‹ Les théâtres parisiensChapitre 26 sur 35 · Toute œtte question des relations de Richelieu et de · texte numérisé non relu

Toute œtte question des relations de Richelieu et de

CornciHe a été élucidée à fond par M. Ch. Harty-Laveaux, dans

Tédition des Œuvres de Corneille ^ qu'il a faite pour la collection les Gratidii Écrivains de France, publiée par MM. Hachette. Xous ne. saurions trup recomiucitidei* aux amis des lettres françaises le Corneille de la collet tion Hachette et Régnier, l'uur l'abundaïu'e de< informations, pour l'exposé critiipu' rt l'éclaircissement des pièces de toute nature, on ne fera pas mieux.

enchanté de romantisme. Je âais bien que le Menteur n'est qu'une « adaptation » d'Alarcon; que dans nombre de scènes Corneille a suivi pas à pas la Verdad saspechosa; que même le fameux « fttesvous gentilhomme? » se trouve dans l'œuvre originale du poète mexicain. Corneille n'a rien invenli', du moins à ce qu'il semble d'abord. Il n'a inventé que de lire par hasard, dans un recueil dépareillé, la pièce espagnole qu il croyait de Lope de Vega, de s'éprendre d'un bel amour pour cette merveille et d'y ajouter quelque broderie. Il n'a inventé que de transporter ce qu'il admirait du vers espagnol au vers français.

C'est lout justement de la grande invenlion que de plier ainsi les mots, les formes et les ryttmies d'une langue poéLique, née de la veille, à saisir, à fixer, à nationaliser les sensations et les manières d'être d'une autre langue et d'une autre 11 Itéra tu re. Ën réalité, le Dorante de Corneille qui dit et fait les mêmes choses que le Gaicia d'Alarcon, est un Français du xvn® siècle, très distinct du Madrilène son coutempurain. Le premier ne pourrait encore se faire passer pour un « Indiano » ni le second pour un volontaire à qui les dames « dedans les Tuileries » disent avec admiration :

Quoi ! vous avez donc vu l'Allemagne et la guerre I

C'est un vers Lieu Iraiiçais que celui qui ouvre la pièce:

A la fin, j'ai quiué ia robe pour l'épée,

et le héros castillan u'aurail pas trouve le joli couplet :

Oh ! 1»^ beau i injjliiiitnl à clianner une dame, be lui (lire d'aburJ : .riipiiorte à vos beautés, Un cœur nouveau veau Ucb tniversilés!

Corneille a retranché de son œuvre la prolixité espagnole ; et cependant la richesse du détail et la prodigalité de rornemeutation y sont prodigieuses. Tel récit de Dorante, le récit de la fêle sur Teau par exemple, produit un ellet analogue à celui des esquisses d'arc de triomphe que Rubens s'est un jour amusé à dessiner; l'œil est incessamment réjoui de la variété infinie des festons et des astragales, et il n'en est pas un instant trouijlé.

Folios Draiii.i tiques : l'Antotn i/NÏ passe. Crise «le 1 0,j«MeUc. — Lea Soirées ptiri sien nos de 4S8i. La j)i"ét'acede M. Becquo. — M. Arnold Mortier. L«*s étrnn^'Cîrs qui ('crivent en français, résistent niiciiv aux iii.iladies passa^^ères du style. Les écrivains frauv^is d'Alsace.

(Feuiiielon du 9 juillcl 18ft3>)

Je suiâ allé voir aux Folies-Dramatiques V Amour

qui passe. Il faisait chaud terriblement, et le théâtre des Folies-Dramatiques est situé bien loia du pré fleuri qu'ai rose sur sa i ive droite la Seine élégante et solitaire, entre le pont de Suresnes et le pont de Neuilly. Mais où ne courrrait-on pas pour voir une pièce qui porte un titre aussi plein de cliarmantes promesses : /'Amowr qui passe. J'en ai été pour ma course. La pièce ne contient absolument rien de ce que semblait annoncer le titre.

Paris possède quatre théâtres exclusivement

consacies à l'opérette ; les Folies-Dramatiques, les Bouffes-Parisiens, les Fantaisies-Parisiennes et la Renaissance. Il y a toujours trois de ces théâtres sur quatre qui attirent la fonie; et le quatrième ne chôme Jamais bien longtemps. On ne peut donc pas dire que, par rapport au public, Topérette traverse une crise. Le public ne se retire pas de 1 opérette. C'est, considérée en soi, que l'opérette est aujourd'hui dans un état critique. Ses traditions sont d*hier, et elle est déjà infidèle à ses traditions. Aussi bien pour ce qui concerne le livret que pour ce qui concerne la partition, elle ne connaît plus ni règles, ni frein, ni iimiles. L'opérette avec MM. Crémieux, Ludovic Halévy, Meilhac et Offenbacb, fonnait un geme net tranché. C est à présent un salmigondis, une bouillie, un panaché de parade et de drame. Les librettistes et les musiciens d'opérettes, que tout enchaîne, poursuivent leur évolution en des sens complètement opposés. Les premiers s'élancent vers le zénith, tandis que les seconds dégringolent vers le nadir. Les hbrettistes tombent de plus en plus dans l'extravagance triviale et massacrante; ils ne savent plus que remamer sans cesse les éléments monotones d'un grotesque baroque, forcé, et qui fait long feu; c'est Tart seul du costumier qui prête à leurs pièces le peu de fantaisie sensible qu'elles possèdent encore ; et je conviens que le costumier de l'Amour qui

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passe a fait, à souiiait, loul soa devoir. Les musiciens d'opérettes, de leur côté, pi'étendent, de plus eu plus à la musique noble, compliquée et sublime; ils écrivent des symphonies ; de sorte que le désaccord entre le ton de l'auteur et le sujet du livret d'une part, le ton du musicien et ses ambitions idéales de Tautre, devient de plus en plus flagrant et déconcei U' de plus en plus les spectateurs. La partition et le livret, ainsi tirées à hue et à dta, loin de se soutenir l'une et Taulre, se détruisent réciproquement. Ën cette affaire, c'est encore le musicien que je jiiaiiis le plus.

M. Amédée Godard, qui a composé la musique de l^imour qui pasae^ est directeur de la Société philharmonique de Dieppe; sa partition est toute embaumée d'Héiold et de Boiuidieu. Par-dessus cela, un filet de chanson de Dalayrac. M. tiodard donne l'impression d ua musicien élégant, qui pratique avec art et facilité le genre tempéré. On l'ccouterait toujours avec plaisir si Ton j>uu\ ail laire absLiaetion du caractère burlesque des personnages qu'il se charge de faire parler en musique. Malheureusement, on ne perçoit rien dans sa musique qui sente l'opéra boutlé. Quand M, Godard cherche la note bouife, il la cherche en vain, et au détriment des dons réels qu il possède. Le boulié qu ou veut avoir nuit au sérieux qu'on a. Que si d'aventure M. Go'>

LES THÉATBBS PARISIENS. 69

dard parait près daUemdre aux rylbme et aux assonances de la farce, c'est qu'il lui arrive des réaiiuiscences. Son tin^ tin, Un, l'ov sonne, qui termine le premier acle« réveille un peu, en nous, la fibre du gai. Mais dans cuiubiea d operelles u*at<m pas déjà entendu ce tin, tin, lin, ton sonne! La marche des forbans du matamoi*e Fracassante, au premier acte, est à peu près la seule conceplion de M. Godard qui ne tombe pas sous le coup de cette critique; elle a du plumet, elle est marchante. Bouffonnerie à part, la partition contient plus d'un morceau de chant et d'orchestration qui ne déparerait pas la scène de TOpéra-Comique. Du moins, ce que l'on entend à TOpéra-Comique, ne témoigne pas toujours d'autant d'aisance ni de fraîcheur. public ne s'est pas montré indifférent aux qualités de M. Godard.

Ce n'est pas que ce méli-mélo de ganaches et de capitans italiques, d'enfants sans famille, perdus, retrouvés et supposés, d'interversions amoureuses et de quiproquos sexuels, présente une somme d'in* sanité banale et émoussée, plus dlflicile à avaler que toute autre opérette du moment actuel. MM. Langlé et Ruelle, il n'est que juste de le rccoaDaîlre, possèdent des qualités qui tranchent sur le tour habituel

génie de leurs confrères. Mais, dans leur pièce, Venchevêlrement des genres vient encore compliquer

celui des événements. — Ehl quoi, nous dira-t-on? Est- ce que vous allez, à propos d'une opérette, oous parler de la distmclion des genres et nous prêcher les catastrophes suspendues sur la téte des auteurs qui ne s'en préoccupent pas ? Exigez-vous, sérieusement, qu'on distingue les genres même aux Folies-Dramatiques? — Je n exige rien. Je n'exige nulle part la distinction des genres. J'ai pour tout auteur qui réussit à les uiùier, sans que j'en sois choqué ni dérouté, la plus profonde admiration. Mais pas plus dans la maison de Tabarin que dans celle de Molière, moi, spectateur, je ne veux être dérouté par le spectacle. Or, avec CAmour qui passe, je ne sai^ jamais à quoi raccrocher mes sensations. J'attends que l'amour passe et il ne passe pas. Je barbote en pleine folie invraisemblable ; et voici que les auteurs, sans crier gare, me glissent une scène de comédie-vaudeville en même temps que le maestro Godard me sert un grand tralala d'opéra séria.

Je commence à me faire au vaudeville bourgeois» et on me transporte dans la féerie et la pastorale shakespearienne, moins Shakespeare. De la féerie je retombe dans rélégie. Corpo di Baccof Que fait-on sur la scène? Qu'est-ce qu'on me veut? Où suis-je? Le public s'est mis de mauvaise humeur, précisément parce qu'il n'avait pas devant lui une pièce d'un

genre tranché ; et, quand le public a de rhumeur,

rien ne le ramène.

Les couplets d'amour de la pièce contiennent plus d'un vers poétique ; le public ne s'en est pas aperçu. Que lui font des vers poétiques ? Ce n'est pas ce qu'il venait chercher aux Folies, Il y a dans l'Amour qui passe un personnage de condottiere amoureux très bien venu, et M. Sallard, chargé du rôle, la conçu et composé avec un pathos bouffon qui est dans le mode iégitinie de l'opérette; le public a pris de travers et le personnage et l'acteur. M. Sallard ne pouvait ouvrir la bouche ni faire un geste sans exciter rhilarité hostile au lieu du bon rire coûtent et joyeux. Le croquis qu'ont dessiné les auteurs de la jeune et belle Hermosa est non seulement de la bonne opérette, mais encore de 1 opérette supérieure; le public n'a rien compris à cette silhouette de Vénitienne, capricieuse et gâtée, que mademoiselle Glary joue avec une noblesse attrayante. Je ne sais sll existe dans le répertoire des Bouiles et des Folies beaucoup de scènes de comédie aussi jolies et aussi ûnes que celle d'Hermosa, placée entre deux amoureux ridicules, et les lournant, retournant et bernant l'un et l'autre d'une patte féline ; le public s'en est méchamment et {j^rossiùrenient égayé.

C'est que les auteurs étaient toujours à un autre diapason que celui où ils venaient d'accorder le

public. De là, cacophonie réciproque. Il n'est pas douleux que les œiiiédiennes et les belles personnes qui forment aux Folies la majorité de la salle, lisent tAri poétique d'iiorace à peu près autant que la Rhétorique de Joseph-Victor Leclerc. Et, cependant, elles ne veulent pas de la marmelade des genres; elles en ont été mises l'autre soir, tout sens dessus dessous.

La maison Dentu vient de publier les Soirées parisiennes de par Un Monsieur de l'orchcslre.

M. Henry Becqiie, l'auteur des Corbeauir, y a mis une préface, spirituelle, nourrie, superbe et légèrement enragée, où il y a une physiologie des directeurs d'à-présenl et diverses autres choses qui sont de la bonne façon. Naturellement, la critique dramatique y est fort mal traitée; c'est tout au plus si M. Becque ne lui demande pas de quel droit elle est et se permet d'être. Si nous disions des auteurs la moilié du mal qu'ils disent de nous et qui n'est que le tiers de celui qu'ils en pensent, ce serait du beau !

Le présent volume des Soirées parisiennes est le neuvième de la collection. Il ne contient pas moins de cinq cents pages d un texte menu, quoique fort, et, qui en l'ei aient bien huit cents avec la justification et les caractères moyens dont se sert la librairie actuelle. Voilà neui ans que M. Arnold Mortier soutient

LES TUKATKLb PARISlLIiâ. 7S

sans faiblir la gageure de couler au Figaro la chronique courante des auteurs dramatiques» des directeurs, des comédiens, des comédiennes, de la décoration, des costumes, des habilleuses, de la machinerie et des machinistes, et, traitant chaque matin le môme sujet, de réaiguiser chaque matia chez le lecteur l'appélil de lire. La chronique est tantôt anecdote, tantôt fantaisie légère et brillante tantôt ju^^e aient moral, tantôt rccit exact ou ta h I eau pittoresque de la chose vue la veille. M. Arnold Mortier a créé un genre et lail école. On consultera un jour la collection Mortier comme on consulte les Mémoires de Bacliaumont, et 1 on sera étonné de la quantité de renseignements qu'on y trouvera sur les mœurs de notre temps, présentés d une plume leste et fine. Pour suffire pendant cette suite d'années à la tâche d'un Rachaumont quoLidiea du théâtre, il ne suffisait pas de beaucoup d'esprit, de beaucoup d'imagination, d'une faculté d'observer facile et riante. Il fallait posséder à fond toutes les ressources de la langue française. C'était la condition capitale sine qyà non. M. Arnold Mortier les possède. Comment s'est-il rendu maître à ce point de notre langue . Je ne sais; car il est Hollandais de naissance et d'origine.

C'est un chapitre curieux et riche de notre littérature que celui des étranger? qui s'y «ont fait une

7^ If^^ ^ll£ATn£S PÀHISIE^S.

place. Jmi en gardant la saveur du sol où ils étaient

UÛs, ont su répa^i^i^re s^r leurs écrits une fleur de fument de la langue fran^çi^se et d'esprit français qui est de la première qualité. Il est même à remarquer qpe la plupart d'entre eux ont su résister bien mieux que les nationaux aux maladies passagères (Je jugement et de goût dont l'époque, où ils ont vécui pu être allligée. Leu^" extraiiéité leur a été comme une cuirasse contre les nfiodes particulières ((u jour, une commodité à se maintenir soUdemept dans la bonne tradition générale de la manière de par\çr et de penser du pays de France. Pariui les morts, Goldoni, Qaliani, Frédéric II, Grinpro, Hepri tieino, Fioreutiao, Paul de Koc^l, Batave par la race, madame de Krûdener, forment un bataillon d'élite original et brillant, auquel s'ajoutent aujourd'hui M. Arnold Mortier. W. Alphonse Karr, de sang bavaiw, et M. ^Ibert Wolff. Je ne tiens pas, bien entendu, pour étrangers au point de vue qui nous occupe, les écnyainô nés dans les pays de lar^gue française indépendants de l'État français. Je ne tiens pas pour étrangers Jean-Jacques Rousseau, les deux Maistre, le colonel Weiss, Jomini, '^f'œpffer, J.-J t'orcbat, CberbuUez, Yinet, Sciicrer, etc. A ce point de vue de la langue, je tiendrais plus volontiers pour étr^gers les écrivams nés sujets ou citoyens français, que leur langue maternelle ou leur rax» fait

Germains ; j'entends par là les écrivains français que nous a fournis TAlsace. Ëux aussi ont iiiaiiitenant de quoi former un chapitre bien particulier de notre histoire iiLléraire. Dans la littérature coulemporainc, •Hetzel, Alexandre Weiil, Siébecker, Erckmann- GiiatnaUy etc., ont tranché sur le reste. Non pas qu'ils n'aient pu être et n'aient été dans le grand courant de la France et des lettres françaises ; et qui donc se vanterait d'être plus pénétré du bon sens de France, de parler un français plus délicat, plus alerte, plus achevé que l'auteur des Bonnes Fortunes parisiennes I Ils ont tous gardé pourtant un parium et un goût qui n'est qu*à eux; c'est un parfum d'herbes du Rhin; c'est un goût chaste de bleuet, cueilli sur la cime pure des Vosges,

Retour d'AIIemnpjn»». — Hombourg. Tln'iUro du Pnl;iià-Uoyal : Prrte-moi ta femme, — Laffnire de la rue de Lourriue. — M. Dcsvailièrcs et la famille Legouvé» — Une lient e de mariage.

(feuiUeiOD du r'' octobre 1883.)

Je m'étais promis de n'interrompre à aucun

moment de ranuéc ces entretiens sur le lliéâtre. L'homme propose et la maladie dispose. La maladie m'a brusquemenl envoyé à MuiaUau'g. C'était d'aboixi, à ce qu'il semblait, pour si peu de temps, pour la saison réglementaire de vingt et un jours, et à l'époque de l'année où la chaleur force tous les théâtres à fermer! 11 n'y avait pas grand mcoiivénient à une si courte absence dans un moment

pareil.

J'espérais bien d'ailleurs que. Naïades de Nassau

me laisseraient le loisir de vous conter mes impres-

sioDs de voyage et ce que j'aurais pu reocontrer,

chemin l'aisaiit, d'art théâtral. Le prudent et vigilant médecin de Hombourg, le docteur Deetz, ne l'entendait pas ainsi, il n'admet de travail intellectuel ou artistique d'aucune sorte, ni pendant la cure» ni vingt jours après la cure. 11 est là-dessus d'une rigueur inflexible. C'est un homtne, avec ses manières obligeantes, qui n a pas son pareil pour interdire à la prima donna de chanter et à l'écrivain d écrire. Vous savez comme il a failli mettre l'Opéra- Comique en révolution avec ses ordonnances que le bouillant M. Carvalho, privé de sa Van Zandt voulait déférer tout uniment au tribunal de commerce.

Bref, d'ordonnance en ordonnance, la cure d'eau par ci, une cure supplémentaire de montagnes par là« le Taunus, le Hundsrûck et les Vosges; et, tout à coup, il s^est trouvé que six semaines étaient passées. Il y a quinze jours que tous les théâtres sont rouverts à Paris. Une saison des plus actives s'annonce. La Comédie-Françciise a repris Ruy-Blas^ le romancero héroïque et picaresque, et les RarUzau^ le drame familier d'autour du pot-au-feu. M. Vane nous a donné à la Gaîté sous le titre Kéraban-k" Têtu, une nouvelle édition de ses gageures à grand spectacle. On s'est remis à rire au Palais-Royal avec le joli vaudeville Prête-^oi ta femme* L'Odéon a

80 L£& TUÉATRES PARISIENS.

une Irèb bouae posiliouy ce gaiilard-ià... » La nature humaine est là toute pure, la nature humaine de la rue J^a Fayette, de la rue du Sentier et de la rue des Petites-Ékïuries. L'imbroglio du crime de la rue de Lourcine, qui soutient ce tableau de mœurs si vrai, nous enlève dans un éclat de rire. Me voici soulagé. Sans manquer de respect au Kaiser^ au Katizlerf à YObergeneralj à Hélène, à Phorkyas, à Euphorion, j'avais le plus impérieux besoin de revoir Mistingue et Lenglumé.

Un vaudeville nouveau d'un auteur nouveau compose le spectacle quotidien du Palais-Royal avec l'Affaire de la rue de Lourcim et le Him Clos de mM. Leterrier et Vanloo, qui tient Tafflche depuis A longtemps et d'où il serait grand temps de retrancher quelques calembredaines insupportables. Le vaudeville, qui est en deux actes, a pour titre Prête-moi ta femme. L'auteur, quia nom Desvallières, n'a pas plus de vingl-trois ans. M. Maurice Desvallières est le petit-fils, par sa mère, de M. Legouvé i actuel, qui a travaillé principalement pour le théâtre ; rarrière-pclit-fils de Legouvé l'ancien, auteur connu du Mérite des femmes, dont je n'ai pas lu, je lavoue, les tragédies ; je sais seulement que INapoléon qui possédait, je l'ai déjà remarqué ici, un jugement juste en matière littéraire, faisait cas de sa Mort de Henri IV* Le bisaïeul

de M. Desvallières, Jean-Baptiste Legouvé, Favocat au Parlement, qui inonrut eu 1782, se montra aussi amateur éclairé de belle littérature et de théâtre. 11 avait publie une tragédie intitulée AUilie. Nous avons ici le phénomène rare d'une dynastie d'ouvriers dramatiques.

M. Desvallières débute bien. Ni le public, ni le critique, ne lui ont, selon nous, complètement rendu justice. Prête-moi ta femme n'en est encore qu'à sa vingtième représentation ; et la pièce, quoique très honorablement exécutée, ne fait que demi-salle ; et, encore, cette demi-salle m'a paru assez languissante* En examinant l'ensemble des ceuvres de toute une saison, j'avais été amené à remarquer que l'art de Gûre une pièce s'en va ; que faire la pièce est le dernier souci de la génération d'auteurs dramatiques aujourd'hui en possession d'approvisionner les directeurs. Un phénomène beaucoup plus grave m'a frappé au Palais-Royal pendant la représentation de Prête-mai ta femme : le public n'aime plus les pièces bien faites. Il leur reproche sans doute de le condamner à une espèce d'attention gênante dont sa mollesse, dans le relâchement de toutes choses, ne saurait s'accommoder. Une pièce bien faite ne lui est plus dans le ton ni à la mode. C'est une chose à ses yeux surannée que le soin que met un jeune auteur à agencer tes divers morceaux de sa construc-

tion dramatique. Je he puis m'expliquer atitremeilt

que Préte-^oi la femme u enlève pas la salle et n'attire pas ehaqiie soir au t^alàis-Royal tous oeUx qui ont besoin de se donner de témps à atitrela sàlU* taîi-e rriédeciiie dil rlfre. La pi^ce de M. besvalHêifes est bien faite, habilement, correctement, largement, sur le mode moyen eri dettx àbtes qui, s'il a des avantages pour le spectateur, olfre des difficultés particulières pour bn âiileur. Bièh faite, très Wën faite, voilà son défaut ; dissoute eii une bouillie de coq-àrâne, elle eût beaucoup plils sûrement englué et charmé le public actuel de nos théâtres.

Pour la critique, elle a tt'oUvé qiie le thème choisi par M. DesvalUères n'était |)as iieUf, et en effet, il ne Test pas; mais c'est, à notre avis, Tub des thèmes conventionnels les plus heureux et de plus de ressources qu'il y ait dans le trésor commun du théâtre; nous ne voyons pâs pourquoi Ton n'essayerait pas encore pliis d'une fois de le rajeunir.

Le jeune Goutran vit à Paris, où il àchète son droit et où ii sollicite une place de sous-préfet. 11 n'a pu poursiiiyire sbU êducatiou ët se prépare^ tine carrière que grâce à la sollicitude dévouée de i'ohcle Rabastoul, qui lui sert tine pension. Rabastotil &e Gncassonne, capiLainc au long cours ; vous voyez cela d'ici. Son comme le ^n, Hàbastoiil, nlàts ferme et hérissé sur les pi incipes, et qui n'entend

LE$ TUEÂiKËS PAiilSIËNS. 83

pas la plaisanterie. 11 a sou pian d'existence tout dresssé jpour le lietreu Gontran ; avant tdut, il le veUt savoir marié; du fond de Carcassonne, il lui envoie i jparis sommation sur sommattoti. Oii Gontrati se

mariera, ou on lui supprmiera la pension duaL il vit

dans la capitale, et en route pour Carcassotine !

Gontran ne demanderait pas mieux que de se marier, si c'était avec sa coUsihe Ëdith, là fille de RabastouL Le malcommode capitaine à aussi son pian fait pour Ëdith, qui est précisément de iie la pas maricir h Gontran. Et Gontraii est toujours ramené par la correspondance de Rabasioul au dilemme : « bu prends femme, mon cher neveu, ou je coupe les vivres, s» Que fait Gontran qui aime sa cousiile, pour se garder libre et garder aussi la subvention avunculaire? Il annonce à Carcassonne qu'il se marie, qu*il va se marier, qu'il est marié, et il adresse à Toticle la photographie de sa jeune ét)6usë. Il ne s'est marié, bien entendu, qu'en peinture; la photographie, dont il a régalé Carcassonne, n*e8t qiie le portrait d Angèle, la pix)t)re femme de son camarade et ami Rissotin. Qu'importe une femme vraie ou une feittme feinte, puisque liabastoul partage son existence éhiire les félicités tranquilles de Carcassonne et les aventures de grande navigation, et que, selon toute vi^seioiblahce, il ne viendra pas à Paris de quelques années! 11 vient au contraire tout de suite.

alléché par l'idée qu'il trouvera |>eiiikût sou séjour dans la grande ville Tintérieur charmant que lui a décrit son D6veu. ii écrit à Gootraa qu'il va arriver avec sa fille Ëdith, tout juste cinq mois après que Gontran lui a fait part de son prétendu mariage» C'est ]a foudre. Gontran se précipite affolé chez Uissotin» en lui criant : t i'réte-moi ta femme. » La proposition est vive. Après tout, Toncle restera à peine quelques jours. Angèlc a bou cœur ; elle se prête, elle n'a eu que le temps de se prêter à Gontran, elle, son appartement et tout son domestique, avec le mari par-dessus le marché, qui reste à titre d'ami de la maison, quand Rabastoul fait son entrée.

Cest à ce moment que Faction commence. Elle est menée tambour battant. M. Desvallières ne dérive jamais. Il ne manque aucun des incidents comiques qui découlent de son sujet ; il n en charge aucun ; il les place à leur rang. Rabastoul a fort à faire, je vous en réponds, dans cette maison où il trouve une nourrice et un nourrisson, ce qui après cinq mois de luatiage est prématuré; une petite mijaurée de femme qui ne veut pas que Gontran — sua mari pourtant, son mari — entre dans sa chambre à coucher quand elle change de toilette ; un ami trop assidu, ce Uissotin indéllnissable, qui est partout, qui se mêle de tout, qui embrasse

LES TUiATRES P1R1SI£NS* 85

Angèle, dans tous les coius, comme si c'était sa femme à lui ; enfin, cette pâte molle de neveu, qui, au lieu d'appeler sur le pré le galaut de madauie son épouse, comme Teussent fait indubitablement à Carcassomie tous les RabastouU de père en ûls, répète sans cesse : t A Garcassonne, l'usage est ainsi; à Paris, il est autrement! » Ët quel type que Itabastoul ! Si vous contrariez Rabastoul, il fendra la lune eu quatre. Tout Carcassonne est en ce mot, et tout l'exubérant cabotage du Tech au Vac. Le rire ne nous làcbe plus. 11 y a lieu de remarquer que dans Prête-moi ta femme le rire ne coûte rien aux bonnes mœurs ni au bon sens. M. Desvallières est de la compagnie des honnêtes gens. Réellement, il a toutes les bonnes traditions. Je le sacre ici de contiance successeur de Picard, de Duvert et Lausanne, de Mélesville, de Jaime, de Léon Ualévy, tous gens qu'il ne lui est pas interdit de dépasser. Tu MarceUus

Certainement, le thème mis en œuvre par M. Desvallières est ancien déjà. Ancien, mais non fané. M. Auguste Yitu, dont la vaste érudition théâtrale est servie par une mémoire toujours présente, a noté le lendemain de la première représentation que la donnée de Prête-moi ta feinme a été traitée trois fois, de nos jours seulement, par M. Albert

86 LES THÉÂTRES t^ARlSlEllS.

Millaud, par Varin et Desvergeis, par Etienne. Puisque

M. Vilu a rappelé, à propos du vàùdeville d'hier, les vaudevilles d'autrefois, Vouliez-vouâ que doué relisions ceux-ci ? Ce sera pour nous une occasiua de voir fonctionnel* à nu be qu'bii |poUi*rait àt>^ler rorfçanismo de la cuuiposition littéraire. Bien oubliés et bien infimes sont les oj}liscules qui vont êire robjet de notre rapide travail de vivisection. Mais au tegattl du naturaliste» coinme àu ^egaM dë celui qui Ht l'immensité, llnsecte vaut uu monde, il révèle autant de secrets.

En partant de la présente àiiUèe et en remontant en arrière, nous renDonttx}ils d'abdrd la Créole, opéra comique en trois actes, que M. Albert Millaud a fait représenter aux Bouffeà-PàHsiens, le 3 novembre 1878.

L'action së ^àsse à la Hocbelle, au xvn^ siècle. Le sujet n'en est pas moins le même qiie celui de Préle^ vm ta femme ; un jeune honune dans l'embarras cjnprunte une femme pour en finir avec les persécutions d'uii oncle trop înati'imoiiial. Sii^ ce îbéme sujet, quarante ans auparavant, Varin et Desvergers aVàieiit composé uii vaudeville eii Un acte, les Femmes d'emprunt^ titre analogue à celui de Prêtemm ta femme. Les femmes éPempniM hit dohné siir le théâtre national du Vaudeville, le 23 août 1833.

Ënfin, au début dd siècle, c'est encore lè même

LES tHÊATRËS PAttlSlENS, 87

stljet qu'avait traité Élienne dans une Heure de

Mariage. Celte dernière pièce est UUe comédie, en un acte, mêlée de chants, dont Dalayt^c a composé la inusique. Elle fdt jouée et ciiaiilée à Pfe^deau le 20 jôiars 4804 par EllevioU, Jiiliet, mesdâtnes Sàiiil- Aubiii et Gavaudau. Si nous avions le temps de poUsséJrnoh rechetehes plus loin, tldtis tmuveriotis probablement la première racine de Prête-moi la femtne (la prëttiiêre potir Tépoque moderne, abstraction faite du moyen âge) dans quelque nouvelle espagnole coHtertiporaine de Cervâhtès ou dans le répet*toire primitif de la comédie italienne. Le retour imprévli, coHiine celiii de ftabastoul dahs Prête-moi ta femme^ du commandant Feuillemorte dans la Créole, de Toiichard dans les les Femmes d*emprunt, et les supposiiibns d'état, comme le faux mariage de Gontran et d'Aiigèle font partie des procédés favoris de Tailcieil fonds comique, tour à tour exploité et reiK )uve]é chez nous par iMolière, l{eti:iiard, Lesage, etc. Tenobs-Jldùs éil â notre siècle. Fodr notre siècle, pour réjpoqlie actuelle, une Heure de mariage d'Ëtietmè l:esi;ë jilsqu'à plus ample informé lè motif type, VUrwerk, coinnie la iaii^ue allemande nous permettrait de le dire avec commodité et concision, d'où ont procédé les pièces de Variii et Desvergers, de M. Albert Millstud et de tt. Desvallières,

Varin et l)esvergers, puis M. Albert Millaud, puis

88 LES TU£Àia£S i>AKiSlEMS«

M, Dcsvallicreâ n'ont pas pris seulement à EUenue son idée fondamentale, si tant est qu'elle fût à lui ; ils lui ont pris encore la substance des principales scènes dérivant de l'idée fondamentale ; ils lui ont pris avec le dessin général de ses principales scènes, des accidents particuliers de scène ; ils lui ont pris jusqu'à des mots ; le dernier venu, M. Desvallières a maraudé et fourragé aussi bien chez Varin et Desvei^ers et chez M, Albert Millaud que chez Etienne. Je crois bien que le commandant Feuillemorte» de la marine royale du xvii^ siècle» imaginé par M. Millaud, a un peu engendré le capitaine liabaslouU de la maiine marchande d'aujourd'hui. Des divers vaudevilles que nous venons de mentionner et qui sont sortis d'un germe unique, celui de Varin et Desvergers est de beaucoup le plus faible ; la valeur comique eu est des plus vulgaires ; la valeur littéraire, nulle. farce contient

pourtant deux ou trois jolis traits. Eh bien ! H. Desvallières s'en est tout bonnement emparé. Je cite un exemple. Onésime, homme de lettres, qui vit à Paris, dans un aimable célibat, a fait croire à son parent et bienfaiteur Touchard qu'il est marié ; et, comme Touchard vient tomber inopinément des crêtes du Jura dans la capitale, Onésime, obligé de lui montrer une femme, en cherche une pour un jour; toujours, la fenune empruntée. Il s'adresse k

J.£§ TUÉÀTIlËâ PAEISIENS. 89

Coublauoe, ouviiùre en broderies, qui cousuul uou sans peine à jouer le rôle de sa femme, quoique étant déjà fiancée à un autrè. Onesimc aussitôt : « Il ne s'agit plus que de jouer nos rôles au naturel, et, pour ça, Cunslance, il faudra nous tutoyer.. nous nous tutoyerons... » Naturellement Constance regimbe au tutoyemenl.

Allons, chère amie ; iu tiendras le déjeuner pr^t dans ma chambre...

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