‹ Les théâtres des boulevards (1789-1848) (volume 2)Chapitre 11 sur 41 · L*ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

L*ÉVÊQUE

On reconnaît bien un héros à ce noble désintéressement.

LE GÉNÉRAL

Il faut cependant que quelqu'un paye les frais de notre apostolat.

l'évêque.

Ah ! Monsieur, nous allons fatiguer le Ciel de nos prières pour qu'il sème sur votre route les plus brillants succès.

LE GÉNÉRAL

Il nous faut quelque chose de plus solide, Monsieur l'évêque.

l'évêque.

Les humbles ministres du Seigneur, qui professent le détachement de toutes les choses humaines, n'ont que des vœux à offrir.

LE GÉNÉRAL

Cependant, pour me prouver ce saint détachement, je

familles, rendaient naguère les maris si malheureux et les femmes si méprisables ; c'est un de ces aimables corrupteurs

« Qui logeaient en maison commode Leur très pieuse pau\Teté.

Bagues de prix, bijoux de mode Décoraient leur humilité. Ils avaient voitures légères, Jolis boudoirs, galants repas.

C'était bien vendre des prières Qu'entre nous ils ne faisaient pas. »

Rien de tout cela n'est bien méchant, surtout si Ton songe que cette comédie fut jouée sous la Terreur. En réalité, le fanatisme anticatholique n'a jamais trouvé sur les boulevards une nourriture très substantielle. Les pièces violentes d'un bout à l'autre sont rares ; quelques scènes drôles, quelques» couplets satiriques n'étaient pas pour satisfaire certains appétits robustes. Il était préférable alors d'aller aux grands théâtres, à ceux de la rue Feydeau, de la rue de Louvois et de la rue Richelieu. Là, du moins, on pouvait manger à sa faim : on avait à se mettre sous la dent des abbés, des évêques, des archevêques, des cardinaux, un pape, tous libertins, ivrognes, maltôtiers, coureurs de tripots, athées, voleurs, assassins, « les plus vilains puants que le diable ait engendrés ». Et, au retour, on digérait à l'aise la drôlesse servie dans la Papesse Jeanne (1) en habit pontifical et la tiare sur la tête,

(1) On joua aussi une Papesse Jeanne au Théâtre Molière, en même temps qu'au Théâtre de la rue Feydeau.

LE JUIF (reculant).

Je suis un juif.

LE PROTESTANT (rcculant de même).

Et moi, je suis un protestant.

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