LE COMPÈRE
Quoi? Vous seriez ce Jean Polichinelle de Rome,
ACTEUUS ET AOTELIUS FORAINS. 135
onrlr ri légataire universel de Mine Perrell.e, In Fciîret
l'OLÏflïirNELLE.
Oui, vraiment.
Et vous venez, sans doute, Mousieur nuire (Jncle, recueillir sa succession^
POLICIIINELLR.
C esl mon dessein. Je viens l^^tiir sa place à Paris. »
[^ouvait-on eherclier noise a des aeieiirs en j>ois, hauts tle <[nel([Lies puiiees, et venus d' Italie, eoranir»
''jémÊ^S^f^
'*J^'en y^I^ns^ïch: J^
la 1nMi[te |ii'( délire de rHùlel A\' Wuwv^wï^WKii >,ihi, vrainieni : et, en eflel, on les avail laissés bien Iraniiuilles, et lout Paris s'était donné rendez- vous à ce pelit IhéiUre, dont 1 enseigne était un beau Poliehi-
136 LES ItrÉATRES flfe 1.4 FOTRE;
nellp, avec celle devine: « JVm vaiottjs bien ttautrmn. Le Rêgcril l»i-m*Miie avait fait f^le à ces hiimhle.s personnages, el h'S avail invitcî* à jouer au Palaisnoyal Ir lît'tfiouh'ur tt Amour, gracieuse pochade liien faiti* |ioitr ili's roartoiinelles, ^XlHet'rol-lioïnKhtA^ ingénieuse païuxlie d une trajréflie miuvelle de La Motte. Ainsi, dans un théâtre officiel et subventionné, sur la î^eène m^me de rOpéra, on avait entendu Polichinelle, transformé en grand prêtre, baragouiner avec son si niel- pratique des vt*rs pompeux d*académicien, qu'on déclamait à la même lieure à la Comédie Française ; on avait vu l^ierrot en Homulus, un petit Ilomulns tout enlariné. liniide et matamore, un (iascon-Céladon ; <in a\ail entendu <j>k>mliine, devenue [princesse Hersilie, nuonler comnienl eîle avait été ravie par les Romains pendant ipi'elleachelait des pots à la Foire Saint-Laurent, et combien elle était malheureuse, entre son père vaincu, qu'elle aimait bien, et Romulus vaincjueur, qu'elle aimait bien aussi. Pauvre petite! L'amonr et le sang faisaient dans son eœnr nn lei-rilde charivari.
f Nous concevons bien sa peine.
Dans les siècles fului-s mèrue chose on verra ; Un auteur sur la scène, Faridorîdairie Et loJi lan la.
Doit mettre une Chimène, Faridoiidaitn% En ce cas-IA. *
Décidément, ce P(diehiuelle, que Fauteur de Dencaiion avait si dédaigncuseuu>nt jeté à la mer, ne B*élait pas noyé; il savait mémo très bien uager.
« Je n'ai plus besoin de toi », lui avait dit Arlequin. Quelle erreur et quelle imprudence! Les directeurs de théâtres, comme les enfants et les peuples, peuvent toujours avoir besoin d'un Polichinelle.
Et c'est lui, en effet, que Francisque, dépité et stimulé par le succès de ses anciens collaborateurs, des trois «compères» Lesage, Fuzelier etd'Orneval, appela à son secours, quand il fut sorti de prison. Il commanda au tourneur une troupe de bois très complète. Mais comme son théâtre, désormais Théâtre des Grandes Marionnettes, avait conservé les dimensions ordinaires, il les fit fabriquer grandeur naturelle. Les figures des musées Tussor et Grévin peuvent en donner une idée. On devine comme il était difficile, presque impossible même, de conduire du haut de la charpente les fils auxquels étaient attachés ces lourds pantins, qui devaient paraître d'autant plus maladroits et mannequinés, que Piron allait leur demander un jeu très animé et leur faire dire des choses très légères.
C'est dans ces conditions très défavorables que fut représenté, à la Foire Saint- Laurent de 1722, le Mariage de Momus, qu'ont bien connu les auteurs de la Belle Hélène^, et auquel il ne manque que la musique d'Offenbach. Dans l'opéra-bouffe de 1864, les rois apparaissent bien tels que les proclamait la théorie du droit divin, c'est-à-dire comme les représentants sur la terre des dieux mis en scène dans l'Opéra-Comique de 1722. Agamemnon et Jupiter, le bouillant
1. Dans les Arteurs déplacés, de Lafflchard, il y a aussi une première ébauche de la Belle Hélène,
Achille de Meilhac v\ rimpélueux Mars de Piron !§ont hwn de iii*^mc* famille, el la easeadeuse Hélène ressembli* trop à Véims » au leiiil plombé •, pour t|ye FMris puisse lui refuser une pomme. Les épisodes, eux aussi, se relrouveiil presque ideiiliques dans les deux pièces. Comme Calelias se plaint à Philoeome des piètres oITriJudes des Spari.iaies, les minisires du temple de Memplds déplorent (el leurs lameiiinl ions soûl plus iiabirelles el mieux expliquées, pius€|u'iis soiU les Fi'élres de la \'erlu) le peu de zèle et la |»an"imonïe des Egyptiens lieeneieux.
« 11 esl passé, gémit i>alchas, le lem|is des troupeaux de bœufs et de moutons.,.. Deux tourterelles, une amphore de laitage, trois jielits fromages, des fruitafl 1res peu, et des Heurs bcaueou[). Les dieux s>n vont, les dieux sV*u vonl! » — < O siècle, o mœurs, gémisstvut les prélres d*Arétè: n'avoir inis étrenné! Quoi ! Pas le moindre denier, pas le muin«h*e poulet, pas la moindre poulette! Il ny a ptjint de temple si dc-__ sert que le nôtre. > Comme les rois de la Grèce jouent^ aux f harades, aux bouts rimes et àFoieJes dieux de lOlympe s'exercent aux devinettes, » Quel est cet homme que je représente? » dit Momus, (pu se met à
■ exécuteur une série de sauts périlleux el un eavaîier ■ seul des plus réussis. Et toutes les déesses de répondre en chœur: » c'est Francisque. » — «Et quel est eelui-ci? demande Apollon qui commence à aller et
h revi'uir majestueusement, branlant les deux bras sur Ic^ lum elles, battant des timbabîs avec ses talons, touillant à sa perruque, nasillonuant, et chantautsur le
ton de la vieille déclamation. — « Mais cela saute aux yeux : c'est un Comédien Français. »
Elles sont gaies et vives, ces scènes, renouvelées depuis; mais elles sont autre chose encore. Cette parodie burlesque est en môme temps une satire, d'autant plus libre et mordante, qu'elle est faite par d'indépendantes marionnettes. Et elle apparaît surtout, la satire, quand il s'agit de marier Momus. On veut lui faire épouser Melpomène; mais il ne se soucie pas de cette vieille radoteuse, pleureuse et grincheuse, qui ne sert plus de rien au Parnasse. Thalie serait moins inacceptable; elle a, par malheur, un petit défaut : elle veut parler toute seule où elle est ; et si quelqu'un de la compagnie ose prendre le dé, elle est femme à lui verrouiller le bec du revers de sa main. Et Momus l'envoie au diable. Il est né parole en gueule, aussi bien que Thalie, et prétend avoir son tour comme un autre. D'ailleurs, il n'aime pas les femmes bavardes, et Thalie a deux langues, l'une avec laquelle elle ennuie à la Comédie Française, l'autre avec laquelle elle scandalise à la Comédie Italienne*. Il voudrait une femme muette.
« Eh! que ne parlez-vous? s'écrie Apollon; vous allez être servi. Holà! Mercure! va nous chercher la dixième Muse.
MOMIS.
Qui donc est celle-là? Je n'en ai pas ouï parler.
I. Voir la lettre adressée à M. d'Argenson par Piron qui relevait tous les lazzis dissolus et quelques-unes des « mille ordures » des dernières pièces jouées à l'Hôtel de Bourgogne. {Œuvres de Piron, Ed. Rigoley de Juvigny, T. IV, p. iiTt et suiv.)
APOLLON
Cest une Muse encore toute neuve; jolie comme Tamour, gaie, badine, amusante. Vous serez charmé de cette pantomime.
MOMIS.
Quel âge?
APOLLON
Vingt ans.
MOMlS.
Et elle est muette?
APOLLON
Muette et vive comme un poisson.
MOMl'S.
Son nom?
APOLLON
La Foire. Elle est fille de Bacchus et de Vénus. Elle tient de son père pour le jeu et de sa mère pour les grâces.
MOMUS
C'est dommage pourtant qu'elle soit muette. Et cela lui vient-il de naissance?
APOLLON
Non. Elle jasait comme une pie dénichée, quand Thalie, jalouse comme je vous Tai dépeinte, lui coupa la langue, au grand regret de nous tous. Tenez, la voici. Avez-vous jamais rien vu de si riant?
MOMUS, après que la Foire a tlansé»
Ah! Grands Dieux! que j'en trcvoi De plaisir et de gloire D'avoir tant d'appas à soi !
Ah ! Jupiter, donnez-moi la Foire!*