LXXXIV PRÉFACE
la maladie l'emporta. Pauvre et cher Weiss! Le tbéàUe avait été l'euchantement de ton entaace S le théâtre devait être le refuge de ta vieillesse. La fin de ta vie semblait en regarder le commencement* Ce qui avait fait le bonheur de tes premières années était la consolation, le charme de tes derniers jours, et terminait dans la douceur d'une occupation paisible et conforme à tes goûts, sous la lumière d'un ciel éclairci, ton existence composée d'expériences si peu attendues et si contrastées.
Nous venons de nous occuper du Weiss chroniqueur de théâtre, du Weiss de 1883; — mais le Weiss d'avant cette époque? mais le normalien, mais le professeur, le conférender? mais surtout le journaliste dont Tesprit critique, la line ironie, la courtoise et pressante dialectique, la rare puissance sur l'opinion, avaient conquis, dès le début, la première place parmi les journalistes de notre génération? — mais rhistorien, qui a écrit, à sa manière, l'histoire de son temps en de nombreuses et diverses feuilles : les Débats^ le Journal de Paris, le Figaro, le Gaulois et ailleurs 7 — mais l'homme d'£tot dont la sûreté
1* Voir la préfoce de le Théâtre $t les Jfo^m, p. xxin.
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du regard, riatuition et» si Von peut dire, le don de
devination en politique étonnait tous ses collaborateurs? ce Weiss n'est-ii pas autrement grand, célèbre, intéressant à étudier et à décrire, et ne peut*on, si hon accueil que l'on ait fait à cette publication qui s'achève, reconnaître que ce Weiss, à bien des titres, domine et efface l'autre ?
Qu'elle serait curieuse l'étude de celle nature riche et complexe où le bon sens et la solidité de jugement des i^ens du Nord (son père était Alsacien) s'alliait à la ûnesse, à la vivacité, à la gaieté, à rironie et à la grâce des femmes du Midi ! (sa mère n'était-elle pas basque?) Qu'elle serait originale, la ligure franchement et fidèlement évoquée de ce timide, dont la simplicité un peu altière contras* tail avec un lâché de tenue, avec une indifférence aux exigences du monde, qui faisait de lui l'être le plus dégagé, le plus indépendant, le nioins asservi aux coutumes, aux préjugés, à Topinion courante, el qui nous rappelait par [)lus d'un coté, à nous qui l'aimions, l'ancien enfant de troupe M Et en regard
1 . Voir la préface de le Théâtre el Moeurs^ p. xxii et suivante.
<f Au retour, mon père, niusicicn i^a^'istf (i;ins un i/'ninient de ligne, obtint pour moi Vn\ antage d'cliv inscrit au rorps rommc enfant de troupe. Deux ou trois sous de prêt, un pain de niiinitions tous les de ux jours, une capote gri^ et un pantalon rouge. Ce n'était rien, et c'était assez. »
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et en contrasle, quelle sérieuse el noble image à tracer, pour un digne peintre , que celle de cet homme d'État moderne, qui resta toute sa vie fidèle à la grande politique et aux traditions diplomatiques de Richelieu et de Mazana S et qui, pour les affaires
1. Nous irproduisous irl, à titre de ducument (jui appartient àrhistoire de notre toiii]ts, le discours proiioneô par Weissàson départ des Affaires étrangèics, et ndressé aux directeurs, aux sous-directeurs et aux secrétaires du Miràistère.
« Messieui*s, je ne veux pas vous quitter sans vous féliciter des relations quMl m'a été donné d'entretenir avec vous. Je serais heureux si vous en étiez aussi satisfaits que moi-même. Il est vrai que oes reîafions n'ont pas encore eu le temps de dépasser la phase ordinaire de la lune de miel. Mais le peu dlntervalle qui a séparé mon arrivée de mon départ a eu pour effet de vous imposer deux fols un redoublement de travail dont vous avez eu la bonne grAce de ne pas voua plaindre. Je vous remercie du concours que vous m'aves prêté. Ce concours a été attentif et éclairé; il devenait de jour en jour plus assidu. Mais surtout il a été sincère et sans réserve. Je me plais à reconnaître que je n'ai rencontré chez aucun de vous cette hostilité ou simplement cette défiance dont on vous accuse au dehors contre les institutions qui nous régissent. Il va sans dire que la H('publi([ue, envi:say('e en tant qu'expression légale actuelle de FEtat français et de rexislence nationale de la France, possède en vous des serviteurs loyaux. Môme envisagée IMirement en elle-inènic en tant (jue République, elle n'a point parmi vous d'enneuiis cacliés (pii la des?(:rv^'nt.
» Au département des AlVanes étrangères, d'ailleurs, nous sommes placés sur un champ d'activité, où étant supposée la rectitude d'esprit des gouvernfnieut'S, les ddl'érences essentielles qui séparent le système républicain du système monarehicpie ne sont pas de nature à influer beaucoup sur les conditions et sur le mode de l'action, La politique positive des peuples modernes est déterminée par des nécessités terri-
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intérieures, était sincèrement litHiral, mais avec une oonceplion très baule des principes et des nécessités de gouvernement! Enfin quelles touchantes décou-
tonales, maritimes et commerciales qui oe se modifient point dn seul fait qa^ano naUou passe de la monarchie à la Républtque ou de la République à la monarchie. Quand la Convention a voulu faire de la diplomatie à la fois nationale et sage, die s*est aperçue d'instinct qu^elle s'obligeait à reprendre les règles d'Henri IV, de Richelieu, de Mazarin et de Louis XIV, et c'est un grand honneur pour elle de n*avoir pas hésité à les reprendre. Je rappelle ces noms glorieux h titre d'eiemple historique et de preuve logique, non à titre de modèles qui doivent inspirer notre conduite. Le cours des f^^ndes ambitions est interrompu j)uur la France. Mais le drpartenjent des Affaires étranp^«''res a totijonrs la charge dr garder le dépôt, encoi*e qu .itlaibli, de la puissance française et de veiller sur tous les points du globe à lain* n-spiM-t^M- le iiurii fi ançais. Vous avez été pendant deux ruuiscL tleiiii les collai) iraloiirsde M. Gauilx lla et les témoins assidu^ *le son labeur. \ uus pouvez attester qu'il n'a pas eu um' iKjii>''e qui ne fût pour la patrie, que tout ce que les forces huuiaines pi uvent fournir de travail, il l'a fourni ; que son dévouement à la Képublique a été sans intolérance et son esprit démocraticpie sans étroitesse. Il n'a jamais considéré dans aucune alTaire que ce qu'elle avait de national. Certes, M. Gambetta n'a jamais pu être considéré depuis dix ans comme s'étant proposé pour but d'être le bouclier de l'Église. Ëh bien 1 vous qui l'avez vu à l'œuvre, dites si vous connaissez sur un seul point du globe un intérêt catholique sérieux qu'il n'ait ménagé avec sollicitude, défendu avec énergie, quand c*était un intérêt catholique qui, par sa nature, se trouvait inséparable de Tintérèt français.
» Vous m'avez aidé pendant deux mois à bien servir un ministre si clairvoyant et ai désintéressé des petitesses et des tatillonnements de parti ; à bien servir TÉtat, â bien servir la République. Recevez de nouveau mes remerciements. Messieurs, et veuillez en reporter une part sur les attachés qui relèvent de vous. »