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cuits arseniqués pour donner une bonne leçon à l'incorrigible gourmand.
Elles sont nombreuses, les pièces de ce genre, comiques ou sentimentales, et les longs comptes rendus élogieux des journaux ne laissent aucun doute sur leur succès. Succès étonnant en vérité î Ainsi donc, au lendemain du 10 août, et des massacres de Septembre, et de la mort de Louis XVI, et du décret sur la levée en masse, on attirait les Parisiens avec des contes enfantins, dignes des anciennes foires, avec des farces sans moralité, sans allusions curieuses ni caractère politique, et qui ne doivent leur mince mérite littéraire qu'à quelques couplets ingénieux. Le 14 juillet 1793, le Lycée fait une grosse recette avec le Goûter, simple histoire de trois enfants qui donnent leur bourse à un vieux mendiant et leurs confitures à un petit pauvre. Le jour de la mort de Charlotte Corday, on applaudit sur les boulevards une insipide comédie. Mieux fait douceur que violence. Le jour de la mort de Marie- Antoinette, les amours contrariés de la fée Urgandç et de Tenchanteur Merlin passionnent toutes les âmes sensibles; et à l'heure où les Girondins se réunissent en un dernier banquet. Arlequin, gardien des femmes^ fait tordre de rire les quinze cents spectateurs des Variétés- Amusantes (1).
(1) (( On se battait au Carrousel et au Champ-de-Mars, et le Palais- Royal étalait ses bergères et son Arcadie. A côté du tranchant de la guillotine, sous lequel tombaient des têtes couronnées, et sur la même place, et dans le même temps, on guillotinait aussi Polichinelle, qui partageait l'attention. » (Camille Des-
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Ainsi se perpétuaient aux boulevards les joyeuses traditions foraines. Comme il riait sous l'ancien régime des persécutions de la Comédie-Française et des incessantes menaces de la police, Arlequin oublie sous la Révolution la guillotine en permanence e^ les angoisses de la patrie en danger.
Est-ce à dire cependant que ses gambades, ses saillies et ses fredaines pouvaient désormais suffire à l'ambition des auteurs et à la curiosité du public ? Evidemment non. Maintenant qu'ils sont libres, les théâtres et les Français réclament autre chose, une nourriture substantielle : on va la leur prodiguer. Mais les transformations ne furent pas, au point de vue littéraire, aussi nouvelles ni aussi radicales qu'on serait tenté de le supposer.
Lorsque la Comédie-Française se résignait à jouer le Tombeau de Désilles et le Despotisme renversé^ on pouvait être surpris, et d'aucuns même protestèrent. Ces pièces de circonstance choquaient les anciens usages et inauguraient sur ce théâtre un système tout nouveau. Sur les boulevards, au contraire, ce genre était depuis longtemps acclimaté, et de multiples expériences avaient montré combien le public aimait les pantomimes guerrières, telles que le Siège d Orléans^ les tableaux militaires et les comédies patriotiques.
moulins.) — Grétry raconte dans ses Mémoires que, traversant un jour la place de la Révolution, il entendit un orchestre et les cris de joie des danseurs. Au même instant, ses yeux rencontrent le couteau de la guillotine qui se relevait lentement pour retomber bientôt après .
comme la Prise de Port-Mahon. Conserver ces sortes de spectacles, c'était donc maintenir et vivifier une tradition très populaire. C'était aussi ouvrir une veine facile à exploiter, et se préparer des succès certains. Ils étaient si nombreux, les sujets nouveaux, qui s'offraient ; et il devait être si aisé, grâce à la liberté conquise et à Tétat des esprits surexcités, de provoquer les applaudissements !
Il semble, en lisant certaines pièces de cette époque, qu'on entende l'écho de ces applaudissements. Ils sont le plus souvent très naïfs, grossiers et déclamatoires, les impromptus qui naissaient chaque soir, au souffle de la Révolution ; mais comme ils traduisent bien les idées, les sentiments, les passions des spectateurs, c'est-à-dire de la France nouvelle I
Quelles idées et quels sentiments ? Les meilleurs d'abord, les plus nobles et les plus généreux. Dans l'énorme collection, imprimée ou manuscrite, de la Bibliothèque Carnavalet (1), ce sont les drames et les comédies patriotiques qui d'abord attirent et retiennent. De ces œuvres éphémères, dont la composition et le style font sourire, se dégage une impression de grandeur simple, analogue à celle que laisse le journal du sergent Fricasse. Parfois aussi on dirait la Marseillaise mise en action, personnifiée, qui vit et marche sur la scène. Aux grands théâtres, on évoquait
(1) Voir les 35 cartons, n* 15709. Ces pièces innombrables peuvent être divisées en trois catégories : celles qui ont été. imprimées et jouées; celles qui ont été imprimées, mais qui ne furent jamais représentées ; celles enfin qui sont restées manuscrites.
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volontiers, afin de glorifier Théroïsme des armées républicaines, les souvenirs d'Athènes et de Rome : c'étaient la Journée de Marathon , Virginie, Muciiis ScœvolayCahis Gracchus, Fabius, tragédie lyrique où, pour rendre les allusions phis claires et les rapprochements plus sensibles, on entendait Paul Emile donner Tordre de tirer le canon d'alarme contre les rois conjurés^ et le peuple romain répondre aux sénateurs qui venaient de chanter la Marseillaise :
« Plutôt la mort que l'esclavage ; C'est la devise des Français, »
Aiix boulevards, on se soucie peu de ces vieilles histoires et de ces héros ignorés. Bien avant les Romantiques, les Nicolet, les Audinot et les Salle les ont expulsés de leurs théâtres, et ils ne les y reçoivent que sur un ordre formel de la Convention, décrétant que Caîus Gracchus et Brutus seront donnés trois fois par décade, aux frais de la République, sur les scènes désignées par les municipalités (1). On se passionne en revanche pour des drames dont les héros s'appellent Barra, Agricole Viala, Custine et Beaurepaire. « En apprenant la mort du défenseur de Verdun, la France, dit Michelet, se reconnut, frémit d'admiration. Elle se mit la main sur le cœur et y sentit monter la foi. La patrie ne flotta plus aux regards, incertaine et vague ; on la vit réelle, vivante. » Elle vivait, en effet, dans ces drames naïfs, simples et grands. Pouvait-on ne pas acclamer Beaurepaire ressuscitant sur la scène pour
(1) Décret du 2 août 1793.
venir répéter aux Parisiens ce qu'il avait dit à ses officiers : « J'ai juré de ne me rendre que mort. Survivez à votre honte... Je suis fidèle à mon serment... Voici mon dernier mot... Je meurs... » ; et se faisant sauter la cervelle sous les yeux des spectateurs? Pouvaientelles tomber, si peu littéraires qu'elles fussent, les comédies pleines de tous les beaux sentiments qui faisaient alors vibrer la France, le dévouement à la patrie, la haine des rois, l'amour des peuples esclaves? Pour peindre l'enthousiasme héroïque qui chaque jour poussait aux frontières la jeunesse de France, les auteurs ne se mettent pas en grands frais d'imagination. C'est presque toujours la même histoire, celle de deux fiancés, heureux de sacrifier leur amour à la patrie (1). Rosette aime Alexis et en est aimée, mais ils attendront pour se marier que le jeune homme ait chassé l'ennemi. — Justin pourrait se dispenser de partir, car il aura vingt-cinq ans le lendemain, et la loi ne le réclamera plus. Il partira pourtant.