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dire, celui à qui était fait un pareil liuaueur, Jules Janin, n'y avait pas un droit suffisant. Il eût été beaucoup plus juste de proclamer pnnce des causeuj's cet homme d'esprit et d'imagination, qui, nourri dans les bonnes lettres, et très éclairé connaisseur, et fort capable de juger et de décider avec bon sens et justesse quand il lui plaisait de s en donner la peine, à l'ordinaire et d'habitude aimait mieux courir autour de sou sujet à peine etîleuré, ou esquivé adroitement, et se répandre, au gré de sa verve et de son caprice, en mille propos divers pour l'amusement du lecteur et pour le sien. Sous la main de ce a batteur de buissons », le compte rendu des théâtres ne fut, le plus souvent, antre chose qu'une conversation erraule et voltigeante, où la chronique dramatique, la chronique littéraire, celle du temps présent, politique à part, celle même du foyer domestique et de la vie intime de l'auteur, se confondaient ea un facile et piquant mélange; un genre à £>art, d'une veine franche dans sa bigarrure, d'une grâce vive et leste, d'une originalité réelle, et ou Ton a pu reconnaître, du moins dans les meilleurs temps d'une production absidiic de quarante années, quelque chose de l'infatigable entrain et de la verve brillante de Diderot.
Ce fui un charmeur aussi que ce Théophile Gautier, le poète, l'excellent poète, eiuoié, moins par goût
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que par nécessité» parmi les prosateurs du feuilleton,
mais jBoupIe génie, riche et fmc nature, jse pliant sans contrainte à des œuvres très diverses; aussi savant et exquis que facile écrivain ; critique équitable et lùeDveillaot, sauf quelques partis pris d*ancieû sectaire romantique; trop bienveillant à l'ordinaire, moins par indulgence intéressée que par espiil de mansuétude et de paix, maïs sans égai, unique, dans l art de conter au lecteur le drame, la comédie ou le mélodrame de la veille, et de mettre, en quelque sorte, la pièce sous ses yeux par la clarté lumineuse du récit et la magie descripUvo du pinceau ; juge attentif, curieux et sévère contrôleur de la vérité locale et de la beauté plastique du décor, du costume, et de tout le spectacle, au perfectionnement duquel il s'intéressait avec la passion et la compétence d'un artiste.
Quelque chose du sérieux et du tour d'esprit pédagogique de Geoffroy s'est retrouvé, mais sans pedaiitismc, et avec un tout autre fonds de Uttorarature, chez celui qui, dans la même carrière, débutait il y a Irente-ciiiq ans, et que, ^ràcc à Dieu, nous voyons encore à cette heure debout et sur la brèche, avec son clair et populaire boa sens, sa libre franchise tempérée de bonhomie, sa verve toujours jeune, sa déférence raisonnée aux lumières inslinclives de la foule» son esthétique de théâtre tirée d'une
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longue observation personnelle, et tonte d'expérience. 11 est vrai qu'elle n'a pas échappé à la discussion et lui a valu maintes fois, surtout depuis quelque temps, le reproche de s'en tenir ou de se trop complaire à cette part de règles et de conventions qui se rapporte plus à la structure et au mécanisme qu'au fond même et à la vérité intime de Tceuvre drama-* tique... Quelle que soit la valeur de celte plainte, M. Sarcey, avec même conviction, même bonne humeur, va son train, et ne se lasse pas d enseigner supérieurement et de maintenir envers et contre tous cette technique de la scène, qu'il possède à fond, et des lois de laquelle nul talent, même parmi les mieux doués, ne saurait sans péril s'affranchir; critique sensé, guide pratique et nécessaire, professeur de théâtre consommé, y compris l'art du comédien, qu'il surveille et dirige en connaisseur expert, et s'apphque à perlectionner dans l'intérêt de nos plaisirs.
Geoliroy, Jules Janin, Gautier, Sarcey ; à des titres différents, mais signalés, ces quatre talents, qui tien*
uent la téte de toute uue légion % méritent assu-
1. Dans le chapitre d'histoire littéraire que Ton consacrerait avec détail à cette famille de critiqaesy et oû bien des'^oms, à cette heure plus ou moins atteints d'oubli, mériteraient d*étre rappelés (Fiorentino, Hippolyte RoUe, Auguste Yitn, etc.), une attention particulière serait due à Edouard Thierry, pour sa
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rémenl de représenter, pour ce siëde» dans Tavenir,
un geuxe d ecnls doal la fortune est due pour une large part à chacun d'eux.
Si rimage ou Tidée que, dans cette étude, nous nous sommes eflforcé de tracer, aussi exactement que possible, de J.-J. Weiss, en tant que critique de même ordre, a été trouvée fidèle et ressemblante, on ne s'étonnera pas de nous voir réclamer pour lui un pareil honneur.
Et même, dans ce groupe d'élite où il a les meil* leurs droits à figurer, il nous semble devoir, à certains titres, occuper une place distincte, éminente.
Son œuvre de lundiste est d'un rare, d'un excellent lettré, mais d'un lettré que les événements d'une époque agitée ont enlevé de bonne heure à sa première et paisible carrière, et qu ont instruit et mûri, à leur tour et à leur manière, les diverses fortunes et les épreuves d'une vie accidentée et originale. Devenu journaliste politique, et d'opposition, après un adieu sans retour au professorat universitaire, plusieurs fois élevé, sous des régimes très différents, jamais, il est vrai, pour de longs jours, à d'importantes fonctions, et même aux grandes afiaires, il avait assisté de près à bien des spectacles^ et d'autant
docte, judicîeufle, aimable chronique du Moniteur y et à Paul de Saiot'Yîctor, au critique ingénieux, à Téblouissant styliste du journal la Presse,
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«lieux, qull s'y trouvait mêlé de sa peisoiiue et, pour sa part, y figurait La faculté d'observation tju il possédait si curieuse et si intense s'était doue exercée sur un large champ, celui qu'une vie de lutte et d'action incessante ouvrait devant lui, et qu'elle renouvelait à mesure. Toutes les lumières, tous les enseignements qu'une telle vie apporte avec elle, étaient venus s'ajouter à ceux dont il avait fait de bonne heure et continuait à faire provision dans les livres. Heureuse, excellente préparation au métier de critique en matière de drame et de comédie ! Bien souvent, à la manière dont il Texerce, dans certains jugements qui tombent de haut sur l'œuvre dont il rend compte, et y pénétrent à fond, on sent l'homme qui, longtemps, au grand jour, en mille rencontres, a fait étude des hommes sur le vif, et s'est enrichi d'expérience directe, et d autant plus sûre, en s'aventurant à ses risques et périls dans la mêlée. Delà, aussi, ces vues soudaines, ces réflexions rapides et perçantes sur la vie, sur le monde, sur le train dont roulent les choses humaines, sur celui du siècle présent, sur le déclin ou la transformation des mœurs au temps actuel, etc., qui naissent, jaillissent, au courant de l'improvisation, sous saplume^ illuminent de leurs clartés, parfois sévères, le i'euilleton frivole, et en relèvent d'un intérêt sérieux ou d'un attrait piquant la saveur. Combien de pages
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riches d'un tel fonds nous pourrions citer, et (ians le trame desquelles les qualités du moraliste et du penseur s'ajoutent étroitement à celles du critique, et se confondent avec elles I
Et avant d'éclater dans la presse politique et de desc^dre en armes dans Tarène, il avait été* ne l'oublions pas, ua iiiailre d'histoire, un historien de marque et d'avenir, appelé dans cette carrière aux plus brillants succès, s'il eût coutiuué à la suivre. Ses fortes études spéciales, sa vive imagination portée par le plus solide savoir, lui avaient ouvert des jours profonds sur Tesprit, les mœurs des sociétés disparues, l'avaient fait vivre d'une vie intime avec les personnages en vue, les grandes figures des temps écoulés. Autre bonheur, autre sérieux avantage pour le critique. De là, quand passe par ses mains cette sorte de drame qui déroule dans un cadre historique une action inventée, ou celui qui tire de riiisioue môme, poui' une bonne part, son sujet, sa trame, ses héros, de là un degré particulier, supérieur, de compétence, de sagacité, d'autorité. Parfois, après avoir, en telle affaire, noté d'un sûr coup d'oeil Terreur inconsciente, ou l'anacbroiiisme voulu et non justifié par les nécessités de la scène, ou la fantaisie qui s*est accordé trop de licences, il se laisse aller à tracer lui-môme, d'après ses souvenirs réveillés, une ima^e attcalivemeiit
i.xxvin
1* a KFACE.
fidèle de l'époque que la pièce en question n*a su laire revivre qu'en la déiialuraiit, ou du persoaaage dont elle a modifié plus que de raison ou travesti la physionomie. En ce genre de restitution, il excelle.
Voyez comme, après s'être arrêté dans le drame byzantin de M. Sardou, sur le personnage de ïhéodora, qu'il regrette de voir défiguré par un côté, aliadi pai* un peu vraisemblable roman d'amour, il nous propose et met sous nos yeux tout à son aise uue autre Xhéodora, la vraie, Talireuse, la grande, ressuscitée d'après les Anecdoia de Procope avec une vigueur d'exactitude et un éclat de pina^au qui nous la rendent au vif. Est-il besoin de rappeler à nos lecteurs une autre merveille de vérité historique précise et vivante, ce portrait de Henri ÏV, du Henri IV gascon et coureur incorrigible de galantes aventures, revers de médaille du héros et du grand qu'il a jeté, avec preuves à Tappui, et curieusement développé au milieu du compte rendu d'un banal et très insigniiianl drame de Ponson du Terrail (la Jeunesse du roi Henri ?) Et ailleurs, à propos d'une scène mal faite du drame militaire de Kléùer\ de quelle manière ingénieuse et magnifique il ressaisit et met en lumière, à l'aide de faits connus ou d'indices significatifs vivement rapprochés, une des premières