CHRONIQUEUR DE THÉÂTRE
J.-J. Weiss avait dit adieu aux lettres depuis un
temps considérable, lorsqu il leur reviiiL au couimen-
cemeut de 1883. La polUique avait pn$, avait dévoré vingt-trois ans de sa vie. Ce fut parmi les lettrés^ painu ceux qui saveut recounaitre et estimer à leur juste prix les vrais talents, ce fut une joie de voir Témineat écrivain rendu à ses premières études. De cette ardente môlée des partis au fort de laquelle il avait si longtemps combattu^ il n empurlait aucune fatigue, aucun ralentissement d*essor ni de verve ; il était arrivé à ces années de la vie, r|ui, chez les natures richement douées, sont celles de la pleine et entière maturité de l'esprit. Quelle nouvelle et brillante carrière il était homme à parcourir, soit qu'il se donnât, comme au temps de ses débuts, à la meilleure littérature de journal et de revue, soit que, plus ambitieux, et jaloux d'altaelier son nom à des œuvres moins éparses, il consacrât ses loisirs à quelque entreprise de longue haleine, à l'enfantement de quelques beaux livres, tels qu'à cette heure on n'en fait plus guère. Le vaste champ de la critique, celui de l'histoire littéraire, celui de Thistoire, lui étaient ui^aleuient ouverts, et parmi tous les sujets qui s'offraient à lui, neufs encore ou non épuisés, il n avait que remijairas de choisir.
Mais quoi I Y a-t-il des loisirs, des loisirs dont on puisse, comme on Tentend, disposer, là où manquent à la fois situation et fortune ? Après de tardives élévations, bientôt suivies de chutes soudaines, après
PRÉFACE
avoir été, sous TEiapire limssaat, secrétaire général du Ministère des beaux-arts, puis, sotis la Ré|mblique, conseiller d'Étal quelque temps, jusqu'à destitution et complète disgrâce, enfin directeur des aûaires politiques au Département des aiîaires étrângères pour quelques jours à peine, précipité de ce dernier poste, avec GamijeUa, par la plus inattendue des bourrasques parlementaires, ii n'était plus rien ; il se trouvait, après ce dernier revers, aussi peu assuré du lendemain, ou moins encoi!e,qu'à son entrée dâns la vie au sortir de l'Élcole nonnale. Les vainqueurs du 26 janvier 1883 se fussent honorés en lui réservant, à Técart du champ de bataille, quelque emploi digne de lui et riche de loisirs. Mais, dans l'ivresse du triomphe, les paitis songent-ils à ménager de justes dédommagements aux plus distingués, aux plus intéressants des vaincus?
Il se résignait donc, ou plutôt, d'un cœur vaillant, se décidait à reprendre son métier de journa- Uste, en dehors, cette fois et désormais, de l'arme poUtique, lorsque la chronique théâtrale du Journal des Débats^ qu'un de ses confirères venait d'abandonner, lui fut offerte avec le plus flatteur empressement par une direction intelUgente.
Il accepta sans hésiter, et peu de jours après reSbndrement du gmnd mitU^ère, cdui qui tout à rheure, de son cabinet du quai d'Orsay, adressait
PRÉFACB* Y
aux ambassadeurs de la RéfmUique française des
notes ou instructions diplomatiques rédigées de >a plume la plus habile» fit, au rez-de^diaussée de ia
célèbre feuille, son début dans la profession de
On se rappelle encore avec quel éclat de talent et de succès il s'^ empara. Du premier coup, il y déployait à l'aise les qualités d esprit, de goût, de verve qu'elle commande; il en portait autrement» et d'ua (acile entrain, les assiduiltb laborieuses et les servitudes K
Il eut cependauL quelque peine à se faire à Tune de celies-ci. il regr^tait et souvent on rent^KUt se
1. Préface de h Théâtre et les Mmn, par 1.^. Weiss, pages xxzi et suivantes.
< Hais ce qui a été renchantemeot de mes Jeunes années, c^est le théâtre. J^avais sept ans quand on conduisit pour la première fois..
9 Ce fut ma -vie, une ou deux fois par semaine
» A Paris, pendant que je suivais lecoUè^e, je ne fus Jamais ptM de théâtre
» De vrai, je puis dire que J^ai fait mes classes moitié à Louis-le-Grand, moitié à Feydeau, au cintre et à l'Odéon
j> Je lisais lout ce que je n'avais pu voir.
» J'approciiais de la vieillesse, lorsque M. JiiUs Bapst, directeur du Jountal d(s hcbals, inc pioiiosa de firendre le feuilleton dramatique illustre jadis pai Oeullroy et Jules Jaiiin ; j'acceptai sans hcsilaiion. Plusieurs de mes confrères me témoignèrent leur suiprise de me voir abunlcr si tard une tâche si lourde et où il semblait que je dusse 6ti*e novice. J'étais, au contraire, i»olidemont i>réparc. »