I. Cf. Matth., XVIII
QU'EST-CE QUE LA. TENTATION? 8t
dès qu*ils y pensent, éblouit et terrifie les plus impassibles, plane l'incertitude : non que le ciel et l'enfer soient choses douteuses, mais parce que notre entrée dans l'un ou dans l'autre sera la conséquence de nos actes et de la grâce divine, en particulier du don de la persévérance. Quel juste ne tremblerait quand pénètrent dans ses oreilles, comme des flèches vibrantes, ces terribles paroles de saint Paul : u Qui se existimat slare, videat ne cadat *. »
Notre nature, que le péché originel a blessée, que les « innombrables péchés originels secondaires* )) ont encore affaiblie, que nos fautes personnelles alourdissent et que, pour nous laisser une matière à expiation et à combat, la grâce de Dieu ne guérit point complètement, est ras la terre, et notre idéal a bondi aux cieuxl La conscience est devenue plus délicate, plus sensible^ plus vulnérable ; dès qu'apparaît l'ombre d'un péché, elle frémit ; plus de compromis et d'arrangement possible, en sûreté et tranquillité, entre les inclinations déréglées et la règle du bien. Gomme la lutte s'est avivée dans le cœur des
1. Cf. I Cor., X, 12 : « Que celui qui pense se tenir droit, prenne gar ie à ne pas tomber. » — Cf. aussi Matth., x, 33, et XXIV, 39-40.
3. Celte ( rigiiiale désignation des tares héréditaires est de Joseph de Maistre, Soirées, 3' entretien.
TBIfTATIOMS. — 6.
hommes ! Comme la vie intérieure, dans le Christianisme, se dramatise ! Non seulement l'examen de la doctrine, mais notre expérience atteste que le Christ a dit vrai : il est venu allumer le feu, il est venn imposer la croix, il est venu jeter le glaive. « La vie des hommes est un combat* », et tous, vainqueurs ou vaincus, en sortent ensanglantés, les uns pour leur éternel bonheur et les autres pour leur éternel malheur. La claire vue de cette inévitable destinée répand sur la vie un sérieux et une grandeur tragique.