En
ans à peine, pâtissier de son état. Mais de bonnes (Hudes faites au collège Louis-le-Grand, une violette d'argent cueillie à l'académie des Jeux Floraux, et r héritage de son père qui lui avait laissé, avec sa boutique et le secret des échaudés, le goût et le don de la chanson, permettaient d'attendre de lui mieux que du souffleur Laffichard, ou de l'épicier Gallel. C'est pourtant en pétrissant ses échaudés à la pûte légère et aux formes bizarrement variées comme l'esprit français, que Favart, soutenu par la générosité d'un fermier général, composa ses premiers essais, et qu'il fit, dirigé par Panard et Pontau, son apprentissage à l'Opéra-Comique. 11 le fit très modestement. Pendant sept années le public ignora l'auteur dont il applaudissait les pièces, sur le manuscrit desquelles on trouva plus tard cette mention : bon à brûler^ et dont on ne pourrait aujourd'hui se faire une idée, si trois ou quatre d'entre elles, la Répétition interrompue^ par exemple, n'avaient été remaniées dans la suite pour être remises à la scène.
C'est en 17/tl que Favart laissa, pour la première fois, paraître son nom sur Taffiche ; et sa pièce, la Chercheuse d'Espnt, fut cette année-là le grand succès, très justifié, de la Foire Saint-Germain. On la présenta, selon l'usage, comme un opéra-comique ; mais elle n'a presque rien qui rappelle ce genre d'ouvrages : on n'y trouve ni jeux de scène mouvementés, ni divertissements pour les yeux, ni le vaudeville traditionnel. En réalité, c'est une comédie, assez semblable par son caractère, très supérieure
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p.nr son mérite à celles de Fagan, et qui a peut-être bien influé sur la décision que prit vers cette époque Tauleur de la Pupille, de revenir à ses anciens amis. On pouvait donc maintenant réussir à la Foire avec des comédies peu chargées d'action et sans gros efl*ets, puiscfue les spectateurs se plaisaient à ce petit acte si léger, dans le(juel Favart, dédaigneux des intrigues compliquées et des faciles sous-entendus grivois, peignait les amours naissants et qui s'ignorent de deux ingénus, et montrait par de délicates gradations comment l'esprit vient aux filles! Car c'élail là sa seule prétention, très modeste ; et il n'eût pas manqué de protester contre d'irrespectueux rapprochements avec VÈcole des Femmes. 11 ne se sentait pas de force à porter sur la scène un jaloux comme Arnolphe, et savait bien que sa satire inoffensive n'aurait jamais assez de profondeur et de philosophie pour critiquer par le ridicule tout un système de pédagogie conjugale. Dans la Chercheuse d'Esprit, il n'y a que Nicette qui rappelle VÈcole des Femmes, la délicieuse Nicette, aussi naïve et simple qu'Agnès, mais naïve avec un raffinement qui sent bien son xviii® siècle. L'esprit vient à Agnès sans qu'elle y songe et sans qu'elle le cherche : c'est par hasard qu'elle rencontre sur son chemin la jolie fleur inconnue qui s'épanouit d'ellemême entre ses doigts. Au contraire, Nicette court après elle : impatiente et curieuse, elle fouille tous les buissons, met ses petits pieds dans toutes les plates-bandes, interroge tous ceux qu'elle rencontre, le vieux savant, M* Narquois^ la très éveillée Finettti
NOUVEAUX AUTEURS FORAJNS. 177
et le 1res fin Léveillé. On la renseigne bien mal; mais par bonheur voici Alain, aussi pauvre d'esprit que Niceite, mais beaucoup plus résigné.
ALAIN
« J'ignore à quoi Tespritme servirait; je puis sans ça bien vivre encore.
MCETTE.
Oh! moJ, je sens qu'il m'en faudrait.
ALAIN
Je suis fâché de n'en point avoir; je vous en ferais présent.
NICETTE
Je ne sais : j'aimerais mieux vous avoir crobligalion là qu'à d'autres.
ALAIN
Je ne demanderais qu'à vous faire plaisir.
NICETTE
Je voudrais bien vous faire plaisir aussi.
ALAIN
Je ne sais comment ça se fait : vous me revenez mieux que toutes les filles du village.
NICETTE
Et vous, vous me plaisez mieux que Robin, mon mouton.
ALAIN
Taligué! Sans savoir ce que c'est que l'esprit, vous me donnez envie d'en avoir.
NICETTE
Cherchons-en ensemble :
Quand nous en aurons, Nous partagerons.
ALAIN
Vous avez raison, ce me semble.
J'en trouverons mieux Quand nous serons deux. »
El les voilà partis pour un voyage à la découverte, ([[il sera moins long, croyez-le bien, que ceux des Argonautes et de Panurge. La main dans la main de son ami, et ses lèvres sur ses lèvres, Nicette aura vile fait de trouver et de cueillir la lleur mystérieuse, cadeau de noces du dieu Cupidon.
Le chemin qu'avaient suivi les deux ingénus pour dénicher TEsprit et l'Amour venait de conduire Favart à la réputation. Ce succès n'eut pas le seul avantage de révéler aux Parisiens un nom trop longtemps dissimulé : il permit aussi à l'auteur de persévérer dans un genre qui plaisait à son talent, et même de renouveler discrètement les spectacles forains. C'est ce dont Voltaire, réconcilié, grâce à lui, avec l'Opéra-Comique, le félicitera plus tard. * Vous embellissez tout ce (juevous touchez. C'est vous qui, le premier, formâtes un spectacle régulier et ingénieux d'un théâtre qui avant vous n'était pas fait pour la bonne compagnie. Il est devenu, grâce à vos soins, le charme de tous les honnêtes gens. »
Commencés avec la Chercheuse d'Esprit^ continués la môme année et les deux années suivantes, ces modifications et ces progrès iront désormais s'accentuant peu à peu. L'Opéra-Comique se purifiera encore et s'affinera, la farce deviendra de la bonne comédie ; et ainsi se prépartM-a la lente métamorphose des théâtres de la Foire en nos modernes théâtres, ceux que nous appelons aujourd'hui non subventionnés, et qui étaient au xviii® siècle les théâtres Saint-Germain et Saint-Laurent, tributaires
de l'Opéra, tolérés, souvent même, comme on sait, persécutés.
Cependant, tout en accueillant avec joie l'originale collaboration de son précieux ami, Pontau entendait garder au théâtre dont il avait la direction son caractère traditionnel. Aussi s'applique-t-il toujours à intercaler dans les pièces de Favart et de Fagan des divertissements de toute sorte, des chants, des danses, des pantomimes*. Quand l'action ne le permet pas, ce qui est le cas le plus fréquent, c'est avant ou après la représentation qu'il introduit ces spectacles nécessaires. Ainsi, la Fausse Duègne, de Favart, est suivie de l^Œil du Maître, et les Acteurs Juges, de Fagan, sont précédés des Jardi" niers, deux ballets pantomimes. Un autre soir, c'est un acteur anglais, Philips, qui vient exécuter, en guise de lever de rideau, une danse de paysan ivrogne, et une actrice anglaise qui chante des couplets dans la langue de son pays; ou bien c'est, entre la Chercheuse d'Esprit et la Fausse Ridicule, un musicien qui joue un concerto sur le tambour de basque, accompagné de toute la symphonie. Pontau va mOme jusqu'à engager toute une troupe anglaise, celle de La Meyneet Roberti, qui, dans lesentr'actes, régale le public de ses tours de force et de souplesse surprenants. Celui-ci fait le saut périlleux par-dessus quatorze personnes rangées debout ; celle-là danse
1. Favart se prête d'ailleurs très volontiers à ces combinaisons, et imagine, pour les pièces de ses confrères, des ilivcilissenients variés, comme celui qu'il fit pour accompagner les Vendanges^ de Panard.
les Folies d'Espagne sur une planche de huit pouces de l.irge, simph^nenl posée sur une corde. Le directeur lient (Pautant plus à ces intermèdes, que les Parisiens s'en montrent 1res friands, et que, s'ils ne les trouvaient pas chez lui, ils iraient les chercher ailleurs*. A cette époque, en effet, la mode est aux spectacles mu<»ls, aux danses sur les planches et sur la corde, aux exercices d'acrobatie, aux ballets, aux pantomimes. Depuis (ju'elle est ouverte entre les deux halles nouvelles de la Foire Saint-Germain, la salle réservée à ces divertissements ne désemplit pas. « On y trouve toujours, dit un contemporain, le concours du monde le plus extraordinaire, et le succès prodigieux des artistes est bien capable de donner de la jalousie aux autres spectacles. » Jalousie d'autant plus légitime, que les meilleures et les plus courues de ces troupes étaient étrangères, hollandaises, et surtout anglaises. Cène sont pas seulement les idées polititjues de l'Angleterre, et ses philosophes, et Shakspeare, qui nous envahissent au xviii® siècle : ce sont aussi ses chanteurs populaires, ses acrobates et ses clowns. Avec ses pantomimes luxueusement montées, et grâce à la collaboration de Restier pour la danse, du peintre Gharmoton pour les décors, le sieur Mainbray, de Londres, fait à rOpéra-Gomique une concurrence qui, de jour en jour, devient plus redoutable.
Mais, à ce moment-là, un autre danger plus grave menarail Pontau. Toutes les pièces représentées à
1. Il donne môme, de temps en tomps, sur son théâtre transformé en salle de bal des soirées dansantes.
son Ihéâlre n'avaient pas un égal succès; quelquesunes même passaient comme des ombres, laissant vides la salle et la caisse. Les frais inutiles qu elles nécessitaient ne furent bientôt plus compensés par les bénéfices que rapportaient les comédies et les divertissements bien reçus du public. Recettes et dépenses cessèrent de s'équilibrer. Les dettes vinrent à partir de 1758, et grossirent rapidement; en 1742, Pontau, dont le bail était de 7500 francs par foire, c'est-à-dire de 15000 francs par an, devait plus de 50000 francs au directeur de l'Opéra, qui finit par sortir ses griffes. Alors commença un déplorable système d'économies forcées et d'expédients On sacrifia d'abord la musique. Les excellents violons qui avaient longtemps accompagné les couplets et les vaudevilles, les joueurs d'instruments singuliers et les chanteurs exotiques, furent remplacés par de pauvres diables qui faisaient danser dans les guinguettes et les bals populaires. Puis vint le tour des décors et des costumes. On ne songea plus à faire appel à Servandoni, qui coûtait trop cher; et c'était pitié, paraît-il, de voir les danseurs figurer avec des bas noirs et des culottes en drap de couleur. Le môme laisser aller se retrouvait dans la police du théîUre. Elle fut bien négligée, la vieille ordonnance royale, qui défendait « d'interrompre les spectacles sous aucun prétexte, de commettre aucun désordre, en entrant et en sortant, de crier ni de faire du bruit dans les entr'actes, de siffler et faire des succès, d'avoir le chapeau sur la tête, d'interrompre les acteurs pendant la représentation, de s'arrôlev dasv^?.
les coulisses, et de pénétrer dans les logées des actrices. » On ne faisait pas moins risée de celle qui défendait « par ordre de Sa Majesté, à tous domesti(|ues portant livrée, sans aucune réserve, exception ni distinction, d'entrer au théâtre, môme en payant, de commettre aucune violence, indécences, ou autres désordres aux entrées ni aux environs de la salle où se font les représentations». Bien que renouvelés tous les ans, au début de chaque foire, ces règlements n'étaient plus observés chez Pontau. Les lo^es des actrices étaient ouvertes à tout le monde, et les scandales s'y multipliaient : la livrée était en possession du parterre : elle décidait des pièces, sifflait les acteurs, et quelquefois môme ses maîtres, quand ils s'avançaient trop sur le devant de la scène. Bref, le spectacle était tombé dans un tel avilissement, que la bonne compagnie, peu à peu, s'en éloignait. A la fin de la Foire Saint-Germain de 17i5, le désarroi était complet : Pontau ruiné, hors d'état de payer ses dettes, fut saisi, et le privilège passa à Jean Monnet.
C'était un aventurier très intelligent, qui avait eu une enfance abandonnée et une jeunesse désordonnée, tout à fait comme J.-J. Rousseau. Môme, on trouve dans sa vie une Mme de Warens, représentée par la veuve d'un vieil officier. Après la mort de sa protectrice, Monnet, forcé de gagner sa vie, avait été tour à tour bibliothécaire, éditeur, auteur; et le voici, en 1745, grâce à l'appui de deux financiers qui lui avancent des fonds, directeur de l'Opéra comique. « Je me croyais, a-t-il dit, les talents néces-
saircs pour la conduite d'un spectacle. » Tout de suite, comme ses prédécesseurs, il voulut faire grand, pour éblouir les Parisiens et attirer la clientèle. Il construisit un amphithéâtre, répara la salle à neuf, commanda les décors et les costumes au peintre Boucher, confia Torchestre à Rameau, chargea Mlle Salle, MM. Dupré et Lany, de TOpéra, d'organiser les ballets, enrôla Préville, dont il devina le talent futur, et s'attacha Favart pour l'inspection des pièces et des répétitions *. Comme on voit, Monnet n'avait rien épargné.
De son côté, Favart ne se ménagea pas plus comme auteur que comme régisseur; dès 1743, il apportait à la direction nouvelle le Coq dic Village^ et quelques mois plus tard, pour la Foire Saint- Germain de 1744, la Comédie d'Acajou, qui fut un gros événement littéraire, et qui marque une nouvelle date dans l'histoire des théâtres forains. Le succès fut tel, il y eut jusqu'au bout un concours de monde si prodigieux, que, le soir de la clôture, la barrière séparant l'orchestre du parterre se brisa sous la poussée de la foule trop serrée. Pour la réparer, on dut faire évacuer le parterre, que remplit aussitôt le surplus des spectateurs pressés sur la scène, aussitôt envahie à son tour par de nouveaux arrivants. Dans cette extrôme confusion, il n'avait pas été possible de rembourser le prix des places aux expulsés qui firent tumulte et réclamèrent leur
1. On trouve, un peu partout, que Favart fut à cette époque directeur de rOpéra-Gomique ; c'est inexact : il n'a été que le régisseur de Monnet.
argent à grands cris. On dut arrêter six dos plus mutins. Monnet montra dans cette occasioD beaucoup d'habileté et de présence d'esprit. Il fît relâcher ceux qu'on avait mis au corps de garde, et paya les mécontents... d'une harangue h la fois plaisante et pathétique, qui calma toutes les colères, excita les applaudissements ef renvoya tout le monde satisfait. Le plus content fut encore l'entrepreneur, dont la caisse était pleine, et (jui vit en rôve, cette nuit-là, des flots d'or déferler à ses pieds.
On se rend très bien compte, par cette pièce d'Acajou, que Favarl avait voulu, comme Monnet lui-même, et dans la mesure de ses attributions, rafraîchir le théâtre et donner du neuf au public. Il était rare qu'on mît sur la scène un conte de fées ; et la touchante histoire du jeune Acajou et de l'aimable Zirphile, persécutés par la fée Harpagine, défendus et unis par la fée Ninelte, est bien une féerie à grand spectacle. Elle éblouissait les yeux, attendrissait les âmes sensibles et ravissait les imaginations naïves. Le bon populaire devait pren dre, et prit en efl*et un plaisir extrême à ces aventures merveilleuses qui le transportaient dans des régions fantastiques, même dans la lune. Mais ce qui fait surtout l'originalité d'Acajou, c'est que cette féerie est en même temps un opéra comique, non pas dans le genre de ceux qu'on avait joués jusqu'alors, mais dans le sens moderne du mol. C'est une œuvre essentiellement lyrique; on n'y trouve guère que des scènes chantées ; et dans la pièce imprimée, la musique, au lieu d'être reléguée à la fin, selon
l'usage, est intercalée dans le texte, qui se présente comme une partition. Le véritable opéra comique est né le jour de la représentation d'Acajou. Cependant, pour ne pas rompre tout à fait avec les traditions foraines, Favart avait introduit dans sa pièce, non sans peine et peu naturellement, une scène de déclamation, où un certain métromane critiquait et parodiait les auteurs tragiques et les acteurs de la Comédie Française.
« Pour faire des héros une illustre peinture,
N'allez pas sottement imiter la nature.
A voir avec quel art on nous rend leurs transports,
Sans doute ces héros n'étaient que des ressorts.
Sachez qu'un prince grec, ou qu'un bourgeois de Rome
Ne parlait pas jadis de même qu'un autre homme.
(les Pyrrhus, ces Brutus, en perruque, en chapeau,
En paniers de baleine, et couverts d'oripeau,
Malgré le sens commun, guidés par la mesure,
D'un ton harmonieux cadençaient la césure.
Le moindre confident, sur pareil ton monté,
Avait, comme son maître, un langage noté :
Tous parlaient en chantant, et leur voix compassée
Ne s'ajustait qu'au geste et non à la pensée.
Chaque acteur, pour les peindre et s'exprimer comme eux,
Dit des vers ampoulés qui tombent deux à deux.
l^lxaminez mon jeu : c'est ainsi que j'avance;
Je prends une attitude, et fort bas je commence.
Ma voix, en même temps, s'élève par éclats;
Je balance le corps et j'agite les bras.
Tantôt, avec ardeur je dis à ma maîtresse :
« Pourquoi me fuyez-vous^ adorable princesse?
Aux tourments que f endure ayez quelques égards.
Cruelle! Je mourrai fnnvé de vos regards :
Hélas ! » De cet IJélas distinguez l'intervalle.
Tantôt, de mes deux bras décrivant une ovale,
J'en impose aux humains du ton sacré des rois,
Et je mugis des vers en étouffant ma voix. >
On sail comment rilôtol de Bourgog-ne avait riposté jadis aux plaisanteries analogues dont Molière, dans r Impromptu de [V?\sm7/t*s, criblait ses adversaires. Les héritiers du grand poète, les Comédiens Français, se vengèrent en réclamant une fois de plus la suppression des Forains; mais M. de Maurepas se borna à leur défendre de parler*. On en fut quitte pour mettre en vaudeville la scène incriminée*, et Acdjotf poursuivit le cours de ses succès.
Il eut môme l'honneur d'être représenté sur le théiMre de l'Académie royale de Musique. Mais ce ne fut pas Monnet qui l'y porta. Au printemps de t74i, le sieur Berger, ayant succédé à Thuret comme directeur de l'Opéra, s'avisa qu'un théâtre où l'on jouait des pièces comme Acajou n'était plus un théâtre forain, mais un véritable Opéra populaire, dont la concurrence pouvait lui devenir très importune, comme elle l'avait été si longtemps pour la Comédie Française. II avait en main une arme puissante, puisque Monnet n'était que son adjudicataire: bien que signé pour six années, le bail fut résilié sans dédommagement; et à la Foire Saint-Laurent qui suivit, l'Opéra-C^omique avait le môme directeur que l'Opéra.
1. A cette époque môme, la l)ienveillanro du pouvoir pour les Forains se manifestait d'autre sorte. M. de Maurepas accordait h Piron l'autorisation de faire jouer la Rose, composée depuis I72(i, et depuis cette année-là complètement interdite. (Voir plus haut. p. 150.)
2. On n'avait rien changé aux passages qui blessaient les Grands Comédiens : on s'était borné à les noter, et les notes indiquaient parfaitement les inflexions et les éclats de voix des acteurs tragiques.
C'était là, semble-t-il, un précieux avantage, puisque désormais les spectacles forains, administrés par le chef officiel d'un théâtre privilégié, se trouvaient indirectement privilégiés, eux aussi. Mais, en réalité, cet honneur était gros de périls. Berger pourrait-il mener de front ses deux exploitations, être partout, à Theure voulue, au Palais-Royal, au préau Saint-Germain, au faubourg Saint-Laurent? Et saurait-il, au besoin, défendre, comme ses prédécesseurs, les Forains menacés? On pouvait, on (levait prévoir un prochain conflit avec la Comédie Française. Celle-ci, qui n'avait jamais désarmé, qui prenait grand soin, par des oppositions périodiques, d'empêcher la prescription, allait évidemment protester contre les nouveaux arrangements, qui semblaient concéder à ses ennemis une partie de ses propres prérogatives.
Elle protesta en effet, et avec plus de vivacité que jamais. Elle jeta même des cris perçants, que répétèrent quelques-uns de ses fournisseurs ordinaires, ces gens de lettres dont la voix savait alors se faire entendre. Et les Forains s'aperçurent bien vite que leur nouveau directeur, amplement pourvu d'un autre côté, n'avait pas dans la bataille l'ardeur et la ténacité de ses devanciers, forcés de vaincre ou de mourir. Berger se défendit d'abord de son mieux, mais sa résistance fut courte. Comme sa situation ni son honneur n'étaient engagés en cette affaire, il se résigna assez vite. Un arrêt du Conseil enregistra sa défaite; et, en 1745, l'Opéra-Comique était supprimé.
188 LES THIÎATHKS hK LA FOIRE.
Pcndnnt scpl annrrs, il n'y aura pins sur les llirAIros Sniiit-(î(M'iiiiiin ol Saint-Laurcnl que des clansours do rordo ot dos hais populaires. A ses ennouiis, si ninl prolofi^rs ot si (rrncllcment égorfçôs. la Comodio l'rîinrniso pouvait <liro : «Vous chantiez: jo n'en étais guôro ais4»: oh hion, ilansoz maintenant ! >