SCÈNE ÎI (arrive Nigaudet
Nigaiidet
Eh ! là, là. Mademoiselle Suzon, ne courez donc pas si fort. Il me serait avis que je serais quéque vermine, tant vous fuyez dès que j’approche.
Suzon
Caressez donc ce petit mignon I II a l’air à ça, oui. Mais, dis-moi donc, modèle à pantins ; si tu
crois jamais venir à bout d’ensorceler queute créature, j’t’avertis en conscience que t’es pour moi ni pus ni moins qu’un ragoût qui fait lever le cœur.
Nigaiidet
Ah ! Je savons ben qu’en penser; et ne v’ia pas moins les bijoux que nous vous barons (sic) ce soir à nos accordailles, dà.
Siizon, prenant la boîte
Voyons;.... Recule six pas, sinon je te campe une gifle,
Nigaudet
Ab ! Ah ! Ah ! Ah ! toujou’ gaye ; ça ne peut pas se retenir de lâcher quéques douceurs. Eh ! ben, quoique d’hasard (d’occasion), ça me coûte, sans mentir, quatre-vingt-trois francs.
Siizon
Nigaudet, je trouvons tout ça à mon goût.
Nigaudet
Oui?
Siizon
Oui, et je t’avoue que si je savais un fondeux assez retors pour faire un lingot d’un malsoin, j’t’y porterais tout brandy pour qui fassit de toi queute chose de propre alin de t’aimer une goutte.
Nigaudet
Eh ! Tenez, vous serez le fondeux, et dans votre moule, je deviendrai bijou (riant très fort.) Ah 1 Ah ! Ah ! Ah !
Suzon
L’esprit l’y vient. Remets-toi donc. Tu tombes en délice.
Nigaiidet
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! j’crève.
Suzon, mettant la boîte dans sa poche Oh ! t’ es trop long, je bats aux champs.
Nigaiidet, courant après
Doucement... Doucement... Comme vous empochez !... Ça ne se donne qu’en sinant. Oh ! donnant, donnant.
Siizon
Ha ! Ha ! prends donc garde, tu t’épanouis comme un goupillon.
Nigaudet
Rendez-moi ma boîte, là, vous ne sortirez pas que je ne l’aye, non.
Suzon, fuyant
Tu me crois donc eune laronesse?
Nigaudet, la fouillant
Au guet ! Au guet !...
Mme Engueule, attirée par le bruit, intervient, et rassure Nigaudet rentré en possession de sa précieuse boîte. Rientôt après arrive la famille pour assister à la lecture du contrat. Lavigueur se présente ramenant Cadet qu’il a « repêché dans le ruisseau » et Engueule gronde son fils de passer son temps à se battre et à vagabonder dans la rue.
Cadet, effrontément
« Eh ! ben, quoi. Qu’est-ce que vous nous bavez, vous? Ne faut-y pas que je nous laissions saccager, voyons? Car v’ià comme c’est venu, tenez : j’étions dévalé à ce chou...i-là (sic)... sous les pilliers (sic) où je tapions simplement d’un septier de six ^^ards à l’avenant du contoi. Oh ! Tape-à-l’œil était là itou qu’entarait le dernier coup de la cbopeine, et parce qu’il a de la rancune en devars nous, au visà-vis de ce que je Tons triché, eune miette à ce matin à la brique, y s’maginait que j’allions fouiner raide ; mais, un chien, qui recule, avet nous ; si ben doui que ça l’y fichait malheur. Oh ! le v’ià qui file du long, et pis qui m’accueille d’un revars dans l’seuils en façon de salut. Parle donc, hay farau, de la goaille, j’I’y dis ; non, c’est de bon, m’fit-y ; y sort, moi de d’même ; zon, j’vous l’y détache deux emplans sus les visières, j^’me repart queuques coups de souyersen venant à faccolage. Olîî un moment, m’ fis -je. Cadet, pas [d’abattage ici. Sans parde de temps, j’recule six pas pour prende du champ ; et pis, zin, zon (tou ou de volée) je l’y sarvons par ci par là qu’eutes suçons sus la gueulle ; y tombe à gauche, et là j’voiis le travaillerions encore d’un fier goût si Lavigueur n’était venu m’arracher de dessus sa voirie. ;;
Puis tirant une cocarde de sa poche il apprend à sa mère qu’il vient de s’engager.
Madame Engueule, pâmée
Ah ! j’sommes une mère aux abois.
Lavigiieur
Tenez, j’agis royalement. Si vous v’iez, je prends Suzon pour notre épouse, le sargent de Cadet est de mes cotteries, drès ce soir je vous mettons son congé en main.
Suzon
Ah ! v’ià qu’est parler ça.
Madame Engueule, vivement
Suzon pour ton épouse ! Tu viens donc encore flogner son aloyau? Tu seras des accords, si tu veux. Regarde si ça te convient, sinon détale.
Cependant le notaire, M. le Prude, fait son entrée. Il ne manque que la mère de Nigaudet, Mme Ladouce, mais elle arrive à son tour.