‹ Les théâtres parisiensChapitre 10 sur 35 · PRÉFACE. XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXI

de la mode ont pu, par places, éteindre ou leinir. Ea dépit des éclats de sa mélancolie byronienoe ei satanique et de ses allures fatales, à la façon de 1830, le personnage d'Antony, conçu dans un moment d'émotion sincèi'e, est encore debout : ramant d'Adèle d'Hervey, même à, cette heure, nous attache, nous émeut, nous eiïrale, tout en se faisant plaindre, par Tardeur et le délire croissant de la passion, de la grande et terrible passion qui fait les Othello et les Oreste. Mais c'est surtout de celle qui en est l'objet et la victime que nous vient l'impression profonde. Elle a de quoi toucher les âmes les plus froides, celte Adèle d'Hervey, l'iionnéte et noble femme, qui voit et sent à plein son péril et tremble d'y succomber, qui, tant qu'elle peut, se protège elle-même, d'abord par la lutte héroïquement vertueuse, puis par la fuite, et que tout trahit et déjoue à mesure^ et dont tous les efforts pour éviter Tablme qui l'attire, nje servent qu'à l'y précipiter. Peu de rôles de femme sont empreints d'un pathétique aussi continu, aussi pénétrant. La pièce, où tout porte coup, nous entraine d*an mouvement irrésistible à cet étrange et farouche dénouement qu'un art savant de préparation a su rendra, comme nécessaire. Si ce drame, œuvre de jet terminée en quelques jours, et d'un style qui se ressent trop d'une production hâtive, n'est pas, tant s'en faut, un chef-d'œuvre,

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c'est à coup sûr ie remarquable essai d'un géaie né pour la scène; c'est, après tout, l'œuvre qui donnait les plus sérieuses promesses dans cette aurore du théâtre romantique naissant.

Il n'y avait pas moins de convenance et d équité à signaler aux pc^néralîons nouvelles les mérites do cet Henri III et sa cour qui, avant Hemam^ fut le grand événement littéraire de 1829. On peut sans doute ne pas goûter autant que l'a fait J .-J. Weiss le drame d'histoire qui, là, par une combinaison hardie, s'enchevêtre avec le drame de passion. Les scènes qui mettent sous nos yeux les complots des ligueurs, ceux des Guises, les intrigues souterraines de Catherine de Médicis, les élégances et les brutalités de la cour des Valois, ont-elles, en effet, l'expressive fidélité, la puissance d évocation qu'il leur prête? Elles ont paru à d'autres yeux que les siens, et à de bons yeux, plus industrieusement que fortement tracées, et assez froides en somme. Mais ces tableaux d histoîre. auxquels il attache, ce semble, plus de prix qu ou ne devait s'y attendre, occupent à peine un tiers de Taction totale. A partir du troisième acte, reprend et se développe cet émouvant drame de passion, duquel il n'a dit rien de trop. D'une donnée très simple, mais tragique, et que plus d'un affreux souvenir de ces temps vérifie, l'auteur a su tirer des effets répétés et croissants de (erreur et 4^

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pitié, auxquels les spectateurs d'hier n'ont pas plus

résisté que ceux d'il y a soixante ans. On ne saurait contester la beauté attendrissante et poignante à la fois de la scène qui fait à elle seule le dernier acte, de celle où l'intrépide et charmant héros, le chevaleresque adorateur de la duchesse de Guise, attiré dans un sinistre guetrapens par la main violentée de sa dame, reçoit, à l'heure du péril suprême, le premier aveu et le dernier d'un amour qu il va payer de son sang. On regrette toutefois que pour un drame de cette nature, pour de telles scènes, surtout pour ce duo final, où les divines ivresses de la passion s'échangent, en face de la mort, entre deux jeunes cœurs, l'auteur n*ait pas eu à sa disposition, au lieu d'une prose claire, animée, » mouvementée», rapide, sans forte empreinte, les magiques puissances de la langue des vers. Alexandre Dumas sentait lui-même tout ce que la faculté poétique, unie au génie de l'invention, eût ajouté à son ceuvre de force et d'éclat. Ce regret lui échappait, avec peu de modestie d'ailleurs, dans un mot spirituel qu'on a retenu : « Ah ! disait-il, si je faisais les vers comme Victor I où si Victor faisait le drame comme moi! »

Sit du moins, par un sérieux et de plus en plus savant usage du don précieux qu'il possédait, eu çardaat au cc&ur 1^ uol)|e aml>itio^ de sçs

XIXIV PRÉFACE.

débuts, il eût travaillé de son mieux à marquer sa

place dans le théâtre nouveau ijuc 1 école romantique » superbe co ses promesses» se flattait de créer !... Mais on sait comme bientôt l enivreaient du succès, une fièvre impatiente de produire et d'occuper les cent voix de la renommée, une fécondité d'invention débordante emportèrent l'heureux nouveau venu hors de !a haute voie à peine tentée, et firent du rénovateur de la scène entrevu, un moment espéré, le prestigieux, l'étonnant, Tamusant dramaturge que l'on a vu à l'œuvre pendant tant d'années. Après /fewW///, après Antony yOn eut /a Tour deNeslel — et vingt autres pièces qui, sous leurs vernis romantique, ressuscitaient, en le rajeunissant plus ou moins, le bon vieux mélodrame» ou découpaient en scènes d'un mouvement vertigineux le roman d aventures, le roman mi-partie de fiction et d'histoire, dit décape et d'épée (fjei Mousquetaires^ la jeunme des Mousquetaires^ la Heitw Margot^ etc.

LU même, notre critique, à l'occasion, ne laissait pas de relever la fertilité d'imagination , la clarté d'agencement, le crescendo d mtérét, « le brio scénique qui révèlent par des signes éclatants, « l'homme de théâtre ». Un jour, ayant à parler d'une reprise de cette fameuse Tour de Nesle^ il se divertissait à mettre en relier l'art avec lequel sont déduits d'acte en acte les exploits du capitaine

PaÉFACE. XXXV

Buridaa, et laissait échapper le mot de chef-

(l'œuvre. Le mot, en un sens, n'avait rien d'excessif. La pièce est bien un des types achevés» un des chefs-d'œuvre du genre. On s'est ému et même un peu scandalisé de voir ce lettré de marque, ce fin coaijaisseur, ce critique redouté, en admiration devant la Tour de Nesle! C'était faute de se placer au même t L jusle point de vue, faute aussi de faire la part de l'outrance enjouée, du mélange de sincérité et d if unie qui règne d'un bout à l'autre de ce feuilleton, un des plus amusants qu'il ait écrits ^ Après avoir fait le compte de toutes les horreurs accumulées dans la pièce, de tous les crimes qui s'y commettent sans efTraycr trop, pourUiut, ni fatiguer le spectateur, il ajoutait de son ton le plus leste :

Le drame est mené si haut la main, et avec une telle vigueur, qu'on ne songe pas à s'horrifier Ue tant de forfaits, au delà de ce qu'il faut pour ressentir Tagréahlc émotion d'une terreur dramatique à dose tempérée. Là encore ciL la marque de Dumas ! Uoe bonhomie littéraire pantagruélique, qui ose tout aisément et victorieusement 1 Une gageure de scélératesse! Une ga&- Gonnade patriarcale de crimes! Du pur Dumas» je vous assure !

Et le style I Car dans La Tour de Neslcs il y a un slyle tout en gestes, en poses, en effets de buste et de

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