L'inconoue dont s'est épris le fils de madame Aubray
PRÉFACE
mot pour fonder son bonheur et celui d*André. Elle s'est
laissé s(^duire par Fornand ; niiiis deux personnes seulemeat le savent, qui ne parieront pas, ne peuvent pas parler,*. £Ue a eu un enfant de Fernand ; mais cet enfant est mort : la faute est ensevelie avec lai dans un ciiaelière de village. Un mensonge ou seuiemoût le silence, sauverait tout. Denise ne mentira pas, ne se taira pas, môme au prix de son bonheur, même au prix du bonheur de celui qu'elle aime. C'est ici l'héroïsme, un héroïsme vrai, que la vie engendre, — et c'est ce qui la fait belle, — aussi naturellement qu'elle engendre la vilenie et la platitude. C'est ici la vérité du beau, d'un beau que la nature humaine est capable de donner. L'effet de l'aveu est irrésistible; il n'atteint pas à la sublimité, p^ree que depuis le commencement du drame nous nageons dans trop de choses médiocres * ; il excite les larmes qui font du bien. Dans cette scène si bien amenée et si bien conduite (sauf un ou deux traits qui ne concordent pas et même qui grincent), on doit particulièrement admirer le récit de la mort de l'eiilauL clicz la nourrice de Colombes. Peu de mots, pas de déclamation ; le vrai tout nu ; la tristesse sinistre du fait en soi ; un don de premier ordre chez M. Dumas, de l'essence
1. Médiocres t moralement parlant. Jusqu'à cette admirable scène où Denise, lasse de mentir par son silence, se décide à tout dire, le spectacle qui nous est offert n*a rien, tant s'en faut, d*héroTque. André de Bardannes, si sympathique que l'auteur ait réussi* A le feire, a, lui aussi, dans son passé une erreur qui pèse lourdement sur sa conduite présente. C'est une attachante et pénible histoire que ceUe qui se déroule dans cette action où madame de Thausetet son fils Feriiand apportent Vunç 3a triste légèreté, l'autre son incqnçcience odjeuse.
PRÉFACE
de Dumas* La nourrice était une brave temme, robuste et soigneuse ; l'enfant n'a manqué de rien ; il est mort tout
de même au bout de six mois; il na luauqué que d'un père et d'une mère... Ceux qui n'étaient pas là aumcnt réchauffé le |»auvre petit et Tauraient fait vivre. Le meurtre de Tentant par abstention, voilà la fin fatale des séduclions et des dérangements de conduite et de tous les amours sans règle. M. Dumas, sobrement, dans son récit nous met la catastrophe sous les yeux. Quelle leçon ! Elle porte autrement que les brochures de M. Duûiâs en l'honneur des femmes qui luent ^ Ici se montre le Dumas digne du nom de moraliste et digne du nom de philosophe; c'est le Dumas moraliste adéquat au dramaturge.
Dire que Denise est un drame moderne et un drame dramatique, c'est dire d'avance avec quelle perfection il a été joué à la Comédie Française ^« »
Eatre autres hommages éclatants et réparateurs, tels que ceux dont nous parlions tout à Theure, celui-ci méritait sans doute d être cité tout au long. H. Dumas a pu mettre cette reconnaissance formelle de son double génie par un de ses plus vifs et plus distingués assaillants d'autrefois, au nombre de ses plus belles victoires
1 . Allusioa au st^et et même au titre de Vnn des opuscules de M. Dumas.