Thomas d'Aquin ou l'humble franciscain saint Bonaventure eurent, semble-t-il, une foi aussi méritoire que la pauvre vieille femme qui jeta son avoir dans le tronc, sous les yeux de Jésus ', et, par surcroît, n'étaient-ils pas plus aptes à faire rayonner la vérité dans le monde et plus à même, pour leur propre compte, de progresser

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