‹ Les théâtres parisiensChapitre 11 sur 35 · Revue bleue du 10 février · texte numérisé non relu

Revue bleue du 10 février

PRÉFACE

rapière, eD oaups de dague rapides, en «mgloU ciselés et

savamment alternés comme les coticetti du chevalier Mariai, eu apostrophes brusques et néanmoins subtile* ment tournées comme un marivaudage de place publique et de taverne. C'est un style trouvé, et que je n^ésite pas à juger admirable, si je me place som l'optkiue du genre. Tout en parai! flétri aujourd hui, parce que tout en a été trop répété, parce que le succès en a été, de 1832 h 1848, trop continu, trop populaire, trop universel... Les acteui*îi d à présent prononcent sans loi, et les spectateurs ne peuvent plus entendre sans sourire les phrases fameuses : « La belle nuit pour une orgie à la Toni !... — Avez-vous remarqué ces voix si douces et CCS regards si laux? Ohl ce <nnl de grandes dames, de très grandes dames..» — Oh 1 Marguerite, à q^ui faut-il des nuits bien sombres au dehors, bien éclairées au dedans?.., etc., etc. — Supposez que vous entendiez tout cela pour la première fois : ce st^le est au plus haut point lapidaire et thé&tral !

C'élait si Ton veut, forcer la note, mais en homme d*esprit, et de façon, ce nous semble, à ne pas discrétiiler l'iiomme de goût.

Parfois même, il ne s'est pas fait scrupule d'encourager ou de provoquer cerLaius retours vers d'autres dramaturges en renom, tels que les Frédéric boulié, les Auguste Maquet, les Uennery, ces gloires du boulevard, qu'il avait vues au temps de Louis-i% lippe ou sous i Empire, dans tout leur éclat, n ne croyait pas déroger, en protégeant contre

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le dédain des jeunes cnliqucs ses confrères, un geinc de spectacle longtemps en honneur sur les théâtres pojiulaircs, et qui lui sembkul expressément y coavenir. 1^ mélodrame, avec ses fortes péripéties, ses terreurs cl ses atlcndrisseuieuls, ses noires inUi^ues généralement dénouées par la confusion du crime et le triomphe de la vcrlu ; le mélodrame palpitant d'iàtérèt et moral à sa manière, lui paraissait précieux à conserver pour le divertissement des l'oules. Au même point de vue, et dans le même esprit, ii demandait justice ou ^râcc pour le drame de cape et d'épée, le drame à panache, dont il avait en gré les héros, ces merveilleux batailleurs, ces chevaleresques aventuriers, ces hardis compagnons à surprenantes fortunes, taillés sur le patron des d'Artagnan, des Bussy, des d'Uarmental; il voyait, non sans raison, dans le spectacle des prouesses et des adresses de ces étonnants et sympathiques personnages, comme une école de bravoure, de joyeux sang-froid et d'esprit déin'owiliard pour le bon populaire qui les acclame.

Au surplus, ses regrets et ses spirituelles revendications en ce sens s'alimentaient tout naturellement de son instinctive et profonde aversion pour

les tristes nouveautés qu'il voyait s'introduire sur les mêmes scènes. C'était l'heure où le réalisme,

qu'il avait jadis ilétri de ses plus éloquents ana-

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thèmes au plus fort du succès de Madame Bovary,

— et encore le réalisme de la plus fâcheuse espèce, le plus cru, le plus résolument exclusif de tout idéal, le plus curieux de plaies ou repoussantes peintures,

— pénétrait au théâtre sous ses yeux, s'étalait dans l'horrible drame de Ihérése Jkujuni, dans les écœurants tableaux de l'Assommoif\ de iVana, de Pot- Boiulle, Ces clioscs-là l'excitaient d autant à nous vanter le pathétique de la Bouquetière des Innocents, et même les émouvantes complications du Sonneur de Saint-Paul : son intransigeance hautaine à Tégard de Zola et de son école le mettait d aulanl plus en humeur de rompre quelques lances eu faveur d'Anicet Bourgeois et de Bouchardy.

Ëst>ii aussi facile de s'explicfuer ses jugements sur d'autres œuvres, d autres noms, de date plus récente, et qui sont, à des degrés divers, Thonneur du théâtre contemporain ?

A l'heure où il prit en main la chronique des Dcbal6 (l88o}, une éclatante tiiuité de talents régnait sur la scène, sur la scène de Molière et de Beaumarchais : Éniile Augier, arrivé au terme de ba cai'rière. et déjà presque classique de son vivant ; Dumas lils, toujouis à l'œuvre, cl en pleine gloire; Sardou, plus que jamais populaire. C'était une heureuse fortune pour le critique d'avoir à se prononcer sur ces maîtres nouveaux de la comédie de mœurs et

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de la comédie-drame. Comment eu a-l il piolilé? On a dit» on a répété que, juge très équitable et grand adiairateur de l'auteur des Effrontés et de rAveri" tutière S il s'était montré bien avare de suffrages et même prodigue de sévérités envers les deux autres.

Il est vrai qu'un jour, un des jours de sa jeunesse, bien des années — vijigl-six ans tout comptés — avant d'entrer aux Débats^ il avait signé dans un des périodiques du temps *, une étude sur les premiètes comédies du second Dumas (en particulier sur le

1. Encore a-t-on trouvé mainnis que tout en te nant compte et grand compte des parties du tlié/ilre d'Au^^ier, qui s'rl( vent jusqu'à la comédie sociale {les Effr.mlés, le Fila de Giboyer^ les tourchambaiilt) , il ait témoigné une estime particulière et plus complète pour les meilleures des pièces précédcnles, écrites en vers, de celles qui tiennent surtout de la comédie moyenne (Gabrielle, PhiliberlCt l'Aventurière). Celte préférence peat être discutée, mais pourquoi s'en formaliser? Dans un genre de comique plus doux, moins âpre, moins osé, mais pénétrant, et avec le charme de poésie qui s'ajoute à la vérité et à Teflét moral des peintures, ces dernières pièces se placent assox haut pour qu'il n'y ait point caprice ou eri^eor de goût à les distinguer a¥ec prédilection et k s'y complaire. — J.-J. Weiss admirait en connaisseur chez ce maître le naturel, la franchise, le relief du vers de comédie, jusqu'à le proclamer héritier direct, sous ce rapport, de Regnard et de Piron, et ne l'avait pas va sans regret renoncer de lui-même, pour toute la seconde partie de sa carrière, aux avantages de ce don sL rare. VAvenHsHère^ que plus d*uQ bon juge regarde comme la perle de ce théâtre, apparUent sans conteste, pour le fond et pour la forme, à la première manière de Tautetir.

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