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LES ENGINS NOUVEAUX CONCLUSIONS

QUELQUES QUESTIONS PRATIQUES. — BESOIN DE VERITE. — LA VIEILLE MACHINERIE. — l'opÉRA DE CHARLES GARNIER. — i( l'aSPHALEÏA. » — LE FER ET LE BOIS. — LE PLANCHER

MOBILE. — A l'Étranger. — le projet garnier-tresca.

Un certain nombre de questions précises s'imposent à cette heure à tous les techniciens de théâtre. Il ne s*agit ici ni de les discuter ni de les étudier dans leurs détails, avec les difficultés qu'elles soulèvent et les conditions qu'elles supposent, car il y faudrait un volume. Nous nous proposons seulement, en nous bornant aux choses de la scène, de les indiquer sommairement et d'en faire valoir l'intérêt et l'urgence.

Elles se rattachent à deux nécessités essentielles :

1° Elargir les perspectives et augmenter l'illusion théâtrale par une imitation plus scrupuleuse de la nature ;

2'' Accélérer le travail matériel et réaliser tous les effets possibles par la substitution du moteur mécanique au moteur humain.

La première relève du metteur en scène et du

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décorateur; la secondo, de Tingénieur et du machiniste.

Un grand souffle de réalisme, en passant sur Tart universel, Ta ramené à ses origines. Si Tidéal humain n a point abdiqué, si Tart n'a pas répudié son principe, qui est d'embrasser la synthèse des faits et d'atteindre à la signification des symboles, l'artiste, du moins, se penche davantage sur la vie, et les gestes par lesquels il tente de l'exprimer, il les fait pareils aux gestes de notre humanité précaire. L'évolution est aisée à suivre surtout dans la littérature dramatique. De quelque vérité poignante qu'un Racine ait empli le verbe de ses héros symboliques, quelque large et douloureuse humanité qui palpite au cœur d'un Polyeucte ou d'une Pauline, la forme tragique est morte au monde, et jamais plus la vie, poumons émouvoir sur un théâtre, ne se vêtira d'un péplos.

Les formes propres de l'art dramatique s'étant modifiées, les formes représentatives qui le traduisaient à nos yeux resteront-elles donc immuables? Quand la voix populaire exige des écrivains de théâtre l'illusion et le respect de la vie, faut-il admettre que les milieux où elle se recréç résistent à la Loi? Et cette vérité de la vie transportée sur la scène, les théâtres ne doivent-ils pas nous la présenter avec le minimum d'inéluctable

convention ? Tous Tont compris, tous s'y efforcent, tous s'y hâtent, d'un pas plus ou moins rapide. Nul peuple ne tolérerait plus les écriteaux de Shakespeare, et, quand la foule applaudit r Aiglon, elle veut au roi de Rome le costume que lui vit la cour d'Autriche.

D'autre part, alors que, dans toutes les entreprises du labeur humain, la science, à grands coups de sape, a détruit, transformé, refondu les méthodes passées, alors que les conditions mêmes de la vie en ont été bouleversées, que, dans toutes les usines, la machine a suppléé Thomme, ne serait-ce pas un prodige que le théâtre seul demeurât clos à la formidable révolution en marche, et que toutes ces forces barbares, désormais domestiquées, pussent renouveler le monde autour de lui, sans qu'il songeât à les appeler à son tour?

Or, tandis que des réfoi^nès isolées se produisent avec lenteur et timidité, on constate avec stupeur que la grande majorité des théâtres restent fidèles à des pratiques surannées, et que pas un des nôtres, même le plus magnifique, même le plus récent, n'a encore songé- à secouer la ferraille des vieux procédés!

La machinerie théâtrale, dans la pratique et sauf en quelques théâtres que Ton peut compter, n'a pas fait un progrès depuis deux cent cinquante ans.

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Les Italiens l'ont inventée. Telle ils nous l'ont transmise au xvu'' siècle, telle elle demeure après plus de deux siècles révolus. Ce sont les mêmes engins, les mêmes moyens d'exécution, les mêmes méthodes de travail, presque les mêmes vocables. Les machinistes qui montaient pour Louis XIV Roland, ou Amadis, ou le Temple de la Paix, représenté à Fontainebleau, les machinistes de Venise qui équipaient au théâtre de Saint-Sauveur ou à celui Me San-Cassiano les décors à' Adonis en Chypre ou de Gernianicus sur le Rhin, pourraient, si d'aventure quelque fée les ressuscitait aujourd'hui, monter sur un de nos théâtres ; à peine y trouveraient-ils quelques changements dans la construction des praticables et l'aménagement des âmes et des cassettes : il leur serait permis de se croire revenus dans leurs vieux théâtres, et ils se mettraient au travail sans étonnement.

L'Opéra lui-même leur semblerait un Théâtre des Machines plus solennel, car la machinerie de rOpéra, en dépit de ses atours, est une très vieille personne. Pafeille, dans son principe, à celle de toutes les scènes anciennes, elle n'en diffère qu'en un point, la substitution du fer au bois dans ses éléments constitutifs,

11 y avait, à l'Exposition de 1900, dans la très pauvre section consacrée à l'Art théâtral, un joli sujet d'ironie. Un bibelot d'un mèlre de hauteur

environ, d'ailleurs fort bien exécuté, y reproduisait, avec une étonnante minutie de détails, la scène du premier Opéra de la rue Richelieu, qui fut fermé en 1820, à la suite de l'assassinat du duc de Berry. Du dernier dessous jusqu'au gril, toute la charpente apparaissait à découvert : une tige de bois, de la grosseur d'une allumette, figurait un énorme poteau ; autour de minuscules tambours, une ficelle de fouet représentait une commande. L'ouvrier qui avait exécuté ce joujou était certes habile dans son art; mais, sans l'inscription qui trahissait la date de 1820, on eût pu se croire devant la carcasse d'un théâtre d'aujourd'hui. Un pou plus loin, dans la section des machines, dans celle des voitures, partout enfin, dçs expositions rétrospectives attestaient les efforts du labeur humain. Le théâtre y semblait oublié sur. une dune de sable, où ne s'arrête jamais la caravane du progrès.

Et, pourtant, l'Opéra actuel fut l'œuvre passionnée d'un homme qui connaissait d'une science sûre les nécessités du théâtre, d'un esprit hardi et novateur, à qui n'avait échappé aucune des ressources précieuses qu'il pouvait demander aux inventions nouvelles. Les deux livres mémorables qu'il a écrits sur le Nouvel Opéra et sur le Théâtre attestent qu'il avait fait de beaux rêves pour l'œuvre de sa vie. S'il n'avait tenu qu'à Charles Garnier, elle fût devenue à coup sûr le palais

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somptueux de la machinerie moderne; et s'il dut, par un manque de temps et d'argent, se résoudre à revenir aux méthodes anciennes, il ne s'y résigna qu'avec des regrets attristés, dont on trouve la confidence aux dernières pages de son livre.

La plus merveilleuse occasion que Ton pût souhaiter a été perdue là d'essayer des engins inédits et de faire œuvre initiatrice. Cependant'elie s'est de nouveau présentée depuis ; et, à deux reprises, la prétentieuse incompétence des architectes officiels Ta dédaignée. Quand la retrouverons-nous ? Quand se lèvera à Paris un homme qui saura accomplir ce que d'autres n'ont pas osé ou n'ont pas voulu faire?...

En attendant, l'exemple est venu d'ailleurs.

Vienne, Buda-Pesth, Wiesbaden^ Amsterdam, Londres enfin, nous offrent présentement des naodèles à étudier, des faits à juger et h discuter Là, du reste, la théorie avait été fort intelligemment présentée, et préconisée avec une rare ténacité, par une société d'ingénieurs et d'hommes àe théâtre, qui se fonda à Vienne il y a dix-huit ou vingt ans, sous le nom d'Asphaleïa,

VAsphaleïa se proposait de formuler, pour tous les théâtres nouveaux, un type de construction

1. Voir la très intéressante enquête de M. Albert Carré sur «les théâtres en Allemagne et en Autriche», dans la Revue de Pai^îsy 1" mars 1898.

rationnel, qui spécifiait, entre autres réformes, remploi de laforce hydraulique, la mobilité du plancher, la substitution du fer au bois, l'usage des panoramas. Son action fut énergique et profitable. Elle se manifesta directement dans la construction de deux théâtres : celui du Nouvel-Opéra, à Buda- Pesth, œuvre de l'ingénieur Robert Gwinner, et celui de Halle-sur-Saale. Mais on peut diçe qu'elle subsiste par-delà la vie môme de la société, aujourd'hui dissoute, et que les principes posés par TAsphaleia s'imposent à l'étude de tout architecte de théâtre. Toute scène à venir lui sera redevable de quelques progrès.

Quels sont donc les points essentiels sur lesquels peut porter la réforme de la machinerie théâtrale ?

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