Mémoires secrets
LES TnKATRES DE I,A FOIUK
dont blasés et libertins h^q moqnaiiml volonliefF. exas|ii*raieTit rO[»rni e\ la rnmiMlie Franraise Le proHiirr biUail m v;iin fiiiilrr des inaoïiiiierit's ï*ii|*i'iiï('s ipij tbMlaieiil Unilv coneuri'cnre', et rautri' st^ vnyîHt ilr|iossé(lrf iinn jihis seulriiirnl «le son pulilir, mais «le son rr|i(M'loire. Kl le leiuiit eepenJaiil erjlre les mains une n'douLablr arme défensive: elle avait le droit d'examen sur loules les pièces des UiéAlres IViniins. snnniis ainsi à une double censure, celle de la pobee cl celle de lenr ennemie séculaire. ()i% quand mt^me tin iraiirntl pas b*s aveux écrits' des çens(Mïrs r^imrdicns, Molt\ par exemple, el Pr<^- \ille, il serait far i le de deviner dans quel esprit et îivec ipnd parti pris les pièces des boulevards étaient lues et eriliquées. Avaient-(*Iles quelque valeur lîUérair<\ \iU\ on les d»'Ot^urnit el uiassacrait cruellement. Au eonlrairc, on resliluail avec empresseraent, el sans coupures, celles qui se distinguaient par leur indé('euc(*'\ Cela il lui moyen très prahi|ue. sinon lrèsluyal> de niaiut<*nir les dislances, el d'empèclier de se combler b" l'ossè rpii devait séparer les privilégiés des tolérés, les Comédiens du Roi d<vs baladins delà Foire.
Mais ceux-ci, fidèles à leur vieille lactii:|ue, et loiijoui^ récnlcftrtmts, respectaient les décisions Je;?
1. ^- Il essaya de liis fa ire inU^nliro; mais le lietitcnanUli' police cruL de son équité dr défendre les Furains l'ouin^ des sol licikit ions aussi injustes. » \ibkL)
± LoUre de Mole k M. Lenoir (1781).
5. \ oir aux archives du ThéîMiT-Franrais !e registre di^s ilèrisious reudtios par Mcdé (1 784-1781*), Voir aussi les >yeetffcles forains et lu Coniédir Frunraise, par M. Runnassics, p. G4.
censeurs comme ils avaient, depuis cent ans, respecté les exploits des huissiers, c'est-à-dire qu'ils n'en tenaient aucun compte. Les scènes supprimées étaient aussitôt rétablies, et les Grands Comédiens avaient le double désagrément de voir leurs justiciables mépriser leur autorité, et offrir au public des pièces de plus en plus semblables à celles qu'ils jouaient eux-mêmes.
A cet ennui un autre s'ajoutait, dont les Forains n'étaient pas responsables, mais dont ils'allaient devenir les victimes expiatoires. A cette époque, la Comédie Française subissait de rudes assauts. Chaque jour et de tous les côtés on* lui reprochait de jouer trop souvent des platitudes, de refuser les bonnes pièces nouvelles, de consigner à sa porte les jeunes auteurs sans appui, et de se poser, dans son comité devenu une sorte de tribunal sans appel, en juge infaillible. « Une assemblée de caillettes, disait l'un, de singes, de taupes, jouant le Sénat, délibérant par scrutin, décidant impérieusement, voilà ce qu'est l'assemblée des Comédiens à la lecture d'une pièce*.» — « N'est-il pas ridicule, écrivait un autre, et même indécent, de voir des histrions juges des pièces que les auteurs leur présentent? En effet, ce sont des gens la plupart sans études, sans connaissances, sans esprit, et l'axiome reçu, nemo dat qitod non habet, a lieu ici plus que jamais. Néanmoins, le tripot comique a le droit, quoique mal acquis, d'accepter
1. Surtout Linguet, Palissot, Mercier, Fréron, le chevalier du Coudray, etc.