‹ Les théâtres libertins au 18ıe siıeclèChapitre 11 sur 27 · PIERROT, ISABELLE · texte numérisé non relu

PIERROT, ISABELLE

Pierrot

...J’naime pas que c’doucereux d’Cafîardet vous en montre si long.

Isabelle

Et pourquoi ça ?

Pierrot

Pourquoi ça ? parce que ça fait que les autres vous paraissent p’tits. Tous les hommes ne pourraient pas t’avoir z’un si grand esprit qu’lui.

Isabelle

Ah I doucement, cousin, n’gouaillez pas sur son mérite. Vous savez qu’ma mère.

Pierrot

Oh! oui,j’sais qu’cest le benjamin d’Ia daronne ; elle le mijote et l’initonne comme un saint Guignolet.

Et quoiqu’ça vous fait, ça ?

Pierrot

Oh ! tout ça m’üche malheur.

Isabelle

]Mais j’vous trouve bien cocasse de l’prendre sur c’ton là.

Pierrot

Dites moi z’un peu, là, si vot’mère n’devrait pas t’être honteuse d’vous enfermer tous les jours des heures sur vot’soupente tête pour tête avec lui, rBenjamin.

Isabelle

N’y a pas d’erreur, c’est un savant.

Pierrot

Un savant ? N’y a q’lui qui l’dit. Parguienne, j’vous montrerai c’te science là tout aussi ben q’lui. N’faut pas t’être grand sorcier pour vous faire aller et v’nir la main sur un gros affutiau qu’il appelle un globe et qui n’est aut’chose qu’un potiron.

Isabelle

Je n’ai pas encore l’intellect ben ouvert à c’que dit Caffardet, je n’entends pas l’amour par signes, y faut qu’je le sente.

Pierrot

Eh bien, manizell’, j’vous en ravise de r’chef, puisque faut vous l’insinuer pour qu’vous l’sentiez.

Eh ben ! v’ia parler et j’entends ça.

Pierrot

Oui, mais j’enrage d’voir qu’un autre vous l’proLive p’têtre, tandis que je n’fais q’vous l’dire.

Gomme on voit, le procédé de M. de Blois n’est pas sensiblement inférieur à celui de Collé et consorts : l’auteur demande, lui aussi, le secret d’égayer son noble auditoire au système banal des allusions graveleuses et au jeu facile des mots à double sens.

Mme Merluche qui se méfie de son neveu Pierrot et tient à s’en débarrasser pour faire la place nette à son protégé Caffardet, oblige Cassandre, serviteur et instrument de toutes ses volontés, à engager son fils dans « farinée de la guerre ». Pierrot n’en est pas autrement ravi, il est peu guerrier, par tempérament, mais il fait contre mauvaise fortune bon cœur :

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