acte
Mon onde, il faut faire la pari B^un jenne €<Biir rempli de flammes; Si cbes vous, j'arrive en retard,
Cest la faute aux petites femmes,
le duo des notaires :
La poularde était de taille; Elle yenait du Mans; Tudieu I la belle Tolaille
Et quels contours charmants;
les iareurs amoureuses de Dora en fiaïujais et en créole, la villanelle d* Antoinette, le conte drolatique du nialelot et de la présidente à mortier, ah ! non, non, ce n'est pas Étienne.
Et mainleoaai, pour en revenir à M. Desvallièrcs, quel a été, à lui, son travail propre? Quelle est la façon qu il a donnée à sou luur au conce])t primitif? D'ordinaire, dans une série de ce genre, le dernier venu ajoute, enjolive, surcharge. Point. M. Desvalliëres a été bien plus adroit et bien plus malin. Pour s'approprier le thème, il l'a simplitié ; et c'est de quoi je lui crie bravo. M. Desvallières a débarrassé la donnée fondameniale des complications qu'avait admises Ëtienne, qu'avaient aggravées Varin, Des-
^ LbS TlitAÏHEb FAlilbiKNS.
vergers cL M. Albert Millaud. 11 n'y a pas chez lui deux couples qui s'enchevêtrent et s'embrouUtent perpétuellemeiiU'iiseinblc. 11 n'y a pas partie carrée. Il s'est tenu plus étroitement que ses prédécesseurs dans le comique, particulier au sujet commun. Aussi est-ce lui qui Ta mis le plus en saillie et qui en a le mieux tiré tous les effets. Son œuvre, (Miianation pourtant des œuvres antéri^r^^ se^i^it Ipien à lui et rien (|u'à lui, quand même il n'y aurait pas KabastouU £t il y a Rabastoul 1 II y a dessiné de pied en cap ce terrible et délicieux Rabastoul, qull ne faut pas se permettre de berner, té, et qu'on berne incessamment pendant deux actes.
Théâtre du Palais-Royal : ma Camaradt. — ThéAtre Cluny : t Affaire dê Viroflay. — Emile Hendel.
(Feuilleton d a 15 octobre 48$3.)
La direclioa du Palais4^oyai a mis enlin la iiiaiii sur Toiseau rare, une bouffonnerie en cinq actes, bouiloiuic jusqu'à la foUe, dont tous les traits cependant expriment la vérité de la nature humaine^ dont tous les déUilâ rendent exactement la superficie des mœurs parisiennes. Par ^ même occasion, la troupe du lieu en a retrouvé le ton traditionnel. Nous allons revoir les be^uz jours de Divorçons^ du Chapeau de jxiille d'Italie, de la Cagmtle^ de la SensUive^ de Tricoche et CacokL
C'est à MM. Me^lliac et Philippe Gille qu'il a été donné d'accomplir ce vrai coup de l^éfttre. Ma Càma^ rade est rheuroiJ^x produit 4'Mûe villégiature (ju'ijs ont
faite en commun dans la forêt de Saint-Germain.
Leur pièce a été conçue, débattue, élucidée et fixée pavillon Henri IV, au restaurant de l'Ëstuigeon à roissy,sur la terrasse classique du cabaret de madame Stiebelin à Carrières. Tous lieux également engageaDts en la diversité de leur clientèle et de leur confort^ Hélicons appropriés pour y méditer et y sabler un vaudeville au cbainpa^ue d'où jaillit en mousseuse ébullition un essaim de belles petites, de dames curieuses, de jeunes maris épris de leurs femmes» de quadragénaires attardés dans le frou* frou des demoiselles de magasins, de clubimn adounés à la culture du bézigue et des petites comtesses, de concierges faiseurs de sermons, d'expéditionnaires au ministère, époux solennels et disciplinés, de carlomanciennes rangées I C'est bien là le salmigondis du Paris de la jeunesse et de la folie.
Foods de sujet osé et original. L'hypothèse n'est pourtant pas aussi aibitiuire m le cas dans le monde aussi rare qu'on pourrait croire. La belle Adrienne, dès les premiers jours de son union avec Gaston de Boistulbé, lui a avoué de bonne amitié que ce qui est l'oifice propre du mariage ne lui dit pas grand'chose et que ça lui parait bien occupant. Elle a donc proposé à son mari de vivre avec lui simplement en camarade. On se trouvera quelquc-
L£S TUÉAXaES TAKUIENS* 97
fois ensemble à l'heure de6 repaî>. Pour le surplus on sera libre» chacun de son côté, en tout bien, tout hoaiicur, s'entend, à la sUicte condition de ne pas franchir de certaines limites sacrées. Ce nigaud de Gaston a trouvé Tidée pschutty et il a topé là. £n vain, Fonde qu'on a toujours en province envoie lettre sur lettre et dépêche sur dépèche pour savoir s'il peut espéfer, bientôt un liéritier. Est-ce qu'Adrienne a le lenips? Avec les magasins à fouiller, les visites des six à sept, les réunions de charité, les ascensions en ballon, les courses d'Auteuil, l'ailée des Acacias, TOpéra, les mardis de la Comédie et les Cloolm de Corneville, il ne lui reste plus un moment pour les frivolités auxquelles pense là-bas Toncle désœuvré et trop grivois. D'ailleurs, Adrienne entourée d'adorateurs ne franchit avec aucun d'eux la Imiite cofi vernie ; ses sentiuicuLsarniés) sur la chose et ses goûts lui rendent la loyauté facile. Il n'en est pas de même du pauvre Gaston. Au bout do quoique temps, il éprouve de vi^ues tourments. Si Fidéede sa femme est pachuit^ elle est aussi joliment incommode. Et voilà I il s'émancipe au delà de la limite jurée. Une nommée Sidonie Gamard, par abréviation Zizi Gaga, le détourne et le lance dans la carrière ia plus échevelée.
Or, il arrive qu'un hasard parisien abouche Adrienne avec 6idome, chez madame Eugène, tireuse
98 LES THÉATRÊS PAfltSlENS.
de caries, et met ainsi la camarade trahie sur la
pisle des iodélicatesses de Gastoa. Ah I le fourbe ! Eh bien I elle aussi franchira ta limite. Ce n'est pa$ que ça Camuse, ob 1 npa I mais c*est pour le priacipe. Elle surprend son mari dans un bal de cocottes, et, quand elle s'est assurée de vUu 4c spp crime, elle pousse l'atrocité jusqu'à faire porter, au petit club, un biUet pariuuié, par lequel ^Ue iav|te ie jeune vicomte des Rlatanes à la venir trouver tout de suite, chez elle, à deux heures de la nuit, eu son hôtel de l'avenue de Villiers. A côté d'elle et avec elle circule chez les cocottes, comme un compagnon de voyage et un guide, son cousin Cotentin qui recherche avec uu désespoir morne une Oiipi k lui, dont le noble cœur s'harmonisait avec le sien, et qu'on lui a méchamment ravie. Inutile de dire qu'à Ja lin tout s'arrange. Cotentin repêche sa Niai en lui révélant qu'il possède quelque part des vale^rs de tout repos qu elle se chargera d'agiter ; le vicomte des Platanes est renvoyé bredouille de l'avenue de Villiers au petit cercle; te deu.s. jeunes époux abjurent le système de la camaraderie. L'oncle départeuieiital n'enverra i)lus de dépêches ; on trouvera un moment pour satisfaire sa manie.
Ce n'est rien que la table et les épi:^odes qui s'y rattachent. Après tout, on nous a déjà montré c^t et cent fois au théâtre rintérieur d'une tireuse de
i^lrlès, des soirées de belles peliU^s, des l'aU bernés, quadraiAx-naires, victilines ridicules et pantins de l'amour. L'alirait de la pièce esl, d'une part, dans l'ex pression de galanterie, d'élégartce et de finesse que MM. Meilhac cl Gille douueut aux bouffonneries les plus grôisses; deTautlpe, dans la sorcellerie qu'ils possèdent de tout actualiser et de louL liioderniser. Le filament mieroscoiiique, le plus tortillé de la joie et de la ifureur de vivre, ne se trémousse pas avec une vie plus furieuse et plus joyeuse que leur pièce. Partout le mdlivement, la gaieté, le pétilleiliciil, linè diversité incessante. Le troisième acte, consacré presque tout entier à la peinture du désespoir slupidé de Coleiilin abandonné par Nini, est quelque dibse de saisi sur nature ; on y pourrait admirer une psychologie pn^sque racinienne et l'obsemtion impitoyable à la façon de Molière. Ce qui est la perle de l'œuVre, c'est le second acte chez la tireuse de cartes. Par quelle saillie de vérité cuiiiique il s'ouvre! Là bonne de la célèbre madame Eugène, cartomancieHile et nécromancienne de plusieurs cours, est en train de dire à sa patronne : i Non ! non ! madame, à votre place, je n'ilrais pas chez la sôttmambule. — Quoi! j'aurais perdu mou amouir depëtit chien I Et jé n'irais pas demander à la somnanibute de me le retrouver 1 — Tuul ce que vous voudrez ; mais, quand on saUra dans le quar-
LES THÉATKES PAUlSiENS,
lier que la célèbre inacidine Eugène, à qui les cartes disent tout, va consulter la somnambule. — Les Ciiites! les caries! Je sais bien peut-être que ce n*est pas vrai, les cartes 1 Mais la somnambule!... » Voilà le cœur liuuiaiu! Une rétlexion bieo proioude aussi et de beaucoup de portée philosophique est celle que fait Boistulbé, au point aigu de Torgie chez les belles petites: « C'est tout de même amusant de vivre dans un temps de décadencel... v
Tandis que MM. Mciihac etGille donnent au Palais- Royal ma Camarade. M. Gondinet, en collaboration avec M. Pierre Véron, fait représenter au Vaudeville les AfjjbUs* U faut aller voir ma Camarade ; on peut aller voir les Affolés; on ne regrettera pas sa soirée; c*est une pièce honnête et amusante.
La comédie MM. Gondinet et Véron nous représente un coin du tableau du krach de 1882; les « affolés » sont un groupe de gens de tout métier et de toute condition que Robillon» fondateur de la Compagnie franco-serbe, entraîne à sa suite dans des spéculations aventureuses.
L'esprit de M. Gondinet ne pénètre pas à fond et il n'éclate pas non plus en gerbes folles comme celui de M. Meilhac ; c'est un esprit attique,qui a le sel, la vivacité et la grâce. La nouvelle pièce est remplie de cet esprit-là. Elle pèche malheureusement
par la conœplion, qui ne se ramasse pas et ne se
dégage pas. Le spectateur change d'atmosphère à chaque inslanl. Avec RobiliQn, fcmdateur de la Cornpagnie franco -serbe et ses coups de Bourse à la bonne franquette, nous sommes* ciai;» la fantaisie trop aisée ; avec le général de Parce , al ^ les amours du capitaine d'Estourville et de Fabienner tle Lérins, nous nageons en plein d.ius le genre coihtM.iie nioraie de l'ancien Théâtre de Madame ; avec Ifs /relations de ménage du comte de Lérins et de sa femme Eva, les auteurs nous haussent, mais quelquëS[)is'.'\ assez péniblement et assez vulgairement, vers le ton de la comédie sérieuse. Le principal personnage, \ celui du comte de Lérins, ne se tient pas. Ce gentilhomme, imprudent et vertueux, est toujours dans le faux et Texagéré. Il accepte étourdimeni, lui qui jouit d'une position honorée, de devenir président du conseil d'administration d'une Compagnie d'agiotage et d'en faire par là monter les actions ; il a tort de ne s'être pas d abord informé; quand il est informé, son inflexible vertu lui persuade de publier partout qu'il n a aucune confiance dans la Compagnie qu'il préside, et il déprécie brusquement les titres qu'une foule de braves gens ont recherchés par considération pour lui ; il a encore plus tort; il ne fallait être ni si relâché ni si vertueux.
Cependant la pièce vit, marche et intéresse. Le
102 LES TlléATRES PARISIENS.
caractère d'Ëva, àtt moiûd, la feUiiiie aiilêricaitiê,
est vu et bled suivi- |)ar les deux àuteurà èn sa mobilité et XiA ses viciâslludés. Sigiiè dès teinpsl Od ne rencontre ^iv^ dans nos j)ièces de théâtre que des Américaiitiigs*^ Celle de MM. Véron et Gottdihét s'est incanu^ daus rtiademoiselle Legault qui est tout qû'eile Àoii être, décidêi?, pitt61*éâqUe et exjpresslve. Madetnoiiseiie Legault est pàrticulière- ^ meiilr belle datts lé moment de là d'isé. Ëva à épousé
, M:, de Lérlns sdns TaimeJ: ; cîlc cotopi omet la forluné de ëon îiiâri et le inèhe àtl boHl dti déshoiineur
. par ses folies dispendieuses; et elle iie l'en aime pas dalrantagd. Màis, (}uand M. de Lêriiis sacrifie sans hésiter tout cé qull possède, pour désintéresser les malheureux àctioiihairës de la Compàgnie traiicoserbe, qu a attirés et trompés son nom, le cœur d'Ëva, saisi d'admiràtion, ctiàrigé toûi à coiip* Ëva rejette loin d elle son luxe sans bonheur, ne voiilaut qu'une chose, l*àïnoiirde soii maH ; èlte va engager ses diamants, et lorsqu'elle reparait devant M. de LêHiis, c'est avec imë robe aciielée dâiis iin iiiàgasui de confection : a tenez, me voici ; plus de bracelets; pldàdè cbllieirs, (iiùs de bijoux iii de perlés, rien qu*um femme I » L'attitude à là fois modeste et pràVdcâiiiie que preiid inadëmoisétié tégàiili, en pronoDçant ce mot : a Une femme 1 », la chaste friandise qu'elle sait donner aux contours de sa pei*sonne,
rêpotldent àdiiiirâblemeiit aux exigences de ce momeht du drame et à toute la suite du caractère d'Eva. Ce jeu de scèHe HaMI de mademoiselle L^auit a piîut-être décidé du succès, jusque-là iucertaiû de la piêcë.
Passons maitilehaot là rivière; allous au théâtre Cluny; tiôiis y th)ilvël>ohâ line tk'oisième « comédie » née cette quinzaine, l'Affaire de Viroflayy par M. Bà^tôii Hirschèt M. Éitiilë Mendel. La critique théâtrale ne doit pas négliger le théâtre Cluny ; il possédé m diFèetetil* ëtli;t«|ii^hâtll ël iihè tàillîlnte petite troupe bien dl:essée, qui joue convenablemëtlt lë drâltte ët le vdudeville. Ce n'est t>as 1 exécution qui est défectueuse dans l'Ajjaire de Virofluy,
Chaque année, i\l..bimon appelle et prend en repKscntàtion, sur soh thêati*e IdltitâiH, quelque étoile de moyenne grandeur des théâtres de la rive droite, (ViiUdeville, VàHétés, Palais-ftoyal), qui «ime mieux être la t)remière dans le village de Cluny que . lA âëcdUde Uahs Roine.
Nous l'en féUcitons. Que ne pouvons-nous ^aleméiit féliciteir de îeuir {iièce lés deiix âuteurs !
L'Affaire de Viroflay ne fera pas peddaUt à l* Affaire delaHtede toUreine. Ce h'est qu'une stiite de folies forcées qui, ne réussissant pas à nous fàlire faioliHr de HVé; mi iriâ(}Uéde iidus faire mourir
loi
LES TUÉAIUES 1>ARISIENS.
de froid. L Araire de Virollay nous montre une fois de plus par un exemple frappant combien les difficultes de l ai l dramatique sont d'un gcme particulier et combien les plus expérimentés y sont pris. Si quelqu'un a été nourri dans Je sérail, c'est bien M. Mendel, l'un des deux auteurs de la pièce. M. Mendel est l'un des écrivains les plus laborieux et les plus intelligents de la presse théâtrale. Il a tenu longtemps avec succès le courrier des théâtres au Pariê-Joumal. Il a dirigé et dirige peut-être encore une feuille théâtrale spéciale, le Nain- Jaune. 11 a rempli l'emploi de secrétaire de je ne sais plus quelle scène de genre. 11 est depuis plusieurs années secrétaire des bals de l'Opéra. Ëntre temps» il a fait jouer deux ou trois actes de vaudeville qui étaient amusants et troussés. Qu'avec tout cela on compose une pièce qui n'est pas bonne, c'est ce qui peut arriver même au grand Corneille.
Mais ce qui étonne et renverse, c'est qu'un homme d'esprit sagace, ainsi que Test M. Mendel, qui a passé sa vie dans les foyers et les cabinets de direction, s'abuse sur les conditions élémentaires du théâtre au point de croire qu'il nous divertira avec une farce tirée par les cheveux» où l'on n'y voit goutte pendant trois actes. M. Mendel nous met sous les yeux un juge d'instruction en villégiature qui est possédé de la manie d'instruire comme Perrin Dandia
de celle de juger. Eucore laudrait-ii qu'il intmisit sur quelque chose de saisissable, ne fût-ce que sur le cas de pelils chiens qui ont été incongrus. Vous, lecteur, qui n*étes pas du métier, vous jugmez toul do suite impossible de prendre unjuged'inslrucUon, en chair et en os, vivant en Tan de réalité 4883 et non en Tannée chimérique idii'i, vêtu du même frac que vous et moi et non de la rotonde d'un pe* destat d'opérette» habitant Virollay» cinquième station sur le chemin de fer de Versailles, rive gauche, et non les rives fantasques de la mer Adriatique ou du golfe Cantabrique, et de faire rire une salle en supposant que ce magistrat, placé dans les mêmes conditions que ceux que vous rencontrez tous les jours , Invente l'instruction lluidiforme et répand son fluide sur les prévenus dans une scène ad hoc pour leur arracher des aveux, M. Mendel avait beaucoup compté sur TelTet de cette belle invention. Le directeur de Ciuny, M. Simon, y avait compté comme lui. L'histoire du théfttre est pleine (te ces méprises décourageantes.
Théâtre du N'audeville : la Flamboyante. — l'iliation du drame
do M. Dumas, la Dame aux Camélias. — Frédéric et lieriieretlc. — Mimi Pim^oiiy t;umpusce avec Pàlil do Kock et la Dame aux CariuUas. — Odéon : te PeliUiS mains. — ThéAtre du Palais-Ku>al : le Train de plaisir. — Décadence du genre l*aiais-Royal. — GareîNuu^ mai clions vo s ropcrcile san« musique. — Vdju en faveur d'un théâtre de répertoire populaire — Lepeiil Lazari,
(FeuilleLoQS du i5 février et du 1 avril
On a beaucoup ri, à là Chaussée d'Antin. Le
théâtre que dirigent MM. Rayjiiond Desiaades et Bertrand s'appelle « le Vaudeville > et il s'en souvient quelquefois. C'est tin vaudeville tout franc, c'est une désopilante bouifonnerrie que viennent de nous donner sur ce théâtre MM. Paul Ferrier, Cohen et Valabrègue sous le titre la Flamboyante. Celte FlamboyatUe est un bateau transatlantique du Havre, qui se trouve avoir deux capitaines : le vrai, qui se
LëÔ TUhAiUK5 i>AU(SI£M$. iû7
iiqmiïie Bernard ; le faux, qui uomme Bernard
s^s^j Aiii^ste ^awl. vrai importe asses peu h
la pièce ; p'e§t le faux foijriiil la principale
Cet Auguste Bernard, ce faux capitaine, ce faux rqH(|§r fie Vll<^» h v|ptime des lubie» de sa b(^lle-mère. La respectable madame de Sambois, afOigée A'm^ ^^itèmmmi nautique» ne
réve que de marins, de naufragC3, d'abordages et d'cx(]|éçlit|Qp$ ^rcipicale^. Ëllea ç^ioi^i Auguste Bernard l)our gendre, parce qu'il a pris par devant MM. les professeurs d'hydrogfaphie legr^ide ^i$tingué de capitaine au long cours. Auguste Bernard qui, en dépit de soQ grade, ^tK>xmAe la mer» n'ay^t pa$ dit a i)eUemaman, avant le mariage, qu'il n'exerçait plus, et que même il n'avait jainais réellemept exercé. Pour avoir la paix dans le castel du Dauphiné, où il vit entre sa femme et madi^ne de Sambois, ii est obligé de feindre des embarquements annuels, des fui^ucs aux Barbades, des séjours au t^p ^t à Ceytan, dont il ne manque pas de rapporter des bistoires plus stupéfiantes que toutes çeil^ d'Ulysse» de Sinbad et de Gulliver. Ses aventures ravissent sa femme et sa
belle-marnsm) qui ie regardent conune un béros de
ï Histoire générale des voyages et [lasseut leur vie à intriguer afin de lui faire obtenir Téloile des braves.
Comme il faut bien s'absenter pour aaviguer,
108 LES THEATRES PAR IdiBl^iS.
Aui^IjUsle Bernard passe la moitié de sa vie à Paris, rue da Hekter, chez mademoiselle AûgèJe, professeur de piano de temps à autre et plus ordinairement femme aimable; c'est là qu'il fait ses navigations et ses caravanes. La vie d'Auguste Bernard est donc fort troublée et fort ccHupliquée. C'est biea pis quaod sa femme et sa belle-maman lui déclarent uu beau matin, dans un accès d'enthousiasme, qu'elles veulent partir avec lui pour le Havre et se donner une fois en leur vie le plaisir de voir celte Flamboyante qui a accompli sur les mers de si merveilleux exploits. On gagne le Havre et Ton y tombe dans une marmelade de quiproquos dont rien ne donne l'idée. Nous avons ici l'imbroglio pour l'imbroglio, le rire pour le rire, sans aucune visée morale, philosophique ou psychologique. Les auteurs ont atteint leur but; pendant tout le second acte, le rire n'arrête pas ; il vacnesoendo; il s'éteint graduellement au troisième acte pour se ranimer et lancer, connue il convient, à la scène hnale un dernier éclat. Malgré ses brillantes relations, la famille Sambois n'a pu obtenir pour le navigateur Auguste Bernard le ruban de la Légion d'Honneur; du moins, le ministre du commerce a-t-il voulu accorder uneûche de consolation : il envoie le brevet agricole à Bernard avec cette belle pensée : « Les navigateurs sont les laboureurs de la mer. d Quand un auteur maintenant a l abLucc de prendre
LBS THÉATEES PARlSIINS. l09
congé du public sur uu quolibet à Tadrcssc de l'Ordre de rAgricuUure, il est cerlain de l'effet de son dénouemeot. Tout est biea qui finit par le Mérite (agricole. Aussi est-on sorli du Vaudeville tout à fait en belle humeur. On s est dit qu ou reviendrait; on reviendra en foule, grâce à la pièce et grftce aux artistes qui la jouent.
J'ai déjà cherché à établir la filiation du drame de H. Dumas, la Danie aux Camelm. Mes lecteurs se souviennent du point ou gtt la difficulté de ce problème d lastoire Jiitéraire. La dif&culté vient de ce que la pièce a été composée deux ans et plus avant d'avoir été représentée. 11 n'y a que H. Dumas lui-même ({ui pourrait mettre fin à nos doutes, en déclarant d'un façon expresse qu'il a écrit son drame à une époque où il ne connaissait ni ne pouvait connaître la pièce de Barrière et Mûrger. C'est ce qu'il ne fait pas dans son A propos de la Dame aux Camélias^ où il semble plutôt avoir pris garde de ne pas seulement mentionner, la Vie de Bohème, Dans cette conjoncture, j 'ai émis l'opinion que, selon toute vraisemblance, Barrière et Mtirger ont pris le drame de Mimi, représenté eu 1819, dans la Dame aux Camélias rornsLU, publié en 1848, et que M. Dumas a pris à son tour dans la pièce la Vie de Bohême l'idée d'adapter son roman au théâtre. Je concluais en disant qu'en déûnitive la Dame aux
iiO tes ÎAÉAîaBS PARISIENS.
Camélias^ romau, devait être ia source commune de
la Vie de Bohème, pièce, et de la Dame aux Camélias, drame K
Il vient de m'arriver une lettre de Vienne qui reporle plus haut Torigine ou la racine des deux œuvres. Elle m'est adressée par un honorable rédacteur de la Deulsche Zeilutig, qui ne signe pas de son nom. Selon lui, il n y a pas de doute; Barrière et M. Dumas ont pris tous deux leur sujet ou, pour employer le mot technique de langue littéraire allemande dont se sert mon correspondanty ils ont pris « leur motif » dans le conte de Musset, Frédéric cl BeniereUc.
Je remercie mon correspondant viennois de dm\ choses ; i'' de suivi'e avec un soin si exact mes modestes articles ; il est fort agn'able pour moi d'être lu dans la plus aimable ville qui soit au monde ; 2p de m'avoir fait relire Frédéric et fiemerelte. Mais sur le point qui 1 intéresse, je le trouve beaucoup trop afïirmatif. Oh I que Mûrgcr, en écrivant les Scènes de la Vie de Boiiéme^ ait suivi, à sa manière, la veine ouverte par Frédéric et Beimeretle ainsi que par Mimi Pinson^ comme il continuait, avec une transformation totale de vision et de tempérament, tels et tels récils de Paul de Kock André le
1. Voir le volume, le Drame historique el le Brame possionnel, page 198.
LES TUÉATA£S PAAISIKNS. lil
Savoyard y Mou^lache^ etc., cela est cerlaiii. U^ie, sans se l'avouer et sans même s'en apercevoir, liarrièie et Miirger, dans la pièce la Vie de Bohème^ M. Dumas, dans le roman et la pièce la Dam aux CaniéliaSj se soient inspirés de Frédéric et Benierette, cëla se peut. On n*est pas pour cela, je crois, en droit de prononcer que M, Dumas, d une part, Barrière et Miirgcr de l'autre, auraient demandé à Ff*édéric et Bernerette « leur niolif », l'aventure tragique de Mimî et cellè de 'Marguerite Gautier. A rexlrémc rigueur la visilc de Toncle Durandin à Himi, de Duval père à Marguerite, c'est-à-dire le fait matériel qui est le pivot des deux draines, se trouve dans Frédéric et Bernerette ; il y est noté, mais en termes très concis. Tous ceux qui lisent ont lu la lettre de Bernerette à Frédéric ; avec son naturel touchant, c'est Tun des grands morceaux de poésie du KiK^ siècle. J'en détache les deux lignes stiivantes où liernerette conte à Frédéric comment elle est devenue inlSdèle :
« ... Cependant, la seconde fois, j étais décidée. Mms ton père est revenu ehèz fnoi: voUà ce que tu nos pas êu. Quo voulais-tu que je lui dise? J'ai promis de t*oublier; je suis retournée chez mon adorateur* Ah 1 que je me suis ennuyée I »
C^est tout I c*est cette visite de M. Hombert à Bernerette qui serait devenue, avec M. Dumas, la
visite de Duval père, arec Barrière, la visite de l uucieDuraûdiu. Â mou sens, la visite de M. Uombert dans MuHset, n'est pas même un germe par rapport aux œuvres qui uut suivi ; elle est tout au plus une indication. Si la Ggure de Mîmi, dans la pièce de la Vie de Bohènie^ se rapproche beaucoup de celle de Bernerette et de celle de Mimi Pinson, la physio* nomie de Marguerite Gautier, dans le drame et dans le roman la Dame aux Camélias^ ne doit rien ni à Allmi i^iusûQ, ni à Bernerette. Je crois donc pouvoir écarter Frédéric et Bernerette de la question de <c sources » que j'ai soulevée.
A rOdéon, les Petites Mains n'ont réussi que tout juste.
M. Labiche, l'auteur des Petites Mains, est de la lignée directe de Molière. IL ni el iàil rire. Tour le plein rire, pour le rire jusqu'à en braire, il y a Molière et Kacine, et puis tout droit sans intermédiaire, il nous faut venir à I^btche; car l'étourdissante gaieté de Hegoard se distingue nettement de l'audace de bouffonnerie qui caractérise Molière, Racine et Labiche. M. Labiche a plus que de la gaieté et de l'esprit dans l'imagination ; il y a du génie, du sincère et gros génie. Le Misanthrope et l'Auvergnat^ V Affaire de la rue de Lourcine, la Commode de Ffcforiney c'est de la solide étolfe comique. Le Chapeau de paille d* Italie, la Cngfwtte, la Sensilive, c'est de la
LES îtiLATRES PAHlSIEiNS. 113
grande manière. La scène VI du premier acte du Chapeau de paille^ avec le cri maniaque de Noûaacourt: « Mon gendre, tout est rompu ! », le sanglot de Bobin « Des pipinièristes I » et les huit fiacres de la noce dans la perspective, est autant dire signée Molière. On pâme rien que d'en parler. 11 en est de même au premier acte de la Sensitive {scmes II et III) du café Moutonnet et des trois maréchaux des logis Chalandard, Champinais et Manitou, se faufilant Tun par Fautre dans la noce de Bagnol, un civil
' cossu qui est approximativement de leur escadron par un cousin qu'il y possède. On a là le maréchal
' des logis tout craché, la pure nature maréchal des logis qui saute aux yeux, comme on a tout Angoulême dans un mot de la comtesse d'I^scarbaguas. Ce qui dislingue Molière et Racine de M. Labiche, il va sans dire que vous et moi nous le percevons. Ne fût-ce que le goût, plus ou moins vif et plus ou' moins soutenu, de la perfection, qui ne fait défaut à aucun des auteurs dramatiques des xvn*' et win^ siècles, ce serait assez pour établir un abîme entre les modèles d'autrefois et les plus féconds invenkurs du règne de Louis-Philippe et de Tépoque de Napoléon lU. Malgré les dons de génie, M. Labiche n'appartient pas à ce que j'ai appelé un jour ici même la grande série, à propos de M. Emile Augier, qui en est lui cerLaiiiciueut avec
114 LES THÉÂTRES P.VRlStEMS.
F4veniuriêre,G(^rielie et PhUiberte.îH^is il a lal)ouré le cliamp eunuque eu robuste joyeux laboureur. Ce genUeman fatToer de Sologne a ausi^i défriché toule une Sologne dramaUque. {^'lieure est venue que nos deux premières scènes Ultéraires, la Comédie- Française et rOdéon doivent regarder du coté du répertoire de Itf . Labiche et s'en approprier quelque chose.
C'est ce qu'a senti t'Odéon. Il a emprunté à M. Labiche les Petites Mains. Seuleiuent i'Odeoa s'est trompé dans le choix de la pièce.
Vous trouverez les i^etUea Muins au iiuitième volume de l'édition complète qu'a donnée H. Calmann Lévy du théâtre do l^abiche ^ Ceit'e pièce fut représentée pour la première fois en 1839» sur le ihéâli^e du Vaudeville de la place de la Bourse.
Quoique la pièce porte la qualification de comédie, ce n'est qu'un vaudeville sans couplets. On s en exa^é-
rerait beaucoup la valeur en la plaçant au même
niveau que les comédies bourj^eoises de Picard» c^ y cherchant la finesse de Dumersan ou de Dumanoir, en sluiaginant y reconnaître la bonhomie de vérité des deux ouvrages de Waflard et Fulgence restés au répertoire. Le ton général des plaisanteries et le genre d'intrigue qui en forme le fond rappellent
1 . Théâtre complet (VRitgèm Ixibiche, avec une préface par Épiilc Aubier. 10 voluines. l^m'is, Calmann Lcv^.
LES THÉATRËS 1>ARIS1BNS. H5
plutôt Duvert et Lauzaune, et non encore ce qu'il y a de plus origiDal et de plus distingué dans Duvert et Lauzanne. Les trois personnages eoiuiques qui y paraissent sont de simples burlesques. Jusqu'au titre du vaudeville qui est ïnaniéré et soit du franc caractère! Nulle moralité ne s*en dégage. On n'y découvre le vrai Labiche que dans un ou deux traits du personnage de Chavarot et tout au début. Chavarot est un commissiomiaire en marchandises qui se dérange avec ordre^ ainsi qu'il nous l'explique luimôme: a J'ai été admis tout de suite à ollrir à cette petite danseuse un mobilier... trois mille huit cent francs!... C'est un peu raidel Mais jai fait un bon inventaire cette année. (Ramenant ses cheveux). Je suis un drôle de bonliomme» moi I Le premier jan vier je me fixe une somme pour petits... égarements I Je la passe sur mes livres à Tarticle Bienfaits, à cause de mes commis... et jamais je ne la dépasse. » Voilà le Labiche au naturel, cette passation d'écritures sous la mention Bienfaits! Tout le reste du vaudeville n'est qu assez amusant. La pièce irait encore, jouée en fin de spectacle, rapidement, avec entrain, sans baisser le rideau; ce n'est pas, en ce moment le cas; elle forme à elle seule le morceau de résistance du programme: les artistes détaillent leurs parlics avec une grande attention à être fins et méthodiques ; les entractes dirent, et la salle 4^ rUijeMa Çisi bieji ya^t(3
116 LES THÊATRBS PARISIENS.
pour qu'on la remplisse avec si peu do chose, lentement débité.
Vous voulez prendre du Labiche à TOdéon ou à la
Comédie ? Foi t bien ! Vous avez raison ! Mais n'y cherchez pas finesse, prenez hardiment ce qui est de génie et jouez-le dans le ton voulu. Jouez quelquefois à TOdéon le Misanthrope ou VAffaU*e de la rue de Lourcine vers dix heures et demie du soir, après le diame, la comédie de caractère et la tragédie. Jouez aux Franeais le Voyage de M. Perrichon; car d'y représenter le C/iapeau de paille môme un jour de carnaval, et avec de fortes retouches, c'est ce qui ne se peut pas. M. Got ne voudrait jamais s'insinuer dans la peau de Nonancourt, ni M. de Féraudy descendre jusqu'à Bobin, ni M. Thiron réaliser Beauperthiiis, ni M. Coquelin éclipser Ravel dans Fadinard. Ei pourtant !...
Quand le Train de plaisir^ le vaudeville nouveau
qu'on donne au Palais -Royal, aura fourni la carrière de cent cinquante représentations, il est probable qu'il aura achevé ses destins et qu'on ne songera à le reprendre un quart de siècle après ni à TOdéon, lii à la Comédie-Française, ni même au Palais-Royal. C'est ce qui nous dispense de monter sur de grands chevaux pour en dire notre avis. On ne peut évidemment pas faire la critique en règle du Train de plaisir
comme rAcadcuuceu lti3b lit celle du Cid. L'Académie en corps aurait beau censurer le Train de plaisir, la pièce n'en aurait pas moins les cent cinquante représentations réglementaires. Elle a été composée et écrite pour l'amusement courant des braves gens qui ont besoin de se dilater la rate entre neuf heures et minuit; elle a atteint ce but. On rit assez au premier acte, beaucoup au troisième et encore plus au quatrième.
Le Train de plaisir est joué par MM. Daubray, Hyacinthe, Raymond, madame Mathiide, mademoiselle Lavigne, bref, tout ce qui jouait dans ma Camarade ou à peu près. De plus, M. Milher, mesdemoiselles Dinelli et Berthou. Les acteurs qui arrivent de ma Caniaradej MM. Daubray, Hyacinthe, Raymond, etc., sont bons sans rien de saillant. Ils n'ont pas retrouvé dans le Train de plaisir réclalant succès qu'ils avaient obtenu dans la pièce précédente. Pour Hyacinthe, ce n'est pas sa faute, son rôle ne signihe pas grand chose. Hyacinthe figure un chef de gare qui se plaint sans cesse qu ou voyage, les voyageurs ne servant qu'à déranger les chefs de gare. Ce n'est ià qu'une répétition aUaiblie du secrétaire de police des Charhotmîers, qui préférait si drôlement les voleurs, gens discrets, et tranquilles, aux volés. Car, disait-il, les premiers ne viennent jamais au bureau de police quand on ne les y demande pas, et les
autres sont toujours à assaillir H. le commissaire de leurs plaiates et de leurs réclamalioos. l4ademQi^elie Hathilde n'a pas, dans la pièce, un rôle beaucoup plus heureux que Uyaciutbe, elle y est cpQciefge à pataquès. Une concierge qui dit phénisqm pour phénix et casermer pour casanier n'est pas précis* ment un caractère de vaudeville aussi neuf qu'était dans ma Camarade la respectable épouse de A(. Eugène employé du gouvernement. Il n'y a doue pas à s'étonner que mademoiselle Mathilde» concierge, ne produise pîis autant d'eirct que mademoiselle Mathilde, tireuse de cartes. Un doit être moins indul* gent à l'égard de mademoiselle Lavigne. Cette amusante comédienne aurait pu faire valoir beaucoup plus le rôle que les auteurs lui ont donné. Après avoir composé le personnage de Sidonie dans ma Camarade d'une façon absolument magistrale, ce Lassoucbe féminin n'est plus qu'ordinaire daqs le Train de plaisir.
M. Milher en revanche est merveilleux. Le personnage de Bordighieri restera l'une de ses créations désopilantes. Ce Bordighieri est l'un des gros bonnets de la principauté de Monaco. li y tient le duiible emploi de chef de la sûreté et de directeur de la prison. En tant que chef de la sûreté, il faudrait qu il anétàt les malfaiteurs; en tant que directeur de la prison, il serait nécessaire qu'il les gardât sous Uij>le sorrure.
LES THEATRES PAHISIENS. 119
Mais rimprévoyant gouverneur de Monaco (ce nest pas, je Tespère, le regretté Sainte-Suzanne) a conclu avec Bordighieri uu arrangemeut psyciiuioi^ique et financier désastreux. L'entretien et la nourriture des pnsoaniers, ainsi que les consolations inorales à leur prodiguer, sont à forfait, et c'est Bordighieri qui a la coucessioii du foriail. i^n ii ail peu ou beaucoup ou pas du tout de prisonniers i hébergelr, le prix trimestriel de pension qu'il touche reste le même. Conséquence, il n'y a jamais de prisonnier en prison. En tant que directeur de la sûreté, Bordighieri pourvoit d'abord à la sienne. Dès qu'il apprend qu'un mêlait se prépare à Monte-Carlo, il s'oriente ^ sur Roquebrune et réciproquement. Que si quelque maladroit gendarme, malgré les savantes manœuvres de Bordighieri, met la main sur un criminel et le coffre à la maison d ai rét, Bordighieri, eu tant que directeur de prison, déploie des ressources inénarrables d ingéniosité pour donner la clé des champs u ce pensionnaire qui grève son budget de dépenses. Son mauvais sort veut précisément qu'au troisième acte il soit obligé d'arrêter toute une bande arrivée de Paris la veille, et qu'au quatrième, à chaque lois qu'il visite une cellule pour la vider, il y découvre un prisonnier de plus qu'il n'y a pas mis. Rien de plus alerte et de plus prestigieux que tousces détenus qui s'eujiirouijleut les uns dans Jes autres. Cet ébou-
W LB8 THÉÂTRES FAhlSlËNS,
riffant pwssez muscade du mdÀencoïilvi^iXii caplils U*ahit la main de M. Uennequin, comme dans le personnage luému de l>Mrdjgliiuri on devine la fantaisie de MM. Arnold Mortier et Saint-Albin. U serait difficile d'i'xprinier la tranquiiiile paterne avec laquelle M. Milher s'acquitte de ses fonctions de bon geôlier et de cbei' de la sùrelé qui ne fait pas de zèle. On n'est pas meilleur bouffe. Milher et Bordîgbieri, l'un })oriant Taulre, ont assuré el accentué le succès du Train de j^i9i9\
Maintenant, pourquoi ces aventures lanUisliques du chef de la sûreté de Monaco s'appellent-dies le Traia de plaisir'! C'est ce que je ne me charge pas de vous dire. Peut-être les auteurs ont-Ils d'abord voulu écrire la comédie du train de plaisir qui était en effet à faire (qui Test encore) comme M. Labiche a écrit dans la Caynolte la comédie du voyage à Paris; une fois arrivés à Monaco, lorsqu'à surgi devant leur imagination la figure délirantede leur Bordighieri, ils se sont laissé dominer et égarer loin de leur objet primitif par le fantùiue uième qu'ils avaient créé. Peufrétre aussi ont-ils trouvé que le titre le Train de plaisir edl dki ceux qui tu ent l'œil ; et v'ian! ils Font étalé sur leur affiche sans y regarder autrement. Ils sont pourtant tous trois de qualité à n avoir pas besoin de mettre tout leur esprit dans leur titre 1 En fait ce qu'ils ont écrit, ce n est ni la comédie ni le
LES TBiATRES PARISIENS. 121
vaudeville du train de plaisir; ce n'est pas davantage
la comédie ni le vaudeville du voyage de iMoiiaco; ce n'est même pas à proprement parler une comédie ou un vaudeville; encore moins est-ce une fantaisie parisienne, à la fois comique et philosophique, mêlée à dose habile de rêve et de réalité, coniiae ma Camarade; ils ont écrit tout bonnement une opérette en trois actes précédés d'un prologue. Bordighieri, le chef de ia sûreté de Monaco, nous remet sous les yeux le sénéchal ou le corrégidor classique de Topérette, heureusement revu, adapté et augmenté. Cbaque fois que Bordighieri parait avec ses gendarmes on attend les flonflons de Lecocq ou d'Hervé. Hélas 1 ils ne viennent pas. L'opérette sans musique 1
Mous marchons vers cette insanité Uttéraire. C'est la
faute à Sarcey. En a-t-il composé des articles, en a-t-il lancé des anatbèmes contre le genre légitime et charmant de lopérette, qui n'est après tout (jue la comédie à ariettes de nos spirituels aïeux, relevée d'un élément de costume et de fantastique que nous a transmis le romantisme. 11 se trouve que M. Sarcey, pai ses malédictions infatigables, a a découragé que les musiciens. Les librettistes tiennent bon. Nous aurons bientôt, nous avons déjà eu depuis uu an des Pelit Faust et des Chilpéric^ réduits au texte. C'est hoi l ible. Le Train de plaûir ne consomme pas la catastrophe; il marque la roule qui y mène et il
LKS TUÉATAES i>ÂAIblENS.
se tient à i enibrauchciaeut. Ou rit et l'on s aumse; par ooDBéqueoi, les auteurs ont eu raison. Mais il n'est que temps de crier: Gare!
Mais que de reprises 1 Nous touchons à la fin de la saison théâtrale 1883-1864 et des reprises en ont rempli au moins la bonne moitié. La Porte-Saint- Marliu, si Ton met de côté Tetfort honorable de Nam-Sahib^ a vécu sur Froufrou et la Dame aux Caniéiias, Entre Monsieur le Ministre et le MaUre de fcrge»^ le Gymnase s'est débattu parmi les reprises. Le liicàUe de l'Ambigu n'a tiré de Pot-Bouille qu'une subsistance bien provisoire. 11 lui a fallu remettre coup sur coup sur l'alliche CÀs de trèfle et la JemmM du roi Heim, U joue en ce moment le» Deux Orpki'Unes, qu'il avait déjà remonté au mois d'octobre dernier. Qu'a-t-on vu à la Gaité pendant un an, sous la direction Laiocliclle ? Deux ou trois drames nouveaux qui se sont défendus chacun tout au plus trois semaines; on s'y est ahuicnlé tant bien que mal avec les Pirates de la Savane^ la Tour de Nesles^ Henri III et sa Cour, l'éternel Courrier de Lyon qui compose à présent le spectacle et continue, dit-on, de faire d'assez bonnes recettes. Je suis surpris qu'un tel état de choses n'ait encore «aggèré à aucun directeur l'iduc de consacrer exclusivement son théâtre à l'ancien répertoire du drame, du vaudeville, de la comédie- vaudeville et de l'opérette,
Autant vaut vivre, ce nous sciuble, sur un répertoire varié et métbodiquemeat renouvelé chaque année, que sur des reprises, à qui l'on recourt précipitamment et au hasard quand la nécessité vous a mis la main à la gorge et commande.
Quel est le théâtre qui a fait en somme les plus brillantes allaires depuis i(S71 ? C'est justement un théâtre de répertoire; c'est le seul théâtre qui ne joue jamais continuement la même pièce tous les jours; c'est la Ck)médie-FranQaise enfin. Sous la direction de M. Perrin, la Comédie a sans doute beaucoup plus incliné qu'auparavant vers le système des pièces perpétuelles, des pièces à succès jouées jusqu'à épuisement définitif. Je ne crois pas pourtant qu'on y ait jamais représenté aucune œuvre plus de trois fois par semaine. C'est là une diversité relative; ou est fondé à remarquer qu'elle est l'une des causes de la bonne situation financière delà Comédie. Voilà donc un théâtre qui se soutient par les changements réguliers d'affiche; n'est-ce pas une indication dont pourrait proiiter l'indusUie théiUralu ? 11 existe chez nous un répertoire populaire, aussi fourni et aussi iuépuisable que le répertoire ciassique, si ce n'est d'aussi haute valeur. De ce répertoire populaire, je répéterais volontiers, sous certaines réserves, ce que je disais récemment du répertoire classique. Il ne s'y trouve aucune pièce que le pubUc des scènes de
L&S TUKATAËS PARISIENS.
boulevard puisse leuir bien passioimément à revoir chaque année; il n'y en a pas presque pas une qui, reprise à grand frais, aniverail à remplir une salle cinquante jours de suite ; il en est au contraire, par ccûtames, tant vaudevilles que drames, auxquelles on s'intéresserait de temps à autre. Je suppose un directeur actif et, au fait, disposant de la salle de la Porte*Saint-Martin, de TAmbigu ou de la Gaité ; n aurait-il pas des chances sérieuses de réussite, si pendant une saison de neuf mois il renouvelait une trentaine de lois son affiche ; s'il donnait une semaine Lazare le Pâtre ou Kean^ une autre semaine Trente ans ou la vie d'un joueur ^ une autre fois un spectacle coupé se composant de quelque ancien vaudeylllc en un acte (Pourquoi? — Ma Femme et mon Parapluie — Un Mari qui bat sa femme) et d'un drame de médiocre étendue, tel que les Mémoires du Diable ; une autre fois encore, un acte de genre, comme VHènlière^ deux actes gais, comme le Pont-Cassé, et une comédie sentimentale en deux ou trois actes? Le directeur que je suppose auraità sa disposition tout Scribe et tout Dumas, sans compter tout Bouchardy, tout Anicet-Bourgeois, tout Uozier, tout Bayard, tout Mélesville, tout Ouvert et Lauzanne, tout Dumanoir tout Lambert ïhiboust et bon nombre d'auteurs encore vivants ; il aurait plutôt trop que pas assez . n lui faudrait une troupe nombreuse et laborieuse,
formée d'arlisles jeunes et robuslcs, également aples à jouer le gai et le sinistre, le pathétique et le violent, assez zélés à l'étude et assez bien doués pour ne pas rester au-dessous des exigences d'un public parisien; pas assez renommés pour ne passecon* tenter d'appointeaieats modérés. Les places nécessairement, dans un tel théâtre, devraient coAter peu ; pas de places au-dessus de cinq ou six francs ; beaucoup de places & cinquante centimes ; tout le reste, à trois, deux et un franc. — Mais me dira-t-on, ce que vous proposez là, c'est bien connu; e*est le théâtre de banlieue et .le théâtre de sous-prélecture; c'est le Petit^Lazari du temps jadis, un Petit-Lazari dans une grande salle et avec répertoire :
Oui, oui, mais on y allait au Petit-Lazari; on y faisait queue; on s étouiiait aux portes et on s'y amusait.
Les théâtres se rouvrent. — Comédie-Française : les Demoti'ilei de 8ami-Cyr^ Volie-face, — La genèse des Pattes de Mouche^ — Analyse de la parenté des trois pièces : VÈUmrneau^ le Chapeau de paiUe dltaUe et /es Pa^fes de Mouche, — Conclusion contre la propriété littéraire, — Gustave Fould et la Comtesse J^maiû*
(Feuilletoa du i*' septembre 1S64.)
La température baisse et les théâtres se rouvrent. Nonobstant la fraîcheur des soirées» on se demande si les théâtres se rempliront. Il se passe en ce moment à Paris des choses inouïes qui ne s*ex* pliquent que par le vide. Les cochers des voitures de place sont avec Je cUent d'une amainlité» d'une prévenance, d'un zèlel Vous les prenez à l'heure, ils voient comme le vent. Vous héle^ un maraudeur à la porte de Levallois, vous lui dites : « A la course, gare d'Orléans », il s'empresse et vous fait risette. Il lUul que les cochers n'jiient plus n transporter pef^
LES THÉAinES PARISIENS.
sonne. M. AunHien Schoil, toujours- si expert à UUer le pouls de la grande ville» raconte dans une de $es dernières chroniques, que diuiaoche soir, vingtquatrième d'août 1884, deux des plus élégants et des plus eélèbivs cafés du boulevard n'ont pas eu occasion de servir un seul dîner. Si M. Scboll n'exagère pas, le fait est énorme.
Ët tout de ipéme les théâtres se rouvrent. Le Gymnase a rccomuieucc la série des repn'seniatious du MaUre de Forgea, et le tkéàire Cluny, la série des rcprébeiilatious de Trois Femmes pour un mari. Aujourd'hui, le théâtre du Palais-lioyal se remet à « Tœuvrç avec le Jraui de plaisir, et le théàlre des Folies-Dramatiques avec Ba^lin. Demain, inauguration du nouvel Auilugu et première rcpréscnlalion de un Drame au fond de la mer, Après^emain, probablement, rentrée de ja troupe des \ariétés, qui reprend le Chapeau de paUle d'Italie. A la Porte- Saint- Mai Lin, on dilïi re encore : une seconde révolution directoriale s'y est accomplie. M. Meyer, Y impresaario anglais, après de longs débats et de lougues négociatious avec madame Sarah Bernbardt, renonce et transmet le sceptre à M. liuquesnel, dont tout le mondç se rappelle la brillante direction à rOdéon. Seulement, madame Sarah Bernliardt s'est engagée à verser entre les mains de M. Meyer, pour ^Lduiiimauement des Irailé^ conpius et résiliés, UPP
LES TilÂATftES PARISIENS.
^mme de quatre-viogt mille francs. Aussi je me languissais et je me disais : « Il y a bien longtemps que Sarah Bembardt a*a payé aucun dédit I »
lUeu n*est tel que voyager pour se trouver em^uite content chez soi. Je suis entré l'autre jour, en passant, à la Comédie. Je n'ai pas été du tout morose. On jouait le petit acte en vers de Guiard, VoUe-face, et ie^s Detnoiselles de SairU-Cyr, Je ne connaissais pas Volte-face. Cela se passe à Guérande. Le fonds n'en est pas tout battant neuf. Mais quels jolis vei-s» francs et limpides! Comme ils tintent clair à l'esprit et à l'oi*eille 1 Comme ils arrivent lestement et gentiment au but, sans se charger sur le chemin de métaphores et d'antithèses à la mode moderne. Il est iiien dommage que Guiard, trop modeste ou trop occupé, ait si peu écrit pour le théâtre. Il est bien dommage aussi que les Denuriselles de Smnt-Cyr soient une pièce qui, passé le second acte, s'en aille à la queue leu leu. Les deux premiers actes étinoellent. A vrai dire, toute celte iustoire de Saint-Uérem et de Ciiarlotte n'a pas le sens commun. Ce sont des bosquets dldalie que les cours et jaidins du couvent de Saint-Cyr, tels que nous les représente Dumas. On y entre» on en sort, on s y donne des rendez-vous, on passe par les fenêtres et à travers les murs avec une lacilité mirobolante. Qu'importe 1 tout cela est
LES THEATRES PARUIBKS. 129
si amosant ! Le personnage de la jeune pensionnaire
Louise, traitant de saDg-iroid pour Charlotte avec Saint*Hérem et pour elle-même avec ce pataud de Dubouloy, fils de feraiier général, offre le plus vif attrait scénique« Dubouloy, lui, est irrésistible. On ne tient pas contre le comique romanesque de sou aventure. Il va se marier dans deux heures vingt minutes avec une graude carcasse majestueuse de fille noble où sont toutes les convenances, et la destinée veut que, dans ces deux heures, il devienne, sans s'en douter, séducteur et ravisseur, soit jeté dans un cachot de la Bastille, et épouse, malgré lui, une petite bourgeoise charmante. Moi, quand Dumas et Scribe me content au théâtre de ces contes de Paris et d'Espagne, je bade comme Sultan Shabriar devant Schéhérazade ; le féroce empereur des Indes n'a pas la force de trancher la tète à Tadroite conteuse avant de savoir la fin, ni moi de réclamer au nom de madame de Maintenon, de la r^le de Saint- Cyr et du bon sens, avant de savoir la suite.
Ce soir-là. Messieurs les Comédiens m*ont fait reflet d*ôtre excellents. Ils me rendaient, après six semaines passées à entendre une langue étrangère, non pas seulement la langue malernelle, mais, ce qui est bien plus doux encore, l'accent de cette langue, « Taccent du pays où l'on est né », sur lequel La Rochefoucauld a écrit une maxime si
ramilière, si tendre» si inattendue de la part d'un
iioiiime du xvir- &iècie. C/esl une perfection que la manière dont ils ont joué Volte-face.
Nous allons donc revoir le Chapeau de paille Italie^ aux Variétés, en même temps que les Pattes de mouche^ à la Comédie. A ce t)ropos, plusieurs personnes se sont étonnées de ce que j'aie avancé que le Chapeau de paille d Italie et les Pâlies de mouche roulent Tun et l'autre sur la même donnée foiidaineiilaie que VEloumeau. Ou me demande quel rapport peut exister entre une œuvre élégànte et line comme les Pattes de nwuclie et le comique ample et puissant, mais gros, du Chapeau de pàiUe d halle. On n'admet pas que je fasse procéder de VÉt&umeau, vaudeville amusant, composé sur le modèle de toutes les comédies-vaudevilles du temps de Louis-Philippe, Chapeau de paille d*Jtaliey bouffonnerie si profondément originale qu'elle a opéré une quasi-révolution dans la méthode théâtrale et dans l'archilecture scénique. Il est certain que le public qui ira voir bientôt et presque en fnériié temps tes Pattes de mouche et le Chapeau de paille d'ItcUie refusera au premier abord de reconnaître etitre les deux pièces aucun trait de ressemblance. Le public aura à la fois tort et raison. C'est la toûctlon du public au théâtre de se plaire ou de s*ennuyer sans chercher midi à quatorze heures. C'est le itiëtier du
critique de décomposer les pièces, et c'est le métier
de riiislorieii iiltéraire et dramatique d*en montrer la génération et la suite. J'essaye de remplir cet office de mon liucux, quand roccasion s'en oiïrc, même à propos d'oeuvres bien moindres que le Chapeau de paille d'Italie et les Pâlies de nioudie. Petites peuvent être les œuvres; à l'aide des plus petites œuvres, il est d'un haut intérêt de saisir à nu les procédés d'élaboration, latents et inconscients» du génie et du talent et d'étudier l'encluduement historique des données littéraires. Le Chapeau de paille d*Italie (1851) et les Pattes de uujache (i^OO) sont deux frères ou deux germains qui ne se ressemblent pas entre eux, mais qui ressemblent à un aïeul commun, PÉtoumeau^ représenté au Palais-Royal en J844.
Un certain objet a été perdu ou caché. Il y va de
l'honneur d'une femme et de la vie d'un homme à ce qu'on le retrouve. Un ou plusieurs personnages se mettent à la recherche de l'objet. Avant de le découvrir, ils passent nécessairement par des vicissitudes de toute sorte qui peuvent être ou comiques, ou tragiques, ou romanesques. Telle est la donnée cuaimune qu'ont traitée Bayai d et Léon Laya dans VÉUmmeau^ MM. Labiche et Marc-Michel dans le Chapeau de paille d'Italie^ M. Sardou dans les Pattes de mouche. L'objet à trouver ou à re-
prendre est, dans la pièce de Bayard et de Léon Liiya une lettre d*amour écrite par un jeune étourdi à la feiiimc légitime d ïui jaloux; dans la pièce de M« SardoUy une lette d'amour écrite, avant son mariage, par une jeune leinnie à un prétendant, qu'elle distinguait et qu'elle n'a pafi épousé ; dans Ja pièce de MM. Labiche et Marc-Michel, l'équivalent exact des deux lettres est un chapeau de paille d'Italie, qui a été délérioré, au cours d'un rendezvous galant, et sans lequel l'épouse coupable ne saurait rentrer au logis conjugal, ou bien tout serait dévoilé. C'est bien, dans les trois cas, le même sujet fondamental.
Je prends d'abord celle des trois pièces, tÈUmr' iieaUf qui se trouve être, par rapport aux deux autres, la pièce type, la pièce génératrice. Félix, employé de banque, s'étant rencontré quelquefois avec la belle madame Dunoi», dont le mari est a^ent de change, ancien militaire et brûlai, adresse de but en blanc à la dame une épître incendiaire dans laquelle il la tutoie et se suppose tutoyé par elle, tout comme si c'était une lettre écrite après consommation et non pas avant. Il dépose délicatement cette lettre audacieuse dans un bouquet qu'il offre à madame Dunois. La dame prend le billet et lit : « Il vous plaira acheter au cours d'hier cent vingt francs soixante-dix centimes... six cents francs de rente
à cinq... » Stupéfaction de Félix. U a remis au charmant objet de ses pensées un ordre de Bourse, qui était destiné au mari. Mais alors, la déclaration rédigée pour Ja femme, c'est au mari qu'il Ta envoyé I Tout le courrier de la maison de banque vient d'être expédié. Il n'y a pas de doute. Le terrible M. Dunois recevra par la prochaine distribution le billet concluant qui accuse sa moitié. « Ah! vous m'avez perdue l d s'écrie k pauvre femme, fort innocente de tout cet embrouillamini. Félix est chevalier français. Il ressaisira la lettre compromettante, à tout prix, avant qu'elle arrive entre les mains de Dunois. Il dit et s'élance à la recherche. Ainsi finit le premier acte.
La pièce en a trois. Pendant les deux derniers actes, Félix suit la lettre à la piste chez Tépicirr du coin, où on Ta jetée à la l)0]te» au bureau de poste central du quartier, chez le concierge de M. Dunois, sur la ligne de Rouen et dans une commune rurale des environs de Mantes où elle a été, en dernier lieu, réexpédiée. Tant que dure cette folle poursuite, Félix reste plus ou moins sous les yeux de M. Dunois qui ne comprend rien à ses effarements, qui est toujours sur le point de recevoir la lettre criminelle et qui ne la reçoit jamais. Félix met sens dessus dessous les distributions, il manque des trains de chemins de fer, il crève des chevaux, il aitei^d les
LES THÉATUES PARISIENS.
filcleurs ruraux au coin des bois sombres pour les assommer, et quand Uml est désespéré, oùretrouvel-il enfin la letlre diabolique ? Dans sa propre poche. Il ne l'avait pas niise à la poste. Il la colportait en courant après elle! Il nous semble que ce dernier trait ne laisse pas que d'être notable. Mettez main- Icnanl un chapeau de paille à la place de la lettre : n'est-ce pas cxaclement l'aventure de Fadinard et la méthode de M. Labiche dans le Chapeau de paille (fTlalie? Fadinard est condamné à chercher par monts et par vaux, chez les modistes, chez les baronnes, chez les bourgeois du Marais un chapeau qu'en fin de compte, au cinquième acte, il découvre dans sa propre maison où il le possédait sans s'en douter. Puis(jue le hasard m'a amené à parler tout à riieure de Dubouloy et des Denioiselles de Savit- Cyry je ne puis me dispenser de faire remarquer que la situation si drôle, où M. Labiche met son Fadinard et où n'est pas le Félix de V Étmrneau^ ne fait que répéter, mais avivée et portée au sumnmm du grotesque, la situation du personnage de Dumas, dans les Demoiselles, De même que Dubouloy s'approte à célébrer son mariage, lorsque l'imbroglio le plus imprévu le saisit et l'entraîne dans son tourbillon, de même Fadinard est en plein(*s noces quand il est obligé, toute affaire cessante, de courir après un chapeau, sa noce lui courant après lui-même;
LES TliÉAi'RE<( PAUISIENS. 1^5
cest la même chose et c'est pourtant tout autre chose; j'observe ces rencontres ou ces remaniements à nouveau d artilices scéiiiques (lt\jà employés aujiaravant et je ne cesserai de les observer pour l'édification de nos auteurs conteaipoiains (|ui, avec leur bizarre conception de la production littéraire» sont luu jours di.spuscs à rrior qu'on les voit\
M. Labiche a pris à Bayard et à Léon Laya leur inélliode de eomposiliui) on Iransformant lohjet qu'il s'agit de retrouver. M. Sardou leur a pris l'objel à trouver dont ils ont fait choix pour l'Élounieau, un billet amoureux; il leur a laissé leur méthode. Prosper Blok possède la lettre dangereuse, écrite avant le mariage par Clarisse, devenue depuis l'épouse fidèle de M. Yanhove, il menace d'en abuser; Suzanne, par dévouement pour Clarisse, a juré de s'emparer de la lettre par force ou par ruse. Elle ne court pas au hasard à travers le monde, comme Félix et Fadiuard ; tout se passe dans i ultérieur du château de M. Yanhove. C'est le billet luimôme qm court mcognito de main en main, toujours prêt à être reconnu ou détruit, et qui enfin Test. Dans l Ètoumcau et le Chapeau de paille if Italie^ nous avions l'odyssée des personnages: nous avons ici celle du billet, qui exige de la part de Tauleur un genre d'invention bien plus alerte et plus délié; inajs enfii} dans lea Pâlies de mouche c'est le juillet
13G LES THÉÂTRES PAKISIENS.
de l Étourneau, comme dans le Chapeau de paille le sleeple-chase de Fadinard est le sloeple-cliase de Félix.
Je ne relève pas ces mélamorphoses d'un seul et uni(|ue thème pour atténuer les mérites d'originalité (pie peuvent présenter le Chapeau de paille d'Italie et les Pattes de mouche y pour accuser M. Labiche et M. Sardou d'être les pla{^iaires de Bayard et de Léon Laya. Tout au contraire. Le thème n'est rien sans le metteur en œuvre.
Supposons que les trois pièces dont je traite n'aient pas encore été écrites. Je réunis autour de moi une centaine de vaudevillistes et de dramaturges, et, reprenant les expressions mômes à l'aide desquelles j*ai pénétré jusqu'au nr>yau des trois pièces, je dis à mon auditoire : « Mes amis, je viens d'imaginer un sujet de pièce, certainement admirable. Ne voulant pas moi-même m'en servir, je vous le livre. Vous feindrez qu'un objet quelconque a été égaré; que la découverte de l'objet perdu intéresse au plus haut point un ou plusieurs individus; que ces individus se mettent tous à la recherche dudit objet et qu'ils ne le trouvent qu'après des aventures variées. Vous sentez tous aussi bien que moi tout ce que mon sujet contient en germe de choses plaisantes et émouvantes ; preiiezles: je vous los livre. »
Je vois d'ici la iigurc de mes cent vaudevillistes et draiiiaturges. Cruyez-vous, par hasard, qu'iJs me remercieront avec effusion d'un cadeau aussi magnifique ? Ils me répondront que je la leur baille belle, avec ma libéralité, et que je leur offre non pas du tout un thème de pièce qu'ils n'auront qu'à recueillir, mais les données d'un problème fantasque et dillicile qu'ils auront à résoudre. A peine, sur cent qu'ils sont, y en aura-t-il quarante qui se mettront sérieusement à chercher la solution ; une quinzaine au plus ébaudieront un plan présentable; quatre ou cinq seulement réussiront à construire leur œuvre complète, PaU& de mouche^ Chapeau de paiiic d'Italie ou Élourneau. Leur œuvre achevée, si je m'avisais d'y réclamer une part de paternité à cause de l'abandon généreux que j'aurai fait de l'idée fondamentale, les cinq auteurs heureux me dcciaieraient avec la plus amiabJe franchise qu'ils ne me doivent rien du tout. J'estime que je n'aurais pas le droit de les taxer d'ingratitude. Ils seraient bien, cliacun, Tauteur de sa pièce, et non pas moi.
Car, quoique la parenté des trois pièces dont nous
parions s'accuse par des signes sensibles et palpables, combien elles diffèrent entre elles I Combien elles sont encore plus dissemblables que ressemblantes ! Combien chacune des trois jaillit plus du fonds de
138 LES THKATRKS PARISIENS.
leinpûranient dramatique particulier à l'auteur qui la écrite que du fonds de tlièiiie comniuu à toutes trois! Gai vaudeville que VElourneau, bourgeois, lioniiôte, une des bonnes pièces, en somme, du théâtre contemporain. Mais si c'est le voyage de Félix, faisant la chasse aux facteurs de la poste aux lettres dans Paris et les départements, qui d'aventure a suj^géré à M. Labiche l'idée de la course au clocher de Fadinard à travers les boutiques et les salons, le plus grand mérite de VELoumeau est encore d'avoir engendré le Chapeau de 'paille, celte incomparable épopée du burlesque. Que c'est mince et banal I Félix, tout seul, prenant, par méprise, le train de Saint-Germain au lieu du train de Poissy, puis, tombant à Poissy au beau milieu de la molée des moutons et des veaux, que c'est mince et banal auprès de Fadinard, escorté de sa noce en huit fiacres qui s'introduit eu pompe et avec gravité dans les bals du grand monde et dans les magasins de mode, qui viole et perturbe le domicile des rentiers paisibles et qui finit enfin par se faire mettre an poste I La seule idée qu'ont eue Labiche et Marc-Michel de créer cette noce aussi imposante que le chœur antique nous transporte à mille lieues de VÈtourneau. Que, si de l'ouragan de comique où l'on tourbillonne avec le Chapeau de paille^ on trouve le temps de jeter encore un regard de sang- froid
LES TUÉAIRLS PAUiiiJ^NS. 139
du coté de rÉioumeau, celte pièce agréable et plaisante en est tout écrasée et mise en pièces. Auprès des Polies de Mouche d autre part, l ElourneaUy $i leste en soi» paratt d'un lourd et d'un prosaïque I Nous nous promeuQUà, avec les Pattes de Mouche, dans une sphère d'éblouissement et de poésie. Le billet eu poche de l'Elourneau vo!tige et luiroite ù Tair libre dans les Pattes de Mauche comme une bulle de âavuu lumineuse; et, parmi cctle voltige, se développe un caractère attachant et singulier de femme qui nous captive pour le mouis autant que le vagabonddf^'e du billet fascinateur. Pauvre madame Dunois, vous êtes fade et incolore a coté de Suzanne! C'est pourquoi le public, eût-il vu FÉtoumeaUj la veille, ne penserait pas plus à VÈlourneau en voyant le% Pattes de iUoudie, qu'à la chanson de MarlboroogU ou au roman de ^Uaiek-Adheh Or, remarquez que les trois auleurs, qui s'écartent à de si grandes distances l'un de l'autre en restant dans le même sujet, ont pourtant tous trois également traité le sujet sur le mode comique ou plaisant. Que serait-ce donc si un quatrième auteur concevait le thème de l'objet perdu et recherché sous un asuect tragique ; et la tragédie se trouve on germe dans ce noyau tout aussi bien que la comédie! Qml abime le séparerait des trois autres, et, je le répète, toujours avec le même thème ! Écrivez» si vous voulez* la Fiam^
LES THÉÂTRES PARlâlBNS.
muia; eciivcz OdeUe; écrivez Dix ans ou la vie d'une femme, que vient de rappeler avec à-propos M. Vîlu, el criez : a L'idée est à moi ; les cours et les tribunaux le déclarent par leur jurisprudence; la propriélé littéraire est une propriété », et autres rubriques semblables ; vous n'empêcherez pas que ridée soit reprise, exploitée, tiansformée, passée et repassée au creuset ad œtemum. C'est la grande loi de rinventiou el de Télaboratiou littéraires.
Aussi le drame ia Comtesse Romaniy dont l'auteur vient de mourir, fut-il salué, quand on le joua au Gymnase en 1876, comme une œuvre inventée et neuve, quoique nous eussions déjà le Mariage d'Olympe. Il sulfisait, pour que le public eût la sensation du neuf, que Coecilîa Romani, en étant la même chose qu'Olympe, le fût d'une autre façon qu'Olympe. Gustave Fould a écrit cette pièce sur le tard, et il n en a pas écrit d'autre. 11 a eu, il est vrai, pour collaborateur l'un des maîtres du théâtre, dont on reconnaît la patte vigoureuse en plus d'un endroit de la Comtesse Romani^ et, en plus d'un endroit aussi, les graves défauts : incoutmence de dissertation, phrases naïvement sèches, réflexions naïvement plates. Le premier acte de la Comtesse Romani, imité depuis d'une façon peu adroite et affaibli par M. Octave Feuillet dans le^ premièi-es
scènes d'uji liuinan purisien, est ua loil bon morceau scéniquo. Si les nuaaoes du caractère de Cœcilia ne sont pas toujours rendues avec assez de délicatesse et de liant, au moins le caractère dans son ensemble est vrai et bien conçu. Tout à fait hors ligne, par la vérité, est le personnage épisodique de la puiicesse Altikoff. l^a grande daiue russe, pur sang I Après le succès de la première représentation, Gustave Fould put se dire, lui aussi : « Et pourlauL il y avait quelque chose là. » Oui, il y avait quelque chose dans cet être doux et irritable, querelleur et affectueux. U y avait quelque chose de très bon que gâta et rendit vain quelque chose de très mauvais, le dérèglement* Le succès de la Comlem Romam et la courle députalion de Tan 1810, durant laquelle Gustave Fould se comporta en député sage et indépendant, furent les deux moments d'arc-en-ciel dans sa vie trouble et pluvieuse. Gustave Fould est mort d'une paralysie progressive du cerveau arrivée à sun dernier terme. C'est proprement le mal parisien. Sa femme, légalement séparée de lui depuis bien des années, 1 avait recueilli chez elle, à Asnières ; elle a assisté pieusement ses derniers jours et secouru ses dernières souffrances. On se réconcilie avec Tidée du mariage indissoluble quand on voit quelles obli|^ations d'aide réciproque contre les mauvaises chances de la vie et les suites de nos erreurs le mariage a la
42 LES THEATRES PAniSlENS.
vorlii de créer et, le cas échéant, de rétablir entre des |>ersonnes qui sont restées pondant longtemps inconipaliblos, (|ue (oui, pendar.t loni^teinps, avait é/oignées l'une de l'autre.
Tlitalro des Vai it'^tés : le Cltapi au de paille d ïudie. — Ambi^^u:
un Drame au fond de la mei\
{Feuilleton du 8 septembre 18»4.)
Et pourtant le Chapeau de pcUlle d^ltalie est ua
chef-d'œuvre 1 Mais ceux qui n'en étaient pas bien convaincus d'avance n'ont pas pu s'en douter, aux Variétés. D'un bout à l'autre, la pièce a été défigurée et massacrée.
Il faut d'abord que nous cherchions querelle à M. Labiche lui-même» Il n'a pas respecté son texte et il n'en a pas cxij^é le respect. Qu'il ait autorisé des coupures, soit ; mais qu'il ait laissé commettre des anachronismes sous prétexte de rajeunir la pièce, c'est ce que notis ne comprenons pas. II n'a fait ainsi qu'accuser et aggraver le léger outrage des ans que portent au front la plupart des comédies et des drames
lu LB8 THKÀTAËS PARISIENS.
après cinq lustres écoulés. Fadioard aux prises, dans la comédie de Labiche, avec un oflBcier de spahis, i appelle lanlùl a 1 Atncain » et tantôt le n Beoizoug-70ug ». H. Labiche a estimé que l'appellation « TAfricain » était « suraanée ». Fadinard ne dit plus : a Ah I il m'agace, TAfricaîn !» 11 dit : « Ah ! il m'agace, le Krouiiiir ! » Eh bien I c'est le mot Kroumir, qui est déjà de l'antiquité; ce mot a déconcerté tout de suite la salle. Au quatrième acte, Beauperthuls dit à sa bonne: « Prends une voiture... voilà trois francs ». Christian juge plaisant de dire: « Voilà trois sous ; tu prendras l'impériale de l'omnibus », sans s occuper de savoir s'il y avait ou non des impériales d'omnibus en 1851* De même, Lassouche s'est écrié lautrc soir au quatrième acte : « Nonancourt est furieux I... Il veut mettre un article dans le tiyaro contre le Yeau qui ieUe ». J'en demande pardon au Figaro; le texte porte : « Nonancourt est furieux. Il veut mettre un article dans les Débats contre le Veau qui teUe ». En 1831, du temps de Fadinard et de Nonancourt, aucun journal n'existait portant le nom de Figaro. Je m'arrête sur cette dernière substitution de mots; elle trahit les dangers du système de rajeunissement. Elle est, en etlet, quelque chose de pis qu'un anachronisme qui déroule; c'est une hérésie dramaturgique; c'est une méconnaissance de Labiche par Labiche, devenu
tout à ooup incoDScient de son tour d'esprit spécial. Le comique originel du mot, et qui est uu comique tout particulier à Labiche, consistait justement dans le contraste entre les mésaventures de Nonancourt au soi-disant Veau qui tette et le ton de gravité doctrinale pour lequel le Journal des Débats a toujours été réputé au cours de sa longue existence. Mettez Figaro à la place de Jownial des Débats, le trait de Nonancourt reste toujours sans doute un trait de mœurs vrai ; ce n'est plus un trait aussi burlesque. Le journaliste génial, qui en fondant le Figaro a créé une nouvelle forme si française de journal, n'eût point trouvé exorbitant que Nonancourt portât devant lui sa querelle avec le Veau qui tette. Au contraire, il Tcût trouvée « bien bonne ». Mais Nonancourt évoquant à son aide les ombres de Bertin Taîné et de Chateaubriand ! C'est dans celLc image qu'est le comique.
C'est tout juste si les artistes des Variétés savaient leurs rôles, loin d'en avoir étudié suffisamment Tcsprit. Ils débitaient le dialogue avec une lenteur glaciale, et ils trouvaient en même temps le moyen de n'en rien détacher, de tout nous engloutir dans Toreille comme un flot de sons indistincts* Ils ne faisuicat pas jaillir la bouffoiinerie iatririscquc des choses et ils trouvaient moyen de cbaiger certaines scènes d'un excts de ^e&les et de mouvements para-
146 LES THÉATHES PARISIENS.
sites qui soul de mise dans n'importe quelle parade, ils semblaient malheureux des rôles qu'on leur avait donnés à jouer 1 Ali ! le public était bien plus malheiH reux encore qu'ils les eussent acceptés. Je regrette de m exprimer ainsi en parlant d'artislos tels que MM. Lassouche, Christian^ Dupuis, qni jouissent depuis lon^^temps, et à bon droit, de la faveur du public. Qu'y faire? Lassouche a manqué complètement le personnage de Fadinard. Il en laiL un abruti. A la vérité, Fadinard n'est pas facile à personnifier par Taeleur. il entre dans la eonoeption du personnage de Fadinard beaucoup de fantaisie ai nièine d'ai'biLraire. Fadinard csl plus conçu qu observé. Un serait embarrassé de ranger dans ufte caLégoric morale el sociale définie, ce jeune lioinme qui a huit mille livres de rente» qui a fait ses classes, qui lit le Journal des Débats, trois particularités infiniment respectables en Tan 18âl, et qui épouse la lille d'un jpépiniéristc de Charentonneau dont il a reçu un coup de pied en onmibas. Ce qui est sur, pour le comédien, c'est que l'emploi de Fadiaard est un emploi d'amoureux, que cet amoureux lient Je milieu eiilre le jeune premier et l'amoureux comique, qu'il est fin, spirituel et imprégné d'un cerUuii dileUanlisme de la vie. M. Lassouche ne nous rend rien de ces nuances. Les ahurissemenU de Fadinard, a^anl à ses irousaes le Beni-
zoug-zoug» Nonancourt, bobia, la noce» il les exprime
passcibleiiiCiiL ; c'c^l son fait. Mais la malice cl la philosophie par lesquelles Fadioaid se venge, ses adroils coups de corne qui rji et là évenlreiit l'un des individus de la meute, H. Lassouctie n*en garde rien. Que Ravel irioinpiiail naïvemeiil et liiienical, lorsque, excédé du ion du spahi, il se rattrapait sur Aiiaïs, ca di^aiiL: a Écoutez donc! l^ourquoi Madame accroclie-t-elle son chajieau dans les arbres? Pourquoi se promène- 1- ci le dans les leurrés avec des militaires? d Ce sont ces fusées de spirituelle effroiilerie qui empùclieiil Fadmard de paraître dans la querelle avec l'officier un simple pleutre, Avne quelle assurance de son droit Ravel envahissait Beauperthuis, se plaignait de la raideur de Tescalier de Beauperthuis, et cAi^eait qu'on lui représentât tout de suite madame Beaupertiiuis, munie de son chapeau. « Sortie, madame BiaupcrLliuib I à dix heures du soir I... C'est invraisemblable... Vous laissez toLirir votre fenniie à des heures pareilles, jobard ! w • Surtout, Fadinard est pressé ; c*est son grand caractère ; il est pressé, très pressé, il y a de quoi. Son aventure est la vraie comédie du « jeune homme pressé >^ que M. Labiche avail déjà éhauchée en 1848, d'une façon trop vulgaire et trop forcée. M. Lassouche ne paraît jamais pressé. 11 prend sou temps j>armi les plus atroces bousculades^
JNuuà boiiuiici encore moins sulisiait de M. Dupuis dans NonaDCOurt que de M. Lassouche dans Fadinard. M. Dupuis a défailli dès son entrée, celle superbe eotréc» dès œ cri devenu proverbial : « Mou gendre» tout est rompu! » D'abord, comme M. Dupuis ne savait pas son rôle, il ne s'est pas gêné. Au lieu de : « Vous vous conduisez connue un paltoquet », il a dit : « Mon gendre, vous êtes un malplaisant ». Quant au « tout est rompu », il l'a peut-être dit, mais je ne lai paâ entendu. 11 Ta dit en dedans, comme Dumainc dit dans la Tour de Ne^sle : « Dix manants contre un gentilhomme, c'est cinq de trop ! » comme vous et moi nous disons le malin, à notre lever : « Nicole, apporte-moi mes pantoufles ». L'en-dedans est la mode des acteurs d'aujourd'hui. Grasset no décolérait pas contre son gendre, et son soulier ne cessait pas un instant de Je blesser. M. Dupuis oublie à tout moment et le gendre et le soulier. Au second acte, Grassot, empressé et important, plaçait sa noce, la consultait et la renseignait, faisail à M. le maire les salamalecs que la bienséance exige. Il tenait à marquer qu'il avait de l'usage. M. Dupuis laisse aller la cérémonie ou fait des gambades. Avec lui, avec l'intonation qu'il y a mise, personne n'a pu sentir Je proiond et désopilant comique du mot ; « A Charentonneau, on demande les noms iirel, Dupuis n'est pas Nonancourt, ^iépi-
lES THEATRES PAUISiEiNS. 140
niêriste considéraMe et estimé à Charentonneau.
C'est un beau de village.
On attendait avec impatience H. Ghiristian dans le personnage de Boauperlhuis qui n'apparaît, on le sait, qu'au quatrième acte. On pensait que lui du moins sauverait son acte. Vaine espérance! M. Christian est un homme tout rond. Tl y va A la bonne franquette. Ni sa face ni ses manières ne portent rien des inquiétudes conjugales de Beauperthuis. C'est le Beauperthuis battu et content. Je ne sais si le lecteur se rappelle les quatre lignes que Labiche et Marc- Michel mettent daus la bouche de Beauperthuis pour exprimer son anéantissement et sa suffocation.
Ce qui m*arriv6 là est peut-être unique dans les fastes de l'humanité!... J*ai les pieds â Teau... J'attends ma
femme... et voilà un monsieur qui vient me parler de chapeau et me viser avec mes propres pistolets.
En débitant ce petit couplet, M. Christian n e^st ni anéanti ni suifoqué. Je ne puis pas passer davantage condamnation sur la manière dont M. Angély interprète, comme disent maintenant Messieurs les Comédiens, le nMe de Bobin. Peut- être M. Angély se sera dit : Bobin 1 Bah ! Bobin 1 Qu'est-ce que c'est que Bobin! Une utilité! Un comparse! Un jocrisse d'occasion qui n'est là qu'en façon de remplissage I Or iiobiu a à faire valoir Tun des traits de nature
ICK) LBft THÉATftBS PARI81SM8.
ci de vérité les plus forts de la pièce» Fun deft plus
propres à déchaîner le rire, presque du Molière. Citons, ne craignom pas de citer :
NONANcovuT, à Fodimrâ
Autre chose! Pourquoi étes-voos parti ce matin de Charen tonneau »ins nous dire adieu ?
BOBIN
Il n*a embrassé personne.