‹ Les théâtres parisiensChapitre 6 sur 35 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

se moDtraii si justement jaloux. On lui a reproché

des réserves excessives, et mùme des sévérités ou duretés d'appréciation, équivalant à un déni de justice, envers des reiionunées cunLemporaines dont quelques-unes sont déjà presque de la gloire. On lui a demandé compte aussi de certaines admirations inattendues, trop particulières, dit-on, et personnelles pour n être pas suspectes de parti pris ou de caprice. On a dit, on répétait tout récemment encore que ce même J.-J. ^Velss qui, par sa conception théorique du théâtre, et par l'esprit général de son esthétique, se rangeait presque parmi les doctrinaires de lettres, sous le drapeau de la eriligue de principetj à l'opposile de Idi critique cl' imjtressions^ ne s'est pas, en fait, gardé de celle-ci, comme on l'aurait pu croire; que maintes fois, sans le vouloir, il y a luimême payé tribut, trop vif esprit et trop mobile, trop ardente et primesaulière nature, pour tenir constamment une voie tracée, et mettre régulièrement ses exemples d'accord avec ses principes.

On lui conteste ainsi, on lui retire l'autorité, l'essentielle qualité sans laquelle il n'y a pas, en crilique, de maîtrise; on ne veut que lui laisser connue une assez belle part, 1 éclat, le prestige, les séductions d'un esprit original et d'un talent rare*

Nous ne réclamons pas pour lui Tinaltérable équité d'un juge infaillible. Quel est le critique mémo

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parmi les mieux doués et les plus lioiioêtes, opérant sur les œuvres du jour ou d'hier, à qui puisse être raisonnablement accordée une telle clairvoyance et sftretéd*exaraen? Seule, la postérité, souvent tardive, a compétence et pouvoir pour faire le triage déiinitif de ce qui doit vivre et de ce qui doit mourir, et pour distribuer irrévocablement les places et les rangs. Ceux-là même qui, par la sagacité d'un heureux instinct, ou à force d'attentive et pénétrante étude, savent le mieux entrevoir ou pressentir ses arrôts, doivent s'attendre à ce qu'une bonne part de leurs opinions ou de leurs sentences soit revisée, corrigée ou refaite par ce juge suprême. L'œuvre critique de J.-J. Weiss, éminenteàcoupsAr, ne saurait échapper à cette commune loi* Qu'on veuille bien, d'ailleurs, ne pas confondre avec ce qu'on y pourrait relever de jugements plus ou moins réformables, ceux plus sûrs et d'une équité non douteuse que compromet peutêtre, à première vue, mais ne doit pas faire méconnaître l'entrain mal contenu d'une rédaction trop vive.

Pour ne pas s'y tromper, il faut, en esprit de justice, faire la part de la verve de Técrivain, d une verve qui, par sa chaleur, son éclat, son brio, ses originales soudainetés et boutades, donne parfois à de très bonnes vérités une apparence de passion et de fantaisie ; celle aussi d'un naturel enjouement

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d*espril, qui se plaît aux exagérations piquantes ; et encore d'un tempérament de journaliste, excité par une vie guerroyante do tant d années daiis l'arène politique, et gaidant de ses longs combats une humeur quelque peu batailleuse et taquine. De là, ces spirituelles outrances d'expression, ces mots à la fois caractéristiques et exorbitants de déplaisir ou d'admiration» qui partent comme des fusées^ mais d*un fonds d'étude et de raison, et dont, à l'ordinaire, il n'est pas malaisé de rabattre à qui sait lire. De là, ce tour de paradoxe, cet air d'excentricité et de déû donné à des sqppréciations fort saines, à des thèses très sensées, ou à des nouveautés d'opinion dignes d'un sérieux accueil. Il ne faut souvent que tourner la page ou jeter en arrière un rapide coup d'oeil pour réduire à leur juste valeur ces provocantes, étincelantes, anmsantes saillies ; ce qui les suit, intelligemment rapproché de ce qui les précédait, répare la nuance un moment altérée, rétablit la limite franchie et remet les choses au point. Nos concessions ne sauraient aller plus loin sans retirer rhommagc senti que tout à l'heure nous nous plaisions à rendre à un solide et charmant génie et sans nous mentir à nous-mômes.

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En fait, que loi a-t-on surtout objecté ou reproché?

Eavcrs qui et sur quelles œuvres ra-t*on accusé et raccuae-t-on de s'être montré censeur rigide, étroit» ou, à l'inverse, juge d'une laien vaillance illimitce, excessif et trop complaisant approbateur?

Il est vrai qu'en mainte page, il avoue» avec la plus entière franchise, ne pas admirer le théâtre de Victor Hugo, même en s'arrétant à ceux de ses drames qui ont été le plus souvent remis à la scène, et dont la vogue ne semble pas épuisée. Était-ce incorrigible parti pris, aveugle résistance d'un obstiné classique aux révélations d'un art nouveau ? Pas le moins du monde. On a vu tout à llieure par ce rapprochement d*un sens profond entre la Plièdre de Racine et YOihdlo de Shakespeare, que son goût raisonné, sa préférence, son faible, si Ton veut, pour la vieille tragédie, pour celle dont Boileau a tracé le code, n'avait rien d'exclusif. Il acceptait parfaitement le cframe, le drame avec toutes les libertés qu'il comporte, mais aussi avec toutes les obligations dont elles ne sauraient Taffranchir. Dans ce plus large cadre, il voulait trouver autre chose encore que des chocs de passion retentissants, que de surprenants

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coups de thcûlre, que de terriliaats déaouemeatSy autre chose que de beaux vers, des rimes sonores» des tirades d*UDe éloquente poésie, et des effets artistement combinés de mise en scène et de costume. 11 y voulait avant tout ce que le poète de iiiéàlrc doit surtout au speclateur : un tableau de la vie, où se renœutrent et lutleuL des ùtres fails comme nous, scmblal>les à nous, en qui chacun de nous puisse à première vue se reconnaître, à quelque distance que les mettent de nous leur condition, leurs vertus ou leurs crimes, leurs aventures tragiques ou fortunées; des hommes enfin, des figures vraies, filles, non do l'imagination qui invente et forge en se jouant^ mais du génie qui crée, les yeux fixés sur Féternol modèle. De toutes les lois auxquelles il jugeait le théâtre absolument soumis, celle-là est, à coup sûr, la première et la plus impérieuse, et c'est précisément à celle-là que le grand poète révolutionnaire lui paraissait être reste le moins fidèle. Il s'expliquait ainsi à lui-même l'impression de froideur persistante que lui laissaient, en dépit de tous leurs éblouissements et de tous leurs prestiges, les plus renommés de ces drames, et qu'il avouait sans détour.

Que les vieux tenants du romantisme aient protesté avec indignation contre l'insulte faite à leur dieu: sotti Les plus avisés d'entre eux cependant se Ijurnent à tenir ferme pour Hernani^ Ruy Blas^

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