‹ Les théâtres libertins au 18ıe siıeclèChapitre 13 sur 27 · JEUX DES PRINCES · texte numérisé non relu

JEUX DES PRINCES

Le comte de Clermont.

De tous les notables amateurs — princes, grands seigneurs, fermiers généraux, rois ou reines de la rampe — qui, au xviii® siècle, hébergèrent, pour parler le langage du temps, Melpomène ou Thalie, voici le plus typique, le plus curieux à étudier, le plus intéressant à connaître. Il était destiné assurément, fantoche débonnaire, à s’entourer d’acteurs et d’actrices, à se complaire aux choses du théâtre, car la nature avait fait de lui un personnage d’opérette, un de ces rois extravagants, dont la couronne est de carton dont le sceptre a quelque chose d’une marotte, et qui trompés, bafoués, ridicules, restent malgré tout sympathiques.

Né en 1709 de Louis III de Bourbon et de de

Nantes, fille légitimée de Louis XIV et de de

Montespan, le comte de Clermont descendait

du grand Condé, mais en descendait beaucoup trop(l). On aurait dit qu’une de ces fées malfaisantes, qui abondent dans les vieilles légendes populaires, l’avait condamné à ne pouvoir jamais utiliser des qualités incontestables :

Moitié plumet, moitié rabat,

abbé commendataire de Saint- Germain-des-Prés, sans être dévot ni peut-être religieux, académicien par droit de naissance sans être lettré, soldat courageux mais très médiocre général, il fut réduit par la destinée à occuper les plus hautes charges et à ne briller dans aucune. Ses contemporains ne le prirent jamais au sérieux et, sans doute, il ne se prit pas au sérieux lui -même.

Est-ce un Abbé ? demande une des innombrables épigrammes qui lui furent décochées, et dont il se soucia fort peu.

Est-ce un Abbé ? L’Eglise le renie.

Un Général ? Mars l’a bien maltraité :

Mais il lui reste au moins EAcadémie ;

N’y fut-il pas muet par dignité ! (2)

(1) V, sur le curieux personnage: Le Comte de Clermont, sa cour et ses maîtresses, par Jules Cousin, Paris, Académie des Bibliophiles, 1867.

(2) Il s’abstint, par orgueil et encore plus par prudence, de tout discours de réception.

Qu’est-il enfin ? Que son mérite est mince !

Hélas ! j^ai beau lui chercher un talent ;

Un titre auguste éclaire son néant ;

Pour son malheur le pauvre liommeest un Prince (i).

Ce titre de prince nuisit beaucoup, en effet, à sa réputation. On attendait de lui, à cause de son nom, à cause de son rang, de grandes choses, et il ne fut qu’un « bon homme » libéral, généreux, très affable, dépourvu d’ambition et désireux de vivre tranquille entre ses amis et ses maîtresses ; bref, un duc d’Orléans... à la femme près.

Tandis que d’autres marchaient vaillamment à la conquête de la gloire, se mêlaient des affaires publiques, aspiraient à gouverner le pays, il résolut, après quelques héroïques efforts mal récompensés, de se consacrer à son propre bonheur.

Le goût du comte de Clermont pour le théâtre, si on l’examine de près, fut la conséquence de son goût, très vif, pour les jeunes et jolies femmes qui ajoutaient à un métier plus lucratif celui de déclamer des vers ou delà prose sur de grandes ou de petites scènes. Au lieu de collectionner des monnaies, des tableaux ou des estampes, il collectionna des actrices, qui lui coûtaient beaucoup plus cher. On doit donc, pour bien le connaître, avant d’écrire l’histoire de son théâtre, rappeler aussi rapidement

(i) Vie privée de Louis XV (par Moufle d’Angerville), 1781, t. III, p. 389.

que possible l’iiistoire de ses maîtresses, de ses maîtresses « dramatiques ».

La première fut Adrienne Lecouvreur, qu’une légende nous présente comme victime de la jalousie de la duchesse de Bouillon. Les grandes dames du XYiii^" siècle admettaient très bien les passions en partie double. Elles faisaient au caprice sa part, et cette tidélité, dont elles se sentaient fort incapables, elles ne se donnaient pas le ridicule de l’exiger de leurs amants.

Une actrice moins célèbre, Quoniam, chanteuse à V Opéra et fille d’un rôtisseur, remplaça Arienne Lecouvreur, dans le cœur du comte de Clermont. Il la quitta, la reprit, et finit par la céder, en 1733, à son neveu, le prince de Conti, qui venait de se marier, mais que son titre et les traditions de sa famille obligeaient à avoir une maîtresse.

Débarrassé de Quoniam, le comte de Clermont, dans les derniers mois de l’année 1733, « s’empara » (1) d’une autre danseuse beaucoup plus en vue, la Camargo, et, jaloux du public, qui chaque soir pouvait fadmirer, il lui fit quitter VOpéva. Il la garda pendant huit années, qu’elle dut trouver un peu longues, dans son château de Berny, et deux enfants naquirent de cet internement passionnel.

(i) C’est le mot dont se sert l’inspecteur de police Meusnier, dans un rapport du 5 décembre 1753.

En 1741, le président de Rieux, üls de Samuel Bernard, avait une maîtresse « pas jolie, mais bien faite », dit Barbier dans son journal, Leduc, vaguement danseuse à l’Opéra, et à laquelle il tenait beaucoup. Le comte de Clermont la lui enleva. Pour se venger ou pour essayer de se consoler, le président de Rieux se rabattit sur la Camargo et lui envoya, comme don de joyeux avènement, mille louis dans une écuelle d’or.

Les Leduc étaient les filles d’un portier du Luxembourg. Elles avaient débuté très modestement, dans la vie galante, avec des amants de rencontre, des « laquais à la quarantaine », c’est-à-dire des domestiques ambulants logés dans les hôtels garnis. Leur fortune ne tarda pas à s’améliorer ; surtout celle de la cadette, qui, très ambitieuse, réussit à remplacer, comme on vient de le voir, un simple magistrat, d’ailleurs fort riche, par un prince du sang.

Le comte de Clermont approchait de l’âge difficile où Léandre devient Géronte. A force de soumission et d’attentions coûteuses, il essayait de se faire pardonner de n’être plus assez jeune, sans se douter que c’est la seule chose que les femmes ne pardonnent pas. Il entourait sa nouvelle maîtresse d’un luxe quelle savourait et étalait en parvenue de l’amour mais dont elle ne lui savait aucun gré.

Le mercredi et le jeudi saint de l’année 1741, la Leduc, couverte de diamants, escortée par deux

de ses amies, la Cartou et une fille d’Opéra, qui jouaient le rôle de dames de compagnie, parut dans une calèche bleu et argent, garnie à l’intérieur de velours bleu brodé d’argent et attelée de six petits chevaux (1). Trois carrosses suivaient, dans lesquels paradaient des actrices. Un mousquetaire, le chevalier de Langle, conduisait une voiture légère, un fauteuil de canne, et « voltigeait tantôt derrière, tantôt à côté de l’équipage, suivant la rencontre et la largeur du chemin ». Agacé par ces évolutions, le sieur Rolland, qui faisait les fonctions de chevalier d’honneur de la Leduc, donna un coup de fouet au cheval du mousquetaire et celui-ci répondit par un coup de fouet à l’écuyer.

La Leduc, indignée, passa la tête hors de la calèche et interpella le chevalier de Langle :

— Fi donc I Monsieur, s’écria-t-elle, avec une attitude de déesse outragée... Cela est épouvantable... Est-ce que vous ne connaissez pas l’équipage du prince ? (2)

— Je sais. Mademoiselle, répondit-il, le respect que je dois au prince, mais quand des gens comme vous et cet homme-là me manqueront, je saurai les faire souvenir de leur devoir (3).

(1) V. Journal de Barbier, année I74if Mélange de Bois Jourdain, t. III, p. 89.

(2) Mélanges de Bois Jourdain.

(3) Id,

Comme les mousquetaires qui se trouvaient là menaçaient de tirer l’épée pour soutenir leur camarade, l’incident n’eut pas d’autres suites, mais il amusa beaucoup les badauds, les gobe-mouches à l’afFùt du scandale, qui ne laissèrent pas échapper cette occasion de rendre encore plus ridicule, si c’était possible, le comte de Clermont. Le roi leur donna l’exemple dans cette chanson, citée par le Journal de Barbier :

Un char à ta catin,

Mon cousin,

Ce n’est pas son allure ;

Un coche à Pataclin (i),

Mon cousin.

Et un habit de bure,

Ah I voilà Pallure, l’allure.

Mon cousin.

Ah ! voilà son allure.

La raillerie était encore plus mordante dans une chanson qui a pour titre les Amours du comte de Clermont (2).

Tout le public vous rit au nez.

Monsieur l’abbé,

Tout le public vous rit au nez

(1) Directrice de la Salpétrière.

(2) Chansonnier Historique du xviii* siècle, année 1742, t. YI, p. 3i5.

C’est une farce.

De voir une garce

Dans le beau char où vous la promenez Tout le public vous rit au nez.

Qui l’aurait jamais deviné.

Monsieur l’abbé ?

Qui l’aurait jamais deviné ?

Qu’une donzelle Tournât la cervelle

Au petit-fils du grand Condé.

Quoique Leduc, titrée marquise de Tourvoie, d’un petit fief appartenant à Berny, ne se piquât pas d’une fidélité qui n’était pas dans ses habitudes (1), elle supportait assez mal l’obligation de vivre avec un homme quelle n’aimait pas et dont l’affection l’ennuyait. Déjà, en février ou mars 1743, elle avait menacé de le quitter.

« M. le comte de Clermont, écrivait au mois de

(i) « Le Prince était à Compiègne. La D"® Leduc était à Berny et se promenait dans les bosquets avec le général Laujon, secrétaire du comte de Clermont. Apparemment que le lieu leur plut et que l’eau leur vint à la bouche, puisque M. de Montalet, gentilhomme du prince, qui était aussi à Berny, ce jour-là, les surprit, comme dit Rabelais, (( faisant la bête à deux dos et frottant joyeusement leur lard » . Cette aventure est aujourd’hui divulguée par toute la maison : il n’y a guère que le Prince qui l’ignore. » Note de police, août lySS.

mars le chevalier policier de Mouhy, est dans la désolation et ronge son frein à Berny. Il est positif que la demoiselle Leduc lui a donné son congé. Le motif de la querelle vient de ce que le prince voulait qu’elle quittât Y Opéra ; et la petite fille lui a signifié qu’elle voulait y rester. Des reproches de la part de l’amant ont suivi ce refus ; la demoiselle s’est retranchée sur l’ennui dont elle était dévorée depuis quelle était sa maîtresse. Les gros mots et les menaces ont succédé. Ces procédés ont aigri la demoiselle : elle a profité de l’absence du prince pour renvoyer tous les domestiques quelle tenait de lui, pour lui mander qu’elle ne voulait jamais le revoir. On dit que la petite Clairon pourrait bien consoler M. le comte des rigueurs de la Leduc ». Quelques jours après, une réconciliation avait lieu entre famant et la maîtresse, fune retenue par l’argent, f autre par famour, et le chevalier de Mouhy pouvait ajouter à sa note de police, le 4 mars : « On dit que M. de Clermont a fait la paix avec M”® Leduc et que tout est raccommodé (1) ».

Ce pseudo- mariage d’un Cassandre, né pour être dupe et des autres et de lui-même, et d’une catin,

(i) Ces notes font suite à l'édition du Journal de Barbier en 8 V. in-8. M. Paul d’Estrée a établi dans une étude parue à la Nouvelle Revue Rétrospective qu’il fallait les attribuer au chevalier de Mouhy.

transformée en marquise d’opéra-bouffe, durait encore en 1752, lorsque le comte de Clermont enrichit son sérail dramatique d’une nouvelle recrue, la Gaussin.

Un rapport de police du 17 février 1752 (1), nous donne de curieux renseignements sur cette aimable actrice.

« Gaussin est fille d’une ouvreuse de loges qui était à la Comédie- Française. Elle fait 1.200 livres de rente à sa mère qui loge au café de Baptiste, rue de la Comédie. Elle a eu pour père putatif un archer de je ne sais quelle bande, mais son véritable père est feu Baron, le grand comédien, qui b.... un beau jour sa mère sur le pied du lit.

« Elle commença à paraître sur le théâtre à l’âge de 12 ans et y débuta par un petit rôle dans Les Amazones modernes (2) avec la demoiselle Dangeville et la femme de Dubreuil.

<( En 1730, M. le duc de Gesvres, ayant rassemblé à Saint- Ouen une quantité de seigneurs et de dames qui s’amusaient à jouer la comédie et cette troupe ayant entrepris de jouer un jour le Comte

(1) Ce rapport n’ust pas de la main de Meusnier.

(2) Comédie en 3 actes en prose, par Fuzelier et Le Grand, jouée pour la première fois au Théâtre-Français , le 29 octobre 1727.

d'Essex (1), où la duchesse (2) de Gontaut (3) devait rendre le rôle d’Elisabeth, il leur manqua une actrice pour faire celui d’Elvire, et M. le duc chargea un nommé Gauvin, à présent huissier du clergé, de leur chercher un sujet qui pût remplir ..,ce vide. Il s’adressa à Gaussin qui demeurait pour lors rue Saint-André-des-Arts, à un cinquième, avec sa mère. Elle accepta la proposition et partit le lendemain pour Saint- Ouen où elle s’acquitta si bien de son petit rôle qu’on la pria de continuer à jouer dans cette compagnie le reste de .l’été et elle s’acquit la protection de M. le duc de Gesvres qui lui promit de se souvenir d’elle dans l’occasion.

(( Après cela elle s’engagea dans la troupe des Comédiens de Lille et resta environ deux ans en cette ville...

« Elle prit le parti de retourner à Paris et y ramena avec elle un capitaine du régiment de Pié-

( 1) Tragédie de Thomas Corneille jouée pour la pre- /mière fois à l’Hôtel de Bourgogne en janvier 1678.

(2) Marquise, correction de la main du lieutenant de police Berrycr.

(3) A côté de ce passage le lieutenant de police a mis en accolade celte note : « Dame du Palais de la Reine. Elle disait que si elle n’était duchesse|(5ic) elle voudrait cire comédienne. Elle est morte fort jeune et a été sur le compte du feu marquis de Pézé, colonel du régiment du Roi mort en Italie » .

mont (1) dont elle s’était amourachée, et par l’ordre de M. le duc de Gesvres elle débuta aux FrançaiSy il y a près de dix-neuf ans, par le rôle de Junie dans Britannicus. Son début eut un succès prodigieux. Il y avait longtemps qu’on n’avait vu sur ce théâtre une si belle tête. M. le comte de Clermont fut le premier qui s’y prit. Il en passa sa fantaisie. Ensuite, le marquis de Vassé, tué en 1734 en Italie, la prit et lui fit deux enfants d’un coup, après quoi il la quitta pour prendre la demoiselle Saint-Germain, danseuse de l’Opéra.

« Notre actrice ne chôma pas longtemps. M. le comte de Tressan, neveu de l’archevêque de Rouen et brigadier des armées du Roi, prit bien vite la place du marquis ; et, au bout de 10 mois, la féconde Gaussin le rendit père d’une fille qui peut avoir à cette heure 15 ans, laquelle est fort jolie. Elle est à Paris dans un couvent, rue de Grenelle-Saint- Germain. La demoiselle Gaussin lui a écrit (au comte de Tressan), il y a six mois, pour lui recommander sa fille quelle compte marier à un jeune homme de province, pour lequel elle travaille à le faire entrer dans les affaires. Ledit comte lui fit réponse qu’il ne l’avait pas oul)liée et qu’il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour lui en donner des marques.

(i) ({ Nommé la Qeinterie, )) Note du lieutenant de police.

« Le comte fit place au marquis de Courteiivaux qui ne sema pas non plus que ses prédécesseurs dans une terre ingrate. Il en eut deux ou trois entants et vécut 7 ou 8 ans avec elle, 11 lui a fait une pension en la quittant.

« Elle eut ensuite Fierville, comédien français, qui finit par lui voler à Versailles une aigrette de 12.000 livres. Cette aventure eut des suites. A force de recherches on découvrit le voleur et, malgré les sollicitations de la demoiselle Gaussin qui fit l’impossible pour le sauver, il fut chassé de la Comédie et obligé de se sauver de France.

« Le sieur Grandval la consola de cette disgrâce.

« Dans ce temps, le feu ayant pris à sa toilette, on lui accorda une représentation pour elle afin de réparer ce malheur.

« M. Helvétius, ci-devant fermier général, l’a eue un temps, tinsuite notre héroïne vendit en détail.

(( Un nommé Duché, dont on ignore la qualité, vécut en belle passion et bourgeoisement avec elle... Lorsqu’elle fut dégoûtée de cette passion, elle s’attacha au sieur Drouin qu’elle aima tendrement et qui se rendit indigne de son amitié par ses mauvais procédés. Elle eut encore un enfant de sa façon, et, lorsqu’ils se séparèrent, la demoiselle Gaussin se servit d’un certain sot personnage qui faisait ses affaires, qu’elle appelle son cousin, qui

se nomme Mesnard. Elle l’a placé depuis deux ans secrétaire chez M. le duc de la Vallier. Ledit cousin lui vola dans la suite une tabatière très belle garnie d’or, un jour qu’elle faisait ses paquets pour aller à Fontainebleau. Il en fut quitte pour essuyer quelques jours froide mine de sa part.

« Depuis M. de Courtenvaux, notre héroïne n’avait eu que des aventures assez bourgeoises. Le prince de Hesse-Gassel partagea ses inclinations entre elle et les demoiselles de Metz et La Batte. Elle en devint grosse et accoucha d’un enfant quelque temps après le départ du prince dont elle a reçu de forts beaux présents.

« M. le chevalier de Bonnal, quelques mois après, prit service chez elle : c’est la dernière aventure qu’on connaisse à cette actrice. On croit même que celles qu elle aura dans la suite ne grossiront pas beaucoup son histoire. Elle a vendu la meilleure partie de ses bijoux pour faire l’acquisition d’une maison, rue du Marais, qui rapporte 1.200 livres. On ne sait si elle est payée en entier, parce quelle s’est confiée au dit cousin dont nous avons déjà parlé... Elle loge dans cette maison. C’est en quoi consiste presque toute sa fortune, avec mille livres que le roi lui fait de pension. Elle est fort souvent chez M. le comte de Clermont... y*

M”‘' Gaussin était fort souvent chez le comte de Clermont, d’abord parce qu’elle dirigeait avec Duchemin et Rosely sa troupe de Berny et de la Ro-

quette et ensuite parce qu’il lui réservait, quoi quelle ne fût plus très jeune, les fonctions de maîtresse surnuméraire et intermittente (1).

Sur remplacement de la caverne de Sablac, là où avait vécu saint Benoît, les abbés de Saint- Germain-des-Prés s’étaient fait construire leur maison de campagne. Bâti par François Mansard, le château appartint au chancelier de Belliêvre, puis au ministre de Lionne. Il fut embelli, ainsi que les jardins, à la fin du xviF siècle, par le cardinal de Furstemberg, abbé de Saint-Germaiii-des- Prés, et avec un tel luxe que depuis, pour donner

(i) L’anecdote suivante en fournit la preuve : a II lui est arrivé (à M*"® Lekain) par son arrogance une scène fort désagréable chez M. le comte de Clermont. Ce prince donnait à Berny une fête à M"® Leduc pour son bouquet. La Dame Lekain devait jouer un rôle dans une comédie que l’on jouait ce jour-là. Gomme de toutes les femmes qui jouaient la comédie chez le Prince, il n’y a. que M“® Gaussin qui soit admise à sa table, la dame Lekain refusa de se mettre à la table des autres femmes et demanda à manger dans sa cliambre, ce qui lui fut refusé, et le Prince lui fit dire qu’il n’admettait à sa table que les femmes qu’il avait l’honneur d’admettre dans son lit et qu’il y avait des chevaux d’attelés pour la conduire à Paris, cfu’il lui conseillait d’en profiter ou qu’elle courait le risque d’être sur le pavé de Berny. » Ce rapport n’est pas de Meusnier mais il se trouve dans les papiers Meusnier. Arsenal, Ms. 10287.

satisfaction à l’opinion publique, on fut obligé de sacrifier une grande partie des ornements. Ce qui restait faisait de cette maison de campagne une des plus belles et des plus agréables des environs dé Paris. Les fleurs rares y abondaient, et la gourmandise des moines, pour ne pas être prise au dépourvu, avait multiplié dans le potager et le jardin fruitier les meilleurs fruits et les meilleurs légumes.

« Quatre pavillons, écrivait Dulaure(l), occupent les côtés du château : en face est un canal fourni par la petite Bièvre. Ce canal borde les bois et sert de clôture au parc de ce côté -là.

« Dans le jardin, on trouve des jeux d’escarpolette, de bagues, etc. Il est orné d’un bois au bout du(|uel est un très grand bassin rond, avec un champignon au milieu. Des pelouses décorées de vases, un joli labyrinthe, des pièces d’eau occupent le reste du terrain. »

De 1747 à 1757, le comte de' Clermont passa presque tout son temps dans ce’ magnifique château de Berny, où il fit construire, en souvenir des fêtes de Sceaux, un théâtre dont Laujon, son secrétaire intime, était le surintendant (2), Collé l’imprésario,

(1) Nouvelle Description des environs de Paris, 1786.

(2) Laujon avait été nommé en 1760 secrétaire des commandements du comte de Clermont. Le théâtre de Berny fonctionnait déjà depuis plusieurs années.

et où on jouait l’opéra français, l’opéra comique, l’opéra bouffon, le vaudeville et même la parade.

L’orchestre comprenait plusieurs virtuoses di primo cartello et, entre autres, le flûtiste Blavet, si habile, que deux jeunes mariés passèrent la nuit à

l’écouter. On ne saurait donner péeuve plus décisive du talent d’un musicien.

La troupe dirigée, nous l’avons vu, par Duchemin (1), Rosely (2) et Gaussin et qui, à en croire Collé, ne pèche pas généralement par excès d’indulgence, était supérieure à celle de la Comédie Italienne, comptait surtout des amateurs, mais bien stvlés et choisis avec soin. Leduc cadette y ligurait au premier rang comme danseuse et comme comédienne. Voici d’ailleurs la composition de cette troupe sur laquelle nous croyons de-

(1) Jean-Pierre Ducliemin, qui avaitdébuté au Théâtre- Français le 27 décembre 1717, prit sa retraite le 19 mars 1740 et mourut le 3 février 1753. (( Cet acteur, dit le Dictionnaire de Léris, excellait dans les rôles de financier, tels que celui de Lisimond dans le Glorieux, et dans ceux à manteau et de caractère, comme le Grondeur ».

(2) Raissouclie Montet dit Rosely ou Roselly, débuta au Théâtre-Français le 24 octobre 1742, par le rôle d’Andronic, dans la tragédie de ce nom, fut reçu le 17 décembre de la même année, et mourut le 22 décembre 1760, tué en duel près de Saint-Sulpice par son camarade Hibou, pour un rôle qu’ils se disputaient.

voir insister, parce qu’elle forme le type le plus complet, le plus parfait des groupements de ce genre. Les détails que nous donnons sont extraits d’un manuscrit de l’Arsenal.

Acteurs :

Comte de Clermont. — 1° : Paysans. 2° : Rôles à manteau sérieux. 3° : Financiers.

M. DE Montazet (1). — 1° : Amoureux sensés. 2® : Amis. 3® : Rôles à manteau raisonnables 4® : M. des Soupirs et rôles de ce genre. 5° : Rôles chantants soit de comédie, soit d’opéra ou d’opéra comique.

M. Dromgold (2). — 1° : Amoureux. 2° : Baillis. 3° : Rôles raisonnables. 4° : Rôles chantants de comédie ou d’opéra. 5° : Paysans. 6° : Gilles braillards dans les parades. 7° : Rôles de femmes dans les comédies poissardes.

M. DU Blaizil. — Grands et petits amoureux.

Le baron du Ray (3). — 1° : Paysans. 2® : Valets. 3^’ : Pères. 4° : Grisons. 5° : Ivrognes.

(1) Colonel du régiment d’Enghien en 1768, maréchal de camp en 1761, lieutenant général en 1780. C’était riiomme à tout faire du théâtre.

(2) Dromgold ou de Romgold secrétaire des commandements du comte de Clermont, avant Laujon.

(3) Officier.

Laujon. — 1° : Valets. 2° : Marquis ridicules. 3° : Paysans de toute espèce. 4° : Crispins. 5° : Niais. 6° : Isabelles dans les parades. 7° : Niais dans les opéras comiques. 8® : Rôles à manteau ridicules. 9° : Abbés. 10° : Robins et rôles de charge.

M. Mollin. — 1° : Amis. 2° : Valets en second. 3° : Rôles chantants dans l’opéra - comique. 4° : Amoureux en second.

M. Marchais (1). — 1° : Amis. 2° : Rôles raisonnables. 3° : Petits amoureux.

M. Daguirandes (2). — 1° : Financiers. 2° : Pères. 3° : Rôles à manteau. 4° : Rôles chantants dans les opéras-comiques hors les amoureux.

I^î. Bâton. — 1° : Rôles à manteau. 2° : Rôles à charge. 3° : Abbés. 4° : Léandres de parade.

M. Delvemont. — Petits rôles raisonnables.

(1) M. de Marchais, premier valet de chambre du Roi^ gouverneur du Louvre, chevalier de Saini-Louis,jouissait, on ne sait trop pourquoi, d’une très grande considération. Sa femme, « étonnamment petite, dit Jules Cousin dans son étude sur le comte de Clermont, avait un pied de poupée et une tete énorme ornée des plus beaux cheveux cendrés qu’on put voir. » Spirituelle, instruite, très intrigante, elle se donnait des attitudes de femme de salon et se piquait de faire des élections à l’Académie. Maîtresse de d’Angivillicrs, directeur des bâtiments du Roq elle l’épousa après la mort de M. de Marchais,

(2) Capitaine des chasses du comte de Clermont.

Actrices :

M”"" Gaussin. — (Jouait ropéra-comique dans les rôles de Cassandre et de Gilles niais).

M*’® Leduc cadette. — 1° : Meunières. 2® : Soubrettes. 3° : Coquettes. 4“ : Ridicules. 5® : Cassandres dans les parades.

Asvedo (1).. — 1° : Ridicules. 2° : Soubrettes

(i) « Asvedo^ disait Rosimond, directeur du

théâtre de la Rochelle, est une femme très propre à différents caractères et c’est ce qu’il faut en province où les (( femmes doubles a sont encore plus rares qu’à Paris, a Aussi l’avait-il engagée, lui avait-il versé 4oo livres pour ses frais de voyage ; mais Asvedo poussait cette duplicité si précieuse au point de recevoir l’argent pour se rendre à la Rochelle tout en demeurant à Paris. Elle était liée avec Lekain et Préville cjui la cachaient (^lyôS). L’intendant de la Rochelle la réclamait au lieutenant de police et à Saint-Florentin, le ministre d’Etat qui ordonnait l’arrestation et le transfèrement d’Asvedo à la Rochelle aux frais du directeur. La troupe passa de la Rochelle à Orléans, l’intendant de cette ville la réclamait encore pour le directeur. Elle ne partait toujours pas. Mêmes cérémonies à Rouen. Le lieutenant de police perdit patience et il fit enfermer Asvedo au For-l’Evêque et il fallut que l’inspecteur la Janière la conduisît « contrainte et forcée » à Rouen, comme elle le déclarait elle-même. Frantz- Funck-Brentano, La Bastille des Comédiens, p. iqS.

en second. — 3“ : RôJes sensés. 4" : Secondes amoureuses. 5'" : Mères.

M"® Descoteaux. — 1° : Soubrettes. 2“ : Amoureuses en second. 3" : Agnès. 4“ : Gilles niais dans les parades.

Dubois. — 1“ : Amoureuses. 2” : Rôles chantants dans les opéras-comiques.

De la troupe de Berny faisaient également partie, mais d’une manière moins régulière, MM. Bâtonnet, Bazin, Bernault, de Bill3% de Bonnal, de Boulainvilliers (1), de Bressa}^ de Buisson, de Comeiras (2), de Chaumont, de Chaules, Gourdin, Hugues, de la Tour, de Laurès (3), Le Brun, Carie Leduc, Mo-

(1) C’était le üls de ce président de Rieux à qui le comte de Clermont avait enlevé la Leduc.

(2) Comeiras, du Blaizil, Sainte-Croix étaient des officiers qui avaient fait campagne avec le comte de Clermont.

(3) Antoine de Laurès, né à Gignac dans le Languedoc, était le üls d’un conseiller à la Cour des Aides de Montpellier. Plusieurs fois lauréat de l’Académie Française, maître ès jeux floraux, il avait comme principale ressource la pension que lui faisait le comte de Clermont. Compromis dans les intrigues qui se formaient autour de son protecteur, il fut disgracié et mourut dans un état voisin de la misère. La plupart de ses pièces n’ont pas été représentées. Il a composé pour le théâtre de Berny la Statue, et la. Fête de Cythère, opéra en un acte, musique de Blavet, joué le 19 novembre lyod.

reaii (1), de Polignac, Richer, de Sainte-Croix, de Varenne, les Roussel, aîné et cadet, le comte et le chevalier de Fumel (2) et M™®* Rernault, Daintot, Folio, Fouré, Gallodier, Girard, Lavault, de Marchais, de Villemont, de Varenne (3).

En dehors de pièces de la Comédie française ou italienne, plus ou moins consacrées par le succès, cette troupe très homogène, pleine de zèle et d’amour-propre, jouait des œuvres qui avaient été spécialement faites pour elle.

En 1747, le théâtre de Berny avait été inauguré par une pièce, Barbarin ou le fourbe puni, qui était de Dromgold et dont le comte de Clermont avait la faiblesse de se croire l’auteur. « Quand la comédie

(i) Valet de chambre du Prince. Il excellait dans les rôles d’ivrognes.

(a'i Le comte de Fumel avait été un des nombreux amants de la Leduc, à l’époque où elle était entrée à V Opéra.

(3) Une de Varenne, d'après un rapport de Meusnier, était fille du procureur Pelée de Varenne, qui demeurait dans rUe Saint-Louis. Un frère du comte de Clermont, le comte de Gharolais (celui qui s’amusait à tuer les couvreurs sur les toits) l’enleva et l’installa rue Saint-Thomas du Louvre, où elle (( détaillait » comme on disait alors. Il s’agit ici, croyons-nous, d’une fille de condition, parente pauvre d’un colonel du régiment de Lorraine. Elle devint la maîtresse du prince de Grimbergh on qui lui laissa un legs de 200 000 livres.

lYit achevée, raconte Collé dans son Journal, Son Altesse l’appela simplement notre pièce, puis ma pièce )) et il ajoute que, consulté par le Prince, quelques années plus tard, sur cet informe essai, il se risqua à faire quelques critiques qui furent parfaitement accueillies.

Le comte de Clermont, dans cette comédie, qui eut naturellement beaucoup de -succès, jouait le rôle de Mondor, « auteur de qualité », et Leduc celui d’Elise. Pendant les répétitions, la jeune actrice improvisée avait commencé, si nous en croyons l’inspecteur de police Meusnier, à se montrer très aimable pour Laujon, mais elle l’était encore plus pour « un monsieur qui demeure rue Saint-Marc, quartier Montmartre », de Pont- Jourdain, écuj^er de main chez le Roi, qu’elle avisait « des jours d’absence de M. de Clermont ».

Barharin ou le fourbe puni fut repris le 6 octobre 1750 et en décembre 1751.

Le 24 août 1751, pour la fête du prince, dans le jardin illuminé à giorno et où on avait dressé un théâtre, la troupe de Berny représenta une parade de Collé, Gilles chirurgien anglais (1), et le 18 novembre un opéra-comique du même auteur, le Ros signal ou le Mariage secret.

« La dame de Tourvoie^(la Leduc), dit Collé à

(i) Donné pour la première fois en 1760 à la fête d’Etioles, chez le mari de la Pompadour.

propos de Gilles chirurgien anglais, coiffée et habillée à l’antique, avec un page qui lui portait la queue, suivie des habitants de sou village, du luagister, du bedeau, du bailli, présentait un iDouquet énorme au prince et amenait la fête ». Le bailli prononçait ensuite le compliment traditionnel et la représentation de la pièce clôturait ce divertissement.

La Staîne, comédie en un acte en prose, du chevalier de Laurès,futyouée les24 et 25 août 1753 (î).

L’année suivante. Collé donna, au théâtre de Berny, les Amants déguisés, opéra-comique parade, et les 24 et 25 août 1755,1a troupe joua une comédie de Marivaux qui avait été spécialement composée pour le comte de Clermont, La Femme fidèle.

Une des plus jolies pièces d’Anseaumeetde Duni, le Peintre amoureux de son modèle, représentée à la Foire Saint-Laurent le 25 août 1757,avaitobtenu un très brillant succès. Poinsinet en fit une parodie, Gilles garçon peintre (musique de La Borde) qui fut représentée la même année par la troupe du comte de Clermont.

Bien moins important que celui de Berny, le théâtre de la Roquette avait été inauguré le 19 novembre 1754 par une comédie de La Chaussée, la

(i) Le Chevalier de Laurès fit imprimer cette pièce en 1771 sous le titre de La Fausse Statue, avec une dédicace à M”® Gaussin qui avait eu le principal rôle.

Rancune officieuse, commandée spécialement à ce poète, dont ce fut la dernière œuvre —il mourut le 17 mars 1754, — et par une comédie-ballet en un acte, le Temps passé, première partie du Triomphe du Temps de Le Grand (1). La Provinciale de Marivaux fit ses débuts sur cette petite scène, pour laquelle elle avait été composée,'

Plusieurs pièces jouées chez le comte de Clermont ne sont connues que par [leur titre. Nous en donnons l’énumération par lettre alphabétique en ajoutant pour quelques-unes les renseignements qu’il nous a été possible de recueillir :

Le Consentement surpris.

La Gageure des trois commères, parade en un acte (les trois commères étaient Bressay, Dromgold et Laujon, les trois compères Gaussin, Leduc et Asvedo).

La Grotte des spectacles, grand ballet-spectacle avec gnomes, sylphides, salamandres, etc. Toute la troupe y paraissait.

Isabelle commissaire et bouffon italien, parade de

Laujon.

Isabelle précepteur, parade de Collé (1753).

Léandre ambassadeur en Perse, parade de Laujon.

(i) Le Triomphe du Temps, représenté au Théalre-Français le i8 octobre 1725, formait trois petites pièces qui pouvaient se jouer séparément et avaient pour titres, le Temps passéf le Temps présent et le Temps futur.

La Moiicheiise de chandelles, parade.

A propos des répertoires de Berny et de la Roquette (et en général à propos des répertoires de la plupart des Théâtres de Société) il convient de rappeler une remarque que nous avons déjà faite et qui a bien son importance. Il était beaucoup plus léger qu’on aurait pu le croire, d’après les apparences. Les familiers du comte de Clermont et le comte de Clermont lui-même appréciaient fort les spectacles corsés. Quand une pièce était trop morale, on n’hésitait pas à l’agrémenter de gravelures. Laujon semble avoir eu la spécialité de ces arrangements, annonces, couplets, prologues, etc.

C’est lui sans doute qui composa cet « avertissement » débité dans la salle un peu avant la représentation de Tanzaï et Neadarné, de Collé (1).

L’Eau Céleste ou

LE Secret de la fée Moustache

« Messieurs et surtout Mesdames,

« Vous êtes avertis que le signor Porto-Vénéré, parfumeur et chimiste italien, a recouvré le secret

(i) Tragi-comédie en un acte, en vers alexandrins, tirée du roman de Crebillon fds qui porte le même titre.

de la fée Moustache, perdu depuis si longtemps, et que l’on retrouve dans son Eau Céleste, avec toutes les mêmes vertus et propriétés.

(( Par l’effet de cette eau, les hommes se trouvent toujours mal à leur aise de la façon la plus agréable. En Italie, tout ce qu’il y a de grand en femmes, a fait, avec succès, l’épreuve de ce spécifique.

« L’eau céleste, vendue à Paris, reviendra à 10 sequins la prise. Par ce prix qui doit, on l’avoue, paraître exorbitant, on juge bien que cette eau n’est faite que pour des femmes un peu aisées.

(( Il est de la plus grande conséquence de prévenir les dames qui s’en serviront, sur le danger qu’il y aurait à prendre plus d’une prise de cette eau par jour. Si l’on allait jusqu’à deux prises, dans la même journée, on se trouverait, au moins pendant un an, incapables de répondre aux avances les plus polies de son amant ; et si l’on avait malheureusement l’imprudence ou le délire d’aller jusqu’à trois ou quatre prises, il est indubitable que la femme qui en ferait la folie se trouverait le cœur fermé pour toujours aux impressions les plus agréables, qu’elle ne pourrait plus recevoir, même de l’amant le plus tendre, le plus touchant et qui aurait l’esprit le plus adroit et le plus insinuant.

« Le signor Porto-Venéré demeure toujours à Rome, place Nonne, à côté du Palais Pamphile, dans une petite porte étroite, à l’enseigne du Petit Cœur. »

Chargé du rôle de Zirzabelle dans Gilles garçon peintre, Laujon ajouta à la pièce de Poinsinet des couplets très libres dont on jugera par celui-ci :

Quand z’un galant vient galamment Nous dir’ queut’ chos’ de ben charmant Et qu’on s’amus’ de son queut’ chose,

Y’ z’est d’un’ fille à sentiment D’hen cacher l’plaisir qu’çà lui cause.

Plus l’on en sent.

Plus l’on en prend.

Moins faut l’montrer à son amant.

Lorsque les troupes’de Berny et de Bagnolet décidèrent, en 1754, de se réunir pour jouer ensemble une parade chez le comte de Clermont et choisirent Léandre ambassadeur en Perse (qui devait être précédé par Isabelle commissaire et bouffon italien) un accident se produisit. Le roulier qui transportait les décors de Bagnolet à Berny versa dans une ornière. On demanda à Laujon de faire une annonce — amusante — sur l’accident et il composa cette « ronde grivoise » qui ouvrit le spectacle.

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