C'était une toile de circonstance. En 1722, elle fut rem
Ci* fuL rn i^lTrl uiw reiiait^sance qui s'annonça rieuse. La laveur donl le Hégetil lionorail ses protégés, sa présence assidue aux re*préseii la lions, le
très ^ifrand inérile de la troupe, à laquelle vint bienlot, par ordre, se joindre llouiinique, el la nouveauté d*un spe«.*Laele exeliisi veulent italien (ies vieillards seuls se souvenaient et se vantaienl d'avoir vu, quarante ans an|>aravanL jouer des pièrrs dans eette laui^ne), atlirêrent loul Paris à THôlel de Bourgogne. Les danjes éléganles voulurent apprendre J lia lien, et la mode s'imposa d'avoir «lans sa loge des professeurs *pii traduisaient les paroles des cornédieus.
Mallieureusnncnt, le f^ros public, celui qui remplit les caisses, ue pouvant se payer ces coûteux rircroiti, ne larda pas à lue lier pied, et le petit nomluv des spectateurs qui savaient ou voulaient paraître savoir ritalieo ne Iburnissaut pas à la dépense et aux Trais nécessaires, les comédiens se virenl bienidt à bout de ressources. Ils songeaient nuhne à rr tourner chez eux, ^piand des amis leur consrillèreni de distnbuer dans la salle des argumenls IVanrais qui exposeraient en quelques mots le gujel de la pièce, L'expédienl ayant réussi, on le perfcclionna. Ces courtes analyses devinrent
placée jjar une autre qui représentait la Muse de la Comédie, Tiinlie. couronnée de lierre, tenant un masque h ta main et clinubsce de brodequins. Cette ligure, ^'rande comme nature, était accompagnée de quatre médaîilons, deux de chaque côté, d Aristophane, d^ltlupolis, 4lc Cratinus et de Plante. Un soleil occupaîl le haut de la toile. On lisait aux pieds de la Musc : subiato jure noccndi.
bientôt des canevas, où chaque scène était résumée : il n'y manquait que le dialogue. On le donna bientôt; et ainsi les spectateurs lisaient, imprimée en français, la pièce qu'on jouait en italien.
N'était-il pas plus simple de la jouer en français? C'est la grande décision queRiccoboni et Dominique prirent en 1718, aussitôt que leurs camarades, venus à Paris sans connaître un mot de notre langue, se furent rendus capables de la parler et de la prononcer sans être ridicules. Et ce fut une séance curieuse, que celle où Thomasso Vicenlini, chargé des rôles d'Arlequin, tenta l'expérience, et du haut de la scène risqua les premiers mots français. Ce soir-là, on n'osa pas jouer toute une pièce : on commença modestement par une fable de La Fontaine. Après la représentation de la Maggior Gloria d'un grande e ilvencer se stesso {Arlequin bouffon de cour)^ Thomasso s'avança vers la rampe, et s'adressant aux spectateurs dans un jargon moitié italien et moitié français, il leur dit :
« Messieurs, je veux vous dire una picciole fable, que j'ai lue ce matin; car il me prend quelquefois envie de diventar savant; mais la dira en italien, et ceux qui rentenderanno, l'expliqueranno à ceux qui ne l'entendent pas. >
Alors il raconta de la façon la plus comique, et en mêlant les deux langues, la fable du Meunier, son Fils, et VAne, Il accompagnait son récit de tous les gestes qui lui étaient familiers : il descendait de l'âne avec le meunier; il y montait avec le jeune homme; il trottait devant eux; il prenait tous les
différonls Ions, des marchands, des filles. El après avoir fini ce récit comique, il ajouta en français :
« Messieurs, venons à lapplicalion. Je suis le bonhomme; je suis son fils: et je suis encore TAne. Les uns me disent : « Arlequin, il faut parler français : les dames ne vous entendent point, et bien des hommes ne vous entendent guère. Lorsque je les ai remerciés de leur avis, je me tourne d'un autre côté, et des seigneurs me disent : « Arlequin, vous ne devez pas parler français : vous perdrez votre feu. » Je suis bien embarrassé. Parlerai-je italien, parlerai-je français? Je vous le demande, Messieurs. >
Alors, quelqu'un du parterre, qui avait évidemment recueilli les voix, à moins que ce ne fût un compère, répondit : « Parlez comme il vous plaira; vous ferez toujours plaisir ».
Ce qui leur plaisait, c'était de parler français, et Ton s'y décida aussitôt. L<î 19 janvier 1718, dans la Méteinpsijrose (l'Arlrijuin, Trivelin, qui prononçait peut-être bien le français, niais (|ui débitait des vers détestables, du dernier détestable, annonçait au public qu'on n'entendrait plus d'italien à l'IIôtel de Bourgogne :
« Si notre métempsycose Hcmd notre théfttre plein, Quelle métamorphose!
De cette métamorpiiose Je suis tout à fait contenf, Et de ma métempsycose Je bénis l'heureux instant. »
l)ecejour, les IL'di(îns entraient en concurrence avec l(»s Forains. C(*ux-ci cependant ne songèrent pas à protester. Ayant déjà à dos la (^omédicî Française, ils
ne voulaient point se faire de nouveaux ennemis, qu'ils savaient protégés par le Régent. Que leur importait d'ailleurs ce théâtre rival? L'ancienne troupe italienne les avait-elle gênés jadis, et n'avaient-ils pas une clientèle assurée et fidèle? Depuis plus de trente ans le public prenait le chemin des Foires Saint-Germain et Saint-Laurent, et le Parisien ne renonce pas aisément à ses habitudes. Il resterait d'autant plus attaché à ses vieux amuseurs, qu'il avait été plus déçu et plus agacé récemment, en se risquant à l'Hôtel de Bourgogne, d'y trouver des pièces auxquelles il ne comprenait rien. Il se vengea en n'y retournant pas.
Les Italiens se vengèrent à leur tour de cet abandon en faisant cause commune avec la Comédie Française, et en poursuivant les Forains, qu'ils rendaient, non sans quelque raison, responsables de leur insuccès. On comprend maintenant leur acharnement pendant la bataille et leur allégresse après la victoire. La suppression des théâtres forains satisfaisait leur rancune et allait sans doute les rappeler à la vie. Désormais, le public parisien, qui ne peut vivre sans spectacles, serait bien forcé de venir chez eux.
« Formons un doux espoir : notre attente est remplie
Nos spectacles seront courus;
Apollon nous a secourus.
Tout comble nos désirs en dépit de l'envie ;
Apollon nous a secourus.
Queille félicité! la Foire ne vit plus,
Et sa mort nous donne la vie.
Nous n'avons plus de vœux à faire .
Chez nous Paris abondera.
Notre galère, Laire lan laire, O gué Ion la, Notre galère Sans vent contraire Voguera. »
Hélas, non ! Elle no vogxia pas, la galère, faute de lest : le public refusait d'embarquer. D'où venait cette mauvaise volonté ? Peut-être du port d'attache. Les Parisiens ne gardaient-ils pas rancune à FHôtel de Bourgogne, depuis que celui-ci, métamorphosé en maison de jeu, en tripot officiel, avait englouti leurs épargnes? Si invraisemblable que fût cette hypothèse, on songea, pour la vérifier, à se diriger vers les Champs-Elysées, et à y ouvrir une loge où des pièces seraient données « la nuit, pendant Tété ». Cet ingénieux projet, que les fondateurs de cafésconcerts reprendront plus lard, n'aboutit pas. Que faisait donc le public 1 0ù se cachait-il ? « Si d'aventure, pensèrent les Italiens, il était resté aux Foires Saint-Laurent et Saint-Germain, errant autour des salles abandonnées et attendant naïvement une impossible résurrection ? Rembarquons-nous et faisons voile vers ces parages lointains. Puisque les spectateurs ne viennent pas à nous, allons à eux. »
Et c'est ainsi qu'au mois de juillet 1721 la troupe italienne, désertant le quartier des Halles, s'installait à la Foire Saint-Laurent, dans la loge du chevalier Pellegrin, magnifiquement restaurée pour la circonstance, et qui devint le Théâtre du Faubourg Saint-Laurent , « propriété des comédiens italiens or-
dinairesde Monseigneur Içjdujp d'Orléans, entretenus par Son Altesse Royale ». Oli'y débuta le 25 juillet par une comédie française en-fy'ois actes et en vers, Danaé\ précédée d'un prologu^»lJe Dominique et de Riccoboni. Cette petite scène d'^^iverture, ce lever de rideau italico-forain, annonçai t;?{i;* public la décision prise, et le mettait au coupg^jif de Texode accompli. Sur le seuil de l'Hôtel de Çôyî*gogne, où se balançait un écriteau avec cette inscription : Hôlel à louer, un acteur apparaissait e*9 t^nue de voyage; il descendait les marches, s'avah^i\ vers les spectateurs, et leur disait d'un ton moitié |^laintif et moitié joyeux :
€ A l'Hôtel de la Comédie* * V-- ,
On voit sécher sur pied Thalie. ' /J .
Pour éviter un triste sort, Elle veut devenir foraine.
La troupe italienne N'a pas tort.
Quoique notre troupe s'applique, Nos nouveautés n'ont rien qui pique :
Chez nous le spectateur s'endort.
Le changement ici l'entraîne.
La troupe italienne N'a pas tort.
L'espoir d'une bonne recette Nous fait déloger sans trompette.
i. On avait fait aussi de grands frais pour la pièce, dont les décors étaient féeriques, surtout le palais de la Fortune. « Douze colonnes torses cannelées, rehaussées d'or, formaient un riche vestibule; elles tournaient constamment entre leurs bases et leurs chapiteaux, symbolisant l'instabilité de la Fortune, et elles jetaient un grand brillant. » (Frères Parfaict.)