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CHAPITRE

LES ACTEURS FORAINS ET LA COMÉDIE FRANÇAISE . I()8î»-1710

Les nicirioiinellos «le Bcrtraïul. — Naissance et premières phases du conflil entre la Comédie-Française et les Forains. — Comédies foraines. Scènes détachées; dialogues; monologues; pièces ù la muette.

En ce lomps-là, vivait à Paris un maître doreur, qui s'amusait dans ses heures de loisir à fabriquer des marionnettes. L'idée était heureuse et le profit assuré; car, depuis quelques années, ces petits pantins jouissaient d'une grande popularité. Leurs jolis costumes et leur gentille tournure, leur adresse et leur esprit, souvent très malicieux, avaient conquis la faveur des Parisiens et la protection du roi. Quelques-uns même, parmi ces Fan/occ//n*, portaient le titre glorieux de Troupe royale et de Grandes marionnctles de Mgr le Dauphin^ et souvent on les voyait partir pour Saint-Germain, où ils allaient, pendant plusieurs mois de suite, divertir les Enfants de France*.

\, On lit dans les registres des dépenses de la famille royale : « A Brioché, pour. le séjour qu'il a fait à Saint-Germain-en-Laye, pendant les mois de septembre, octobre et

A fournir ainsi, non pas les Brioché, qui confectionnaient eux-mêmes leurs acteurs, mais les Féron, les Archambault, les Aubry et les Du Vaudier, Alexandre Bertrand n'avait pas seulement gagné de l'argent; il s'était pris d'une vraie passion pour ces petits êtres à qui il devait sa vie, et qui lui devaient la leur. Pour la leur donner plus complètement encore, il s'avisa un beau jour d'ouvrir, lui aussi, un théâtre. Il avait tant causé avec ses poupées, alors qu'il les taillait dans le bois et les habillait de soie, qu'il saurait bien peut-être les faire parler en public. Et c'est ainsi que pour la Foire Saint-Germain de 1689 il loua, avec son frère Jean, un emplacement dans le cul-de-sac de la rue des Quatre-Vents, et qu'il y donna un spectacle de marionnettes. Le succès fut tel que. Tannée suivante, il fît bâtir, dans le préau même de la Foire, une loge qui prit le nom de Jeu des Victoires. Mais ce n'est plus à ses seules marionnettes que Bertrand pensait alors. Le démon du théâtre l'avait pris, et le tenait si fort, qu'il osa joindre à sa troupe en bois une autre troupe, bien plus vivante, de jeunes gens et de jeunes filles qui jouèrent des comédies, de vraies et pures comédies', sans intermèdes de sauts ni de danses. Le public fit très bon accueil à ce spectacle, que les foires ne connaissaient pas.

novembre, pour divertir les Enfants de France, 13C5 livres. » — Et un peu plus loin : « A François Dattelin, joueur de marionnettes, pour le paiement de cinquante-six journées qu'il est demeuré à Saint-Gennain, pour divertir Mgr le Dauphin, 820 livres. »

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