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LE THÉÂTRE CHEZ LES COMÉDIENS

Les « bouquets » de Dangeville. — Les divertissements de Préville, — Dumesnil et Grandval.

Un grand nombre d’acteurs et d’actrices, au XVIII® siècle, donnèrent chez eux des représentations privées mais sans avoir, à proprement parler, des théâtres.

Chaque année, dans la maison delà rue de Vaugirard (1) où Marie-Anne Botot, dite Dangeville, avait pris sa retraite en 1763, les amis de l’ancienne soubrette de la Comédie- Française lui offraient le

(i) En 1792, M'*® Dangeville était co-propriétaire de cette maison. Les autres propriétaires étaient les héritiers de U feu Reynauld-César-Louis de Choiseul Praslin, maréchal de camp, chevalier de Saint-Louis, ambassadeur de France auprès de leurs Majestés Siciliennes ». Ils rachetèrent les droits de l’ancienne actrice moyennant une rente viagère de 2.000 livres. V. le Dictionnaire de Jal, au mot Dangeville.

jour de sa fête un « divertissement », un « bouquet », une petite pièce de circonstance, composée par Saint-Foix, Dorât ou Rochon de Chabanes, et dans laquelle, chaque année, à la même époque, on célébrait ses louanges, sans que jamais, puisqu’elle était femme, puisqu’elle était actrice, elle en éprouvât la moindre satiété.

En 1768, après un dîner où se donnèrent rendezvous ses anciens amis, dont la plupart étaient ses anciens amants, on lui éleva dans son jardin une statue, une statue intime, enguirlandée de fleurs, célébrée en prose et en vers. Les convives jouèrent la comédie, chantèrent des couplets, puis les bosquets, comme à la fin d’une apothéose, s’illuminèrent, et on introduisit « le peuple ». M“® Dangeville, restée très jeune sous ses cheveux gris, ne vit pas, ce que cette fête pouvait présenter d’aimablement ridicule et elle la trouva charmante (1).

Chez les Favart, à Belleville et plus tard rue Mauconseil, dans un milieu très gai que fréquentaient assidûment l’abbé de Voisenon, Crébillon le tragique, Dancourt, Lourdet de Santerre, Goldoni, Laujon, on jouait parfois la comédie, mais Favart était un bon bourgeois qui n’aurait pas supporté qu’on représentât dans sa maison des pièces trop lestes.

(i) Les, Mémoires secrets ont longuement raconté cette fête.

Fréville n’avait pas les mêmes scrupules et pour cette raison il doit nous arrêter un peu plus longtemps.

Né le 17 septembre 1721, rue des Mauvais -Garçons, faubourg Saint-Germain, derrière le Théâtre- Français, le grand acteur était le fils de Pierre Dubus, intendant de l’abbesse de Bourbon. Ce Pierre Dubus eut cinq enfants qui tous, repoussés par l’avarice de leur père, quittèrent la maison familiale pour chercher fortune (1).

Le futur Préville servit d’abord de gâcheur de mortier à un maçon, puis, sa destinée prenant une face nouvelle, il fut clerc chez un notaire.

Le théâtre l’attirait. Il s’engagea dans une troupe de comédiens errants et se fit bientôt une assez bonne réputation en province. Il venait de Lyon, où on l’appréciait beaucoup, lorsqu’il débuta, le 20 septembre 1753, à la Comédie-Française, dans les rôles de Grispin du Légataire Universel et de Saint- Germain de la Famille Extravagante (comédie en un acte, en vers, par Le Grand). Il avait épousé, le 31 octobre 1750, Marie- Angélique-Michelle Drouin, qui débuta la même année que lui et au même théâtre, le 28 décembre.

(i) Trois entrèrent au théâtre : Dxihus-Préville à la Comédie-Fronçaise, Duhus- Chanville ou SoU, le second, à la Comédie Italienne^ où il débuta le 29 mai 1749- Dubus- Hyacinihe, à VOpéra, dont il devint un des premiers dan¬

seurs.

La YÎe théâtrale de Préville est assez connue pour que nous nous dispensions de la raconter une Ibis de plus. Rappelons seulement qu’il prit sa re^ traite le avril 1786, qu’il reparut sur la scène à trois reprises, le 26 novembre 1791, dans la Partie de chasse d’Henri 7P(rôle de Micliau), le 3 fructidor an II, dans le Bourru bienfaisant, le 23 pluviôse an III, dans le Mercure galant, et qu’il mourut fou en 1799 (1).

On trouve dans le Journal de Collé (2) des détails intéressants sur une représentation qui eut lieu chez Préville :

(( Le 8 septembre, dit Collé, je fus l’après-midi à Fontenay-sous-Bois, à la maison de campagne de Préville, y voir jouer ma comédie des Accidents ou des Abbés, précédée du prologue de la Lecture (3).

(( Il est presque inutile de dire que ces pièces furent rendues par les comédiens dans la plus

(1) Un détail k noter dans la biographie de Préville, c’est sa manie de changer de logement. Il naquit rue des Mauvais-Garçons; en 1755, il habitait rue des Fossés- Saint-Germain ; en 1760, rue Guénégaud ; en i 765, place Saint-Michel (et sa femme rue d’IIautefeuille) ; en 1771, au petit Carrousel, vis-à-vis la rue de l’Echelle ; en 1774, rue du Faubourg Saint-Martin; en 1786, à Senlis. Enfin, en 1795, il vint s’installer à Beauvais chez sa fille, M”® Guesdon, et y mourut en 1799.

(2) T. III, p. 224.

(3) La Lecture, prologue en prose, composé en 1754.

i';rande perfection. Il suffît de nommer les acteurs.

« Dans la Lecture, Fréville faisait le rôle de la Présidente, M*"® Lekain y joua très bien le sien, Dallainval l’auteur, Fréville le Président, Feuilly le (Commandeur, M. Cormoran l’abbé.

« Dans les Accidents, Préville l’abbé de Corqueley, Préville la comtesse, M”*" Bellecourt la marquise, Dallainval Saint-Jean, Feuilly mylord Tapp et M. Coquelej^ l’abbé Doux-doux.

« M. Coqueley de Cliaussepierre, avocat au parlement (1) et conseil de la comédie en cette qualité est lui-même un des meilleurs comédiens que j’aie jamais connus. Il a un masque excellent, une intelligence supérieure, un comique et un naturel que je n’ai vus qu’à lui. Je ne crains pas de dire qu’il est au-dessus et fort au-dessus de Préville. Ce malheureux talent et un amour forcené du plaisir le font vivre à pot et à rôt avec les comédiens et les comédiennes. M. Coqueley est d’une très ancienne maison bourgeoise ; il a près de soixante ans et rien ne peut l’excuser de l’avilis-

(i) (( Claude-Geneviève Coqueley de Chaussepierre, reçu le ii juin 1786, demeurant au vieux Louvre, arcade delà rue Froidmanteau ». Tableaux des avocats au Parlement, Paris, 1781, p. 5. Il a publié quelques ouvrages de droit, un poème en quatre chants, le Roué vertueux (1770) et plusieurs parades, parmi lesquelles, en 1775, Cassandre ou les effets de Uainour et du vert de gris.

sement dans lequel ce commerce flétrissant l’a jeté ; mais les mœurs ne font rien à son talent dont j’al déjà profité plus d’une fois. Je lui ai vu jouer à ravir le rôle du Président dans La Vérité dans le Vin et de Gasparini dans le Galant Escroc ».

Cet avocat féru de théâtre était en effet un assez triste sire, si on en juge par ce passage des Mémoires de Clairon à propos d’un livre que l’actrice avait commandé à Huerne de la Mothe contre l’excommunication des comédiens (1) :

(( Coqueley de Chaussepierre, ami particulier de la maison Préville, allant dîner et souper chez tous les comédiens et, de plus, choisi pour être un des membres de leur Conseil (car tout excommuniés qu’ils sont, ils ont un conseil comme les potentats), ce Coqueley de Chaussepierre, homme assez bas pour être le censeur de Fréron, assez bas pour aller, à la suite de quelques comédiens, jouer dans les maisons où on les appelait ces petites gravelures qu’on n’ose entendre qu’en secret, assez malhonnête homme pour vouloir aggraver l’avilissement de ceux dont il était le conseil ; assez barbare pour ôter l’état et les moyens de vivre à son confrère, fit dénoncer le livre et l’auteur ».

( i) Mémoires à consulter sur la question de V excommunication que l’on prétend encourue par le seul Jait d’acteurs de la Comédie-Française J par M. IIüerne de Lamothe, 1761.

Marie-Françoise Marchand, dite Dumesnil, était née à Paris en 1713. Après avoir joué pendant plusieurs années en province et en dernier lieu à Strasbourg et à Compiègne, elle débuta à la Cornédie- Française, le 6 août 1737, dans le rôle de Gl^demnestre d’Ipbigénie. Elle eut tant de succès, quoique inconnue la veille, que Boissy se crut obligé de luire son éloge dans sa comédie ü Apologie du Siècle où Moiniis corrigé, reprise au Théâtre Italien le 18 septembre 1737 (1) et augmentée de quelques scènes d’actualité. Il exprimait aussi son opinion et celle du public sur la jeune débutante :

« Dans son brillant essai qu’applaudit tout Paris,

Le suprême talent se développe en elle,

Et prenant son essor dont les yeux sont surpris Elle ne suit personne et promet un modèle » .

]\pie Dumesnil fut reçue le 8 octobre 1737. Ac-

trice très supérieure mais très inégale, elle n’avait ni la souplesse des gestes ni la noblesse des attitudes, mais le pathétique était sa qualité principale. Diverses anecdotes bien authentiques montrent jusqu’à quel degré elle le poussait. Un jour, le parterre tout entier recula devant la puissance effrayante de son regard et laissa entre l’orchestre et les premiers rangs un espace vide. Un autre jour,

(i) Elle avait été jouée pour la première fois au Théâtre Italien, le i®*" avril 1734.

elle jouait le rôle de Cléopâtre dans Rodogiine — un vieil officier, assis dans les coulisses, fut tellement empoigne et exaspéré par son imprécation du cinquième acte, qu’il se leva, et lui donna un coup de poing dans le dos en s’écriant: « Va-t’en, chienne, à tous les diables. » Aucun applaudissement ne lui fit autant de plaisir que ce coup de poing dans le dos.

Un de ses meilleurs rôles fut celui de Mérope (1). « Ce n’est pas moi, écrivait Voltaire, qui ai fait la pièce, c’est Dumesnil. » Comme on donne des bonbons ou un gâteau à un enfant qui a été bien sage, les auteurs dramatiques ont l’babitude, aujourd’hui surtout, d’accorder aux actrices qui ont joué dans leurs pièces des louanges démesurées qu’elles trouvent à peine suffisantes, mais, en cette occasion, l’éloge avait sa raison d’être : il fut ratifié par tous les connaisseurs.

La gloire, au théâtre particulièrement où les jalousies font bonne garde, s’expie. On reprochait à la grande comédienne d’aimer le vin et d’en boire plus qu’il n’était nécessaire pour se désaltérer. On prétendait que, plus d’une fois, elle monta sur la scène dans un état d’ivresse trop facile à constater. Fleury et Talma ont protesté contre ces accusations mensongères inspirées par l’habitude qu’avait

(i) Représentée pour la première fois au Théâtre Français, le 20 février 1743.

l’actrice de prendre, chaque soir, dans les coulisses, du bouillon de poulet avec un peu de vin.

Calomnies à part, la carrière dramatique de ;\pie Dumesnil fut tranquille et heureuse. En 1762, le Roi lui accorda une pension particulière à prendre sur le fond des Menus-Plaisirs. Moins hautaine et moins capricieuse que la plupart des princesses de théâtre, elle vécut en assez bons termes avec les autres affiliés du Tripot comique. La lettre qu’on va lire et qui est adressée « au secrétaire du comité des comédiens du Roi » permet, ce nous semble, d’entrevoir la cordialité et la bonhomie de son caractère.

« Monsieur et cher camarade

<( Je me faisais fête d’aller aujourd’hui à l’assemblée y rendre grâce à mes camarades de l’intérêt qu’ils ont bien voulu prendre au bienfait dont on m’a honorée, mais, comme on dit très bien, l’homme propose. Dieu dispose, j’ai gagné (car c’est mon moment pour gagner) un mal de gorge affreux qui m’a alarmée, et qui n’était que l’avantcoureur d’un rhume. — Hô quel rhume ! je ne dors ni ne mange ; j’ai la teste rompue et une voix... ah I dame, c’est ce qui s’appelle une voix ! Quand je puis m’en servir un instant, mes chiens en ont peur. Jugez l’effet qu’elle ferait à l’assemblée ! Il faut donc remettre à quelques jours le plaisir de

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lu’y présenter. J’ay eu très peu de lièvre jusqu’ici ; on la prévient par des soins ; je suis déterminée à me faire saigner si je passe encore une nuit comme les précédentes, et je me flatte pouvoir promptement me mettre en état de vous offrir tout ce qui <lépendra de mon zèle et très sincère attachement avec lequel je suis, monsieur et cher camarade, votre très humble et très obéissante servante,

(( Dumesnil.

<( J’ai la voix d’un dogue irrité, maisje ne mords pas ; aussi ceux de mes camarade qui voudront me faire l’amitié d’accepter ma soupe, sont bien sûrs qu’ils me feront grand plaisir ; je ne les abreuverai pas comme moi.»

Ce lundi, 5 novembre 1773 (i).

En 1776, M'*® Dumesnil quitta le théâtre avec 2.500 livres de pension (2). Elle avait 63 ans. On donna le 28 février 1777, à la Comédie- Française, une représentation (Tancrède) k son bénéfice. Sans

(1) Jal, Dictionnaire critique, au mot Dumesnil.

(2) « I®" mai. La demoiselle Dumesnil se retire enfin du Theatre-Français après 89 ans de service. On ne connaît point d’acteur ni d’actrice qui ait resté aussi longtemps sur la scène, et se soit conservé des partisans et des admirateurs ainsi, presque dans la décrépitude du talent, car on no peut disconvenir que celui de cette JMelpomène n’eût étrangement baissé. C’est la Demoiselle Sainval qui

prend ses rôles ?). Mémoires secrets, t. IX, p. i45.

être riche, elle se retirait avec une situation de fortune qui lui permettait de n’avoir besoin de personne et de jouir, sans souci du lendemain, d’un repos bien gagné.

Depuis une trentaine d’années, Dumesnil vivait avec Grandval. Dans un quartier qui était presque la banlieue et où abondaient les guinguettes, les vide-bouteilles, les bâtisses légères, entourées de jardins, cachées dans la verdure, elle avait acheté, rue Blanche, pour 1.500 livres, à M. de la Roncière, fils de la Fillon, une maison petite, très simple mais assez commode (1). A côté, Grandval possédait deux villas minuscules contiguës que lui avaient vendues leurs propriétaires, M. Molière et M. Dourlan, et qu’il avait réunies pour n’en faire qu’une seule. Un jardin séparait l’acteur de sa vieille amie.

Ce ménage, quoique irrégulier, quoique formé par l’amour, coulait-il des jours paisibles? On a prétendu le contraire. Un rapport de Marais assure qu’ils avaient l’im et l’autre la manie de boire et que de temps en temps ils se battaient. Marais doit exagérer. Il corsait volontiers ses rapports pour les rendre plus intéressants.

Nous pouvons supposer que Grandval et M^'^Du-

(i) M”® Dumesnil avait une autre maison, rue Royale^ près de la Barrière Blanche, qu’elle loua à M"® Colombe, de la Comédie Italienne.

mesnil qui vécurent 45 ans ensemble, ce qui est un assez bel exemple de fidélité extra -conjugale, avaient l’un pour l’autre une réelle affection, difficilement conciliable avec les grossières habitudes que leur prête l’inspecteur de police.

Les visiteurs, des acteurs surtout, affluaient dans la maison de la rue Blanche, accueillante et cordiale. Les deux maîtres du logis y avaient fait construire un théâtre, où on ne jouait guère que du Grandval, père et fils, et qui semble avoir eu sa plus belle époque en 1749.

Ce fut en effet en 1749 que parurent sur ce théâtre (représentés par Grandval, Dumesnil et quelques-uns de leurs amis) Agathe ou la chaste Princesse, d^ Grandval père, UEiinuqiie ou la Fidèle Infidélité, de Grandval fils et probablement aussi Les Deux Biscuits du même auteur. Des analyses et des extraits de ces deux dernières pièces démontreront, croyons-nous, de la manière la plus évidente, que les divertissements dramatiques, auxquels se complaisait cette joyeuse bande, n’étaient pas destinés à des jeunes filles et n’avaient rien de commun avec ce qu’on désignera plus tard sous le nom de Théâtre Blanc.

L’Eunuque ou la Fidèle Infidélité

Le Docteur « père ou cru père d’Isabelle » revient de voyage avec un prétendu eunuque dont il fait présent à sa fille, fiancée à Léandre, neveu de Cassandre. Or, Léandre a disparu depuis trois ans et Cassandre prétend épouser Isabelle. Celle-ci, encouragée par sa suivante Colombine qui, comme presque toutes les suivantes de l’ancien répertoire ne vaut pas cher, a eu trois enfants de trois pères différents.

L’Eunuque n’est autre que Léandre « déguisé en esclave turc, ayant une fausse barbe ». Il annonce l’arrivée procbaine de Léandre à Isabelle, déjà très éprise de lui, car c’est une fille qui prend feu facilement et qui apprécie beaucoup les nouveaux visages. Bientôt, l’eunuque s’étant retiré, apparaît Léandre. Il feint une terrible colère, et finit par déclarer que pendant les trois années qui viennent de s’écouler il n’a pas quitté Paris et que c’est lui qui, sous trois divertissements différents a engrossé Isabelle. Celle-ci, par conséquent, n’a commis que de fidèles infidélités, et tout se termine ainsi le mieux du monde.

La scène la plus amusante est celle de l’arrivée du Docteur.

Le Docteur

Et toi, ma fille, ne t’es-tu point ennuyée pendant mon séjour d’absence?

Isabelle

Non, mon père, et j’ai appris un peu de géographie : je sais ce que c’est qu’une embouchure...

Colombine

(Air de vaudeville)

Tandis qu’un docteur en voyage.

Bravant et corsaire et naufrage,

A mille périls s’exposait,

Sans aller sur Tonde,

Sa fille touchait

Au bout... au bout... au bout du monde.

Le Docteur

As-tu bien eu soin de faire faire les réparations nécessaires à notre maison ?

(Air de menuei)

Lorsque Ton a pignon sur rue Une maison veut bien des soins.

Colombine

Bon, bon, vous verrez qu’elle est crue.

En trois ans de six pieds au moins

Le Docteur

Comment ! Tu as bâti ?

Isabelle

Oui, mon père, sur le devant. On y était trop à l’étroit, mais à présent qu’il est changé, tout le monde y pourra loger à son aise.

Le Docteur As-tu bien pris garde au feu ?

Isabelle

Ah I mon père, je le crains comme un ange : trois hommes, que j’avais pris à mon service pour cela, y ont renoncé à cause de la fatigue.

(Air de vaudeville)

Le soir et la matinée,

Vous m’eussiez vue acharnée,

A chanter à ces gens-là :

Ramonez-ci, ramonez-là La, la

La cheminée du haut en bas...

Le Docteur

Mais, qu’as-tu fait de plus encore, car je veux tout savoir.

Isabelle

{Air de vaudeville)

Trois gros garçons, mon père, ici sont nés.

Ce fut là mon plus fréquent exercice :

J’ai fait sevrer déjà les deux aînés,

Le plus petit tête encor sa nourrice.

Le Docteur

Fort bien, ma fille, fort bien. Est-il beau de rester toujours les jambes croisées?...

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