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HER MAJESTY'S THEATRE

U-\ DIRECTEUR : M. H. BEERBOHM TREE. — LA SALLE ET SES DE- PENDANCES. — POUR LES ARTISTES l LA «MAISON». — LA SCÈNE.

Her Majesty's Théâtre est situé au bas de Haymarket, en face du théâtre du même nom. Il est Tun des plus récents des théâtres de Londres. Construit sous la direction de M. C. J. Phipps, architecte de théâtre des plus notoires, mort peu de temps après, inauguré au mois d avril 1897, il appartient à M. Herbert Beerbhom Tree, qui en est à la fois le fondateur, le directeur et l'acteur principal. Mieux qu'aucun autre, il servira d'exemple manifeste à la démonstration qui vient d'être tentée, car il réunit l'ensemble des avantages où se marquent avec une grande force les caractères essentiels des théâtres anglais.

Il convient d'en faire immédiatement honneur à M. Herbert Beerbhom Tree. L'objet de cette étude ne se prête pas à ce que l'on juge ici son talent de comédien ; mais le directeur et le metteur en scène nous appartiennent tout entiers. Le metteur en scène, nous l'avons vu à l'œuvre dans le Çhemineau; le directeur, nous allons, en étudiant son théâtre, le trouver en constant travail d'invention passionnée et de recherche continue. Ce n'est point à un imprésario plus ou moins habile ou plus ou moins heureux, que nous avons affaire ici. Nous voici en présence d'un novateur qui, connaissant le théâtre par la pratique déjà longue qu'il en a, s'est appliqué, par surcroit, à en déterminer la théorie, et qui, dans son obstiné désir de perfection, cherche sans lassitude, essaye sans impatience, et ne détruit que pour atteindre un progrès nouveau.

M. Tree a l'amour et la compréhension de son art, et il est servi dans son labeur par le levier universel qu'est l'argent. Il n'est venu au théâtre qu'assez tard ; il était dans les affaires, à l'exemple de son père, mais il fut de bonne heure ensorcelé. Le mirifique démon qui erre dans les frises, avec ses yeux d'opale et son manteau d'or rouge, le tentait, et c'est un démon auquel on résiste rarement. M. Tree fut donc comédien amateur, comme... comme tant d'autres. Puis, impatient

de secouer des servitudes qui réduisaient à des intermèdes ce qui devait être sa yie même, il devint directeur du Haymarket. Il rêva mieux, et enfiii, à quarante ans environ, il fut seul propriétaire de Tun des premiers théâtres de Londres, qu'il fit édifier d'après ses propres plans, et où il pourra réaliser tout ce qui, naguère, n'était que le désir imprécis d'une jeunesse ardente à la vie d'art. Et, par un prodige qui n'étonnera que ceux qui le voudront bien, ce théâtre vibrant et passionné, ce théâtre d'art et de vie, est en même temps un théâtre heureux. Les succès y éclatent en fanfares de triomphe. Les deux millions qu'il a coûtés s'amortissent avec une régularité constante. L'argent, que l'on n'y marchande pas à la mise en scène, rentre en espèces sonores au bureau de location. Avec Jules Césa?\ M. Tree avait chaque soir six mille francs de frais ; il en encaissait neuf mille ; en cent cinquante représentations, il a gagné quatre cent mille francs.

Qu'est-ce donc que Her Majesty's Théâtre? Examinons d'abord la salle et ses dépendances. Nous pousserons ensuite la porte de fer, et nous entrerons sur la scène.

Le Majesty s'élève au coin de Haymarket et de Charles slreet, sur l'emplacement de l'ancien County hôtel et de l'ancien Opéra, qui déjà s'ap-

pelait Her Majesty's, du nom qui fut conservé au nouveau théâtre, avec la permission expresse de la reine. Il occupe 29 mètres sur Haymarket, et 52 sur Charles street, et, par le fait d'un passage perpendiculaire à cette dernière rue, il est ainsi isolé sur trois côtés, le quatrième s'àppuyant à Garlton hôtel, construit depuis.

L'entrée principale est sur Haymarket.

Pas plus qu'aucun théâtre de Londres (à l'exception de Covent Garden), le Majesty n'a de prétention à être un monument. Il n'y faut chercher ni porche majestueux ni somptueuses décorations. L'aspect extérieur y est, résolument et de parti pris, sacrifié à la commodité. Un monument est une œuvre d'exception et une entreprise périlleuse, qui exige beaucoup d'argent... et un architecte. L'architecte est le plus difficile à trouver. Huit fois sur dix, il manque son affaire, et, sous prétexte de chef-d'œuvre, livre un ouvrage prétentieux, lourd, étriqué, flanqué de colonnades, de hauts et de bas-reliefs, de balcons, de torsades, d'architraves et de chapiteaux, où tous les styles mêlés, toutes les époques confondues entrent dans la danse avec une frénésie déconcertante. Du reste, cet architecte fût-il Ictinos lui-même, il est impossible que l'initiative privée jette dans une pareille entreprise les millions nécessaires, les bénéfices éventuels ne pouvant suffire h rémunérer le

capital. Le théâtre-monument ne peut être qu'un théâtre d'État. On ne trouvera donc, dans les, théâtres de Londres, ni façades grandioses ni escaliers impressionnants.

La façade du Majesty est simple et dépourvue de prétention. Edifiée dans le style de la Renaissance française, elle montre au premier étage une \J loggia, qui communique de plain-pied avec le foyer du public; une coupole surmonte Tédifice. Le rezde-chaussée est tout en portes. D'autres portes s'ouvrent aussi sur Charles' street; de i^eile sorte que, le théâtre comprenant cinq catégories différentes de places, chacune de ces catégories a pour son service deux sorties spéciales.

Le vestibule est pareil au salon d'entrée d'un cercle élégant; nous avons déjà eu l'occasion de le signaler, avec ses fortes boiseries en vieux chêne, son plafond à caissons, ses tapis épais, les fauteuils qui y sont rangés le long des murs, et les plantes qui le décorent- A droite, le bureau de location, et, sur le mur du fond, face à l'entrée, une large plaque de marbre, qui rappelle la date de l'inauguration du théâtre. Des huissiers s'y tiennent en permanence, ces solides gaillards dont nous parlions tout à l'heure, la tête poudrée, raides dans leur éclatante livrée bleu de roi, avec la culotte de velours rouge et les bas blancs.

Bleu et rouge, c'est du reste le ton uniforme de

la décoration tout entière. Les draperies sont de soie cerise brodée. Les murs sont tendus de rouge, les fauteuils sont rouges, les tapis bleus, et ces deux tons, qui se répètent invariablement, donnent au théâtre cet aspect d'élégance sévère et de luxe discret qui en est la grande distinction.

Du fond du vestibule, et parallèlement au mur qui le ferme, partent deux escaliers : Tun, à droite, qui monte et aboutit au balcon et au foyer ; Tautre, à gauche, qui descend et dessert Torchestre.

Il descend, mais ce n'est pas à dire que Torchestre soit au-dessous du niveau du sol. Par une ingénieuse disposition, Tarchitecte, afin d'économiser l'espace, a placé certains services accessoires sous une partie du plancher môme de la salle; de telle sorte que Tescalier qui part du vestibule, après s'être enfoncé d'un étage en une révolution, vient aboutir, au-dessous et au fond de Torchestre, dans un large couloir souterrain, d'où Ton gagne les fauteuils au moyen de deux autres escaliers placés à la cour et au jardin. Agencement adroit, mais compliqué, et assurément peu favorable à une rapide évacuation en cas de panique. Mais voici la contre-partie de cet inconvénient : ce large couloir demi-circulaire donne accès, d'abord aux vestiaires, qui sont profonds et fort bien organisés, puis h un bar, et enfin à un grand salon carré où les dames

trouvent de hautes glaces, des porte-manteaux où suspendre leurs vêtements, et des femmes de chambre spécialement affectées à leur service.

On gravit Tun des escaliers de côté, on pousse une lourde porte, mi-partie de chêne plein et de petits carreaux voilés d'un rideau de soie rouge, et Ton est dans la salle. Elle a 23 mètres de large et 20 mètres et demi de profondeur, du rideau au mur du fond; 11",33 séparent le rideau de scène du premier balcon, ce qui donne à ce dernier une profondeur de 9 mètres. La hauteur, au centre de Torchestre, est de 15 mètres.

Je ne décrirai pas de nouveau cette salle ^ Absence de loges et de baignoires, balcons en amphithéâtre, plancher fortement incliné, fauteuils largement espacés, orchestre des musiciens presque invisible, nous avons précisé en détail ces points particuliers. La décoration en est conçue dans le style Louis XIV. Elle est fort bien éclairée, non point tant par le lustre de bronze et verre, qui est de petites dimensions et se détache peu du plafond, que par une multitude d'appliques de bougies électriques, dont l'éclat est tempéré par des abat-jour de soie, et qui, du reste, se retrouvent dans toutes les parties du théâtre.

Cependant, M. Tree n'estime pas que cet éclai-

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