PRÉFACE. LXIX
la tradilion classique ou romantique au nom du vraif du red, tel qu'ils Iculeadent ; 1 iuilueace de son esprit, limitation et, par suite, l'exa^^t ration de sa manière sont visibles daus une bonne partie des nouveautés écloses sur le ttiéâtre de M. Antoine, ce fameux théâtre libre, dont la surprenante fortune s*est enfin usée, depuis peu, à force de peintures crues et a saignantes » de « tranches de vie » découpées dans l'ignoble ou même dans Thorrible, mais a duré assez longtemps pour laisser la matière d'un triste chapitre dans les annales dramatiques du siècle finissant.
Les derniers lundis de J.-J. Weiss aux Débats sont du mois d'octobre 1885. A celte date, entier d'esprit, mais fléchissant à regret sous la fatigue physique du métier, il quittait le journal pour n'y plus reparaître. Il y avait été appelé en mars 1883. Sa carrière de chroniqueur de théâtre a donc été fort courte, de trois années à peine. A vrai dire, ce ne lut qu'une campagne rapide» mais menée de telle sorte, qu'elle lui assure une belle place, n'hésitons pas à dire une des preimères dans cette ^pèoe 4o critique, qui, née il y a un siècto» pris
PRÉFACE
de plus en plus rimportaace d'un genrCf d'ua genre
nouveau et distinct, et est devenue, pour sa part et à son rang, une des branches de la littérature dramatique.
Il en devait être ainsi dans un pays où le goût du théâtre est si généralement répandu et si vif, où le spectateur de la veille, satisfait ou mécontent, aime à consulter sans retard sur ses impressions, un arbitre entre lui et Tauieur, où tant d'honnêtes gens qui ne goûtent que de loin en loin, trop rarement à leur gré, un plaisir trop coûteux pour leur modeste fortune, veulent être régulièrement instruits de ce qui se passe sur la scène ti^agique ou comique, et tiennent à trouver, racontée et jugée dans leur journal, la pièce qu'ils n'ont pas vue, ne verront jamais.
 ces besoins d'esprit, de nombreux talents, dans les diverses saisons du siècle qui s'achève, ont répondu.
Elle serait longue, la liste au complet des écrivains à plume rapide et vive, qui, dans cet emploi de semainier littéraire, inauguré dès le temps du Consulat, ont su intéresser de nombreux lecteurs. Beaucoup do ces lundistes qui, jadis ou naguère, ont eu fortune heureuse ou même brillante, ne sont plus guère connus à cette heure que des curieux de littérature, ou des témoins de leurs succès qui vivent
PREFACE. hXXl
caoore, tant est précaire le destin des réputatious conquises dans le journal I Quelques noms, d'un éclat plus résistant, se détachent sur le groupe, demeureni en vue pour la génération présente, et trouve! oui place, à n'en pas douter, dans une ample histoire du théâtre et des choses du théâtre au xii® siècle.
U surnage, quoique déjà loin de nous, ce Geoffroy qui, appelé par MM. Bertin au feuilleton qu ils venaient de créer dans leur journal, mit dés le début le genre en grand honneur : lettré de bonne race, homme de goût aussi bien que de savoir, malgré quelque scolarité et rudesse de forme, critique militant, d'une orthodoxie vigilante, un peu i'iroite, induil par son aversion pour la philosophie et les philosophes en sévérité exagérée pour la littéralure du xvin^ siècle, mais admirateur passionné et commentateur intelligent des maîtres du xvn«, iiilt ressant encore aujourd'hui et digne d'ùtre lu, par la chaleur communicative de sa religion classique, par une forte dose de bon sens à la Boileau, et par l'amusante vivacité de ses coups et de ses ripostes dans les batailles littéraires du temps.
Un persistant souvenir s*altache également â celui des successeurs de Geoffroy dans le menie journal, à qui ses contemporains charmés, éblouis, décernèrent le titre de « prince des critiques ». A vrai