‹ Les théâtres de la foireChapitre 16 sur 51 · Théâtre Français sous Louis XIV, p. 65, note · texte numérisé non relu

Théâtre Français sous Louis XIV, p. 65, note

LES thI':atrks m: la fuïiu:

Médée se promène avec Jason dans un jardin peuplé de sf il Lues. El fera i>ien de elmrrier droit, le prélenlieu\ el j^rotesipie proi)ritHîdre d'' la loison : e;ir la magieieniie pélnfie lous eeiix qui la rdeheid, el ees slalues eaelien( di' j)auvres diable?^ vielimes de son ressenti me 11 t. Celui-ci, an visage couleur de pain d'épiée, est un mé<lecîn Irop amoureux de la saii*^néc pI de Témélique; Médée ne lui pardonne pas ses eoups de laneetle e! ses vomitifs. Celui-là, eoilTé «Tuu larî^e eluippau à plumes, est un at leur italien.

— t Sans douU\ dil Jason, vous l'avez ehillié pour ^'éln^ mi^lé de parler franeais. » — «t Non, ré|iond Médée, mais il m'a rendue malade à l'oree de me l'aire rire, j» — • Kl eel aulre, à eôlé, ce verlu^adint »

— < C'est un Comédi<*n Frnnrais, qui m'a ennuyée avec ses tarauds rAlos ». — < Comment, diable! un Ctïmédien Fraiipais. un i\e ces farauds acteurs qui jouent de si bell(^s choses, qui chaniienl tout le monde, et qu'on ne peul entc^nrlre sans admiration!» — * Puisque lu les aimes, reprend Tanioureuse épouse, prête à tou.s les sacrifices, sur ta prière je leur fais j*râee..,. » -- Et voici la statue qui saute à bas de son piédeslal el se jïrosterne devant son sauveur, «Pour toul remcrcienieul, lui dit alors Jason, donnez -moi donc eintj ou six de ces vers pompeux, délayés dans îe lion sens, el qu'on savoure comme nn précis de raison.... El là.., de ces vers.,,, enfin de ces beaux vers qui vous metlent en réputalion, 1 Et le Franeais aussitôt déclame :

€ Dti tjrutni /latfibefiu des etetu) ia viarié vatjffbottde.,..

JASON

Ah! que cela débute bien! Du grand flambeau des cieux. .. Après, Monsieur, après.

LE FRANÇAIS

Du grand flambeau des cieux la clarté varjabonde De ses rayons dores perçait rémail de fonde....

JASON

Il n'y a point là de verbiage. Ce sont des choses, et des meilleures.

LE FRANÇAIS

Du convexe azuré lançant ses premiers traits Peignait les flots enfants de ses brillants attraits....

Ah! jernie! Voilà ce qu'on appelle des vers, ^ue dites-vous de cela, vous autres bateleurs italiens?

LE FRANÇAIS

Lorsque la foudroyante et temble Ilippolyte, Heine du Thermedon., redoutable au Cocyte....

JASON

Il y a bien du beau là-dedans.

LE FRANÇAIS

Faisait trembler r Afrique et le pâle des cieux., En jeta) tt la frayeur jusqu'au trône des dieux....

.TASON.

Cette moelle de vers !

LE FRANÇAIS

Sa frénétique ardeur, malgré tous les obstacles, Enfantait par ses coups l'horizon des miracles.

JASON

Ah! morbleu, il n'y a pas moyen de tenir là contre :

Enfantait par ses coups V horizon des miracles!

Avec ces grands vers-là, on crève de monde chez vous?

LE FRANÇAIS

Nous n'avons pas une âme, et il semble....

JASON

Quoi? Le sérieux ne vous amène pas toute la France?

LK FRANÇAIS

Oh! que non, Monseigneur; on luit tous les endroits où Ton parle raison.

.lASON.

Hé bien, si le sérieux ennuie le monde, que ne jouezvous des pièces comiques? Il y a assez de gens qui ne cherchent qu'à rire.

l.E FRANÇAIS.

Hélas! Nous ne représentons autre chose.

JASON

Oui, mais ce sont peut-être des vieilles pièces.

LE FRANÇAIS

Pardonnez-moi, Seigneur : nous ne mettons que des nouveautés sur le théAtre.

JASON

Et avec cela?

LE FRANÇAIS

Et avec tout cela, nous ne gagnons rien.

JASON

Vous ne jouez donc que pour l'honneur?

LE FRANÇAIS

Nous ne jouons que pour nous tenir en haleine.

JASON

Quel dommage!

LE FRANÇAIS

Nous ne faisons plus rien depuis que les Italiens ont

donné Protée*, le Banqueroutier, V Empereur dans la lune.

JASON

Et si! Ce ne sont que des farces et des enfilades de quolibets.

LE FRANÇAIS

Et avec ces farces et ces enfilades de quolibets, ils attirent tout le monde chez eux. »

Ne croirait-on pas enlendre les Forains euxmêmes, et ceux-ci s'y prirent-ils d'autre sorte, quelques années plus lard, quand leur tour vint d'entrer dans la bataille? La seule dilTérenco, c'est qu'ils se montrèrent plus persévérants. En 1718, et le soir même de leur mort, ils luttent encore dans leurs derniers retranchements, tandis que les Italiens, auteurs des premières attaques souvent renouvelées jusqu'à leur expulsion *, sont redevenus, à cette date, les amis de la Comédie Franç^aise, et les ennemis

i. C'est dans cette pièce que se trouve la parodie de Béré- H ire.

2. Par exemple, dans VUnion des deux Opéras et dans la Desrente de Mezzelin aux Enfers. Ce qui donna lieu, raconte Gherardi, à la première de ces pièces, ce fut l'Opéra de Vilhige, que MM. les Comédiens Français osèrent donner quelque temps après que les Italiens avaient représenté l'Opéra de campagne. « Vous avez pris mon nom et mon enseigne, dit la pièce italienne, pour attirer les chalands. Prônez la peine de dénicher : vous n'avez que faire où je suis, et si vous ne sortez pas d'ici, par la mort.... » — « Taistoi, réplique la pièce française, tu n'es qu'un opéra de halle. • Et sans l'intervention d'Arlequin, les deux ennemies en découdraient. — Dans Mezzetinaux EnferSy Colombine apprend au hardi voyageur que jamais à la Comédie Française on ne joue deux fols la môme pièce. « Quand elle va jusqu'à deux, ma foi, l'on s'ennuie. C'est pourquoi tout Paris venait se crever à la première représentation. Car personne ne voulait attendre la seconde, de peur de ne la point voir. »

de ses ennemis, leurs alliés d'autrefois. Quelles avaient donc été l'origine et la cause de cette volteface?

Les comédiens italiens revinrent à Paris en 1716.11 leur eût été facile, s'ils lavaient voulu, dV reprendre leur place et leurs jeux aussitôt après la mort de Louis XIV. Les anciennes critiques sur les afl'aires du temps, la satire de la royale fausse prude, causes de leur disgrâce, ne pouvaient avoir laissé de fâcheux souvenirs au nouveau maître, et devenaient même des titres à sa faveur. Le duc d'Orléans n'avait-il pas, lui aussi, fait de l'opposition, et Mme de Maintenon n'élait-elle pas la plus détestée de ses ennemis, celle qui surtout, comme dit Saint-Simon, avait essayé de lui aliéner le vieux roi? Cependant, aucune troupe italienne ne se montrait à l'horizon. Que pouvait-il rester de l'ancienne après vingt ans d'exil? La mort avait pris les uns; d'autres, retournés en Italie, avaient vieilli et oublié le français, qu'ignoraient leurs enfants et leurs élèves ; plusieurs enfin, comme Dominique et Octave, restés à Paris et engagés chez les Forains, n'avaient aucune raison de quitter des théâtres, où ils trouvaient gloire et profit. Il y avait bien alors à Modène un jeune directeur de troupe, très intelligent, très actif et très entreprenant, Ludovico Riccoboni, qui eût pu tenter avec succès l'aventure ; mais, à ce moment-là môme, il poursuivait dans sa patrie une réforme qui lui tenait fort au cœur : il cherchait à dégoûter ses concitoyens de la comédie à masque, de la grosse farce, pour lui substituer la vraie comédie littéraire, celle

de Molière, dont il avait traduit et joué plusieurs pièces. Il ne songeait donc pas à s'expatrier.

On y songea pour lui. Le Régent ayant pris l'initiative du rappel des exilés, écrivit au duc de Parme pour lui demander des acteurs italiens ; et Antoine Farnèse s'adressa à Riccoboni. Celui-ci, voyant que ses efforts n'aboutissaient pas, et que la farce demeurait maîtresse du champ de bataille, accepta l'offre; et au mois de mai 1716 il arrivait à Paris avec sa jeune femme, la Flaminia, et des acteurs soigneusement recrutés.

Le duc d'Orléans les reçut à merveille. Il les autorisa à prendre son nom ; et, en attendant que l'Hôtel de Bourgogne, qui pendant les dernières années du précédent règne avait servi au tirage des loteries, fût remis en état, il leur ouvrit le Palais-Royal pour les jours où il n'y aurait pas d'opéra; et même après leur installation à la rue Mauconseil le droit leur sera conservé pendant quelques années d'y jouer deux fois par semaine, le lundi et le samedi. Une ordonnance sévère les protégea contre les abus les plus fréquents et les plus malaisément réprimés, l'entrée sans payer et les insolences des officiers, les désordres dans la salle, surtout dans les coulisses, l'encombrement de la rue, et les bruyantes disputes des laquais devant la porte du théâtre. Tout semblait donc promettre le succès, et les nouveaux venus l'escomptèrent en ornant leur toile d'un orgueilleux phénix perché sur un bûcher ardent, avec ces mots : lo innasco *.

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