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MEPRÉSENTANTS MODERNES DU LAMAncxIsmz 265
côtés, l'animal pouvant se courber dans les deux directions. C’est la structure à laquelle Cope donne le nom de rachitomique. Elle donne naissance à deux lignes généalogiques différentes; pour les comprendre, il faut se tourner de nouveau vers la comparaison avec la manche plissée. On y voit, en effet, deux sortes d'espaces délimitées par des crêtes : les espaces de forme vaguement rhomboëdrique, clos de tous côtés [que Cope appelle centres ou pleurocentres (p)] et les espaces triangu-
Fic. 13. — p, pleurocentres ; — À, intercentres; — n, meurapophyses (d'après Cope).
laires dont les sommets s’enfoncent entre ces centres et qui sont placés inférieurement par rapport à ces derniers [ce sont les intercenires (1)]. Il - faut y ajouter aussi l'espèce de prolongements, de crêtes, que nous voyons en haut des centres et qui figurent les neurapophyses (n). L'évolution ultérieure diffère suivant que ce sont les centres ou les intercentres qui se développent. Les poissons et les batraciens possèdent des vertèbres «intercentrales»; les vertébrés supérieurs, les mammifères, des vertèbres « centrales ».
En ce qui concerne le mode d’articulation io ss
vertèbres, il dépend, lui aussi, du mode de mouvement. Chez les reptiles, où la colonne vertébrale est très flexible et tous les mouvements s’exécutent avec son aïde, il y a la plus grande variété à cet égard ; c’est au sein de cette classe que s’effectuent les transformations successives : d’abord les vertèbres primitives biconcaves (amphicæles), puis les deux types principaux, le type plan (amphiplan), et le type où l’articulation présente une protubérance d’un côté et une fossette de l’autre, articu-
lation « en bilboquet » (procœle ou opisthocæle, #à
suivant que la cavité est en avant ou en arrière). Le premier type est réalisé chez les animaux
dont le corps, supporté par des membres assez
développés, ne se trouve jamais en contact avec le
-sol; le second, chez ceux qui, comme les serpents,
progressent en rampant et n’ont que des membres peu développés ou rudimentaires. Chez les premiers, en effet, le tronc reste relativement immobile, les membres accomplissant tout le travail de la progression, tandis que les mouvements vermiformes des seconds rendent toute immobilisation des
vertèbres impossible. Que Farticulation « en bïl- ?
boquet » soit réellement un résultat du mouvement, on le voit par l’exemple des vertèbres cervicales qui, chez les mammifères à long cou, conservent le type « en bilboquet », tandis que les vertèbres dorsales deviennent planes et les plus immobiles finissent par perdre tout à fait leurs articulations, corame dans le sacrum.
Nous nous bornerons à ces quelques exemples dans notre exposé des preuves que Cope apporte à ses vues théoriques. Son chapitre sur la cinétogénèse est un des essais les plus complets qui aient été faits de l'application des principes lamarckiens à l'explication des différentes structures; à ce titre, le travail de Cope est caractéristique : il montre comment on pourrait construire une anatomie comparée physiologique, basée sur la fonction, une anatomie comparée dynamique.
L'idée énergétique constitue le fil conducteur de tout le système de Cope, au total assez complexe et toufu, qu'il nous est impossible d’exposer ici complètement. Dans l’ontogénèse, c’est un mode de mouvement des molécules protoplasmiques, l'énergie de croissance, qui détermine pour lui toute la différenciation ; cette énergie, à laquelle Cope
donne le nom de « bathmisme » (de faué, qui
veut dire «degré »), produit, ense localisant diversement, les plissements, les invaginations, etc. Dans lhérédité (des caractères innés comme des caractères acquis, les premiers n'étant que des caractères acquis autrefois), c’est une énergie spéciale qui se transmet des tissus du corps aux cellules germinales. Cette énergie se combine là avec l’énergie héritée et produit l'énergie de l’évolution, l'énergie de la croissance, le « bathmisme ». Ce qui se transmet ici, c’est un mode de mouvement, peut-être par l'intermédiaire du système nerveex
qui emmagasine les impressions des parents. C’est
l’idée d2 l’hérédité-mémoire de Hering, reprise
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récemment par Semon. [Cet exposé des idées de Cope sur l’ontogénèse et l’hérédité, en particulier en ce qui concerne le « -bathmisme », paraîtra, sans doute, un peu vague; mais il n’est pas plus précis dans le texte de l’auteur. Ce qui nous sémble s’en dégager, c’est la substitution du point de vue énergétique au point de vue matériel dans la conception de l’hérédité.]
Le point de vue dynamique n’est pas spécial à Cope : il est plus ou moins le propre de tous les lamarckiens. La proposition de Lamarck que la fonction fait l’organe est à la base de cette conception, et on ne peut s'empêcher de remarquer qu’elle est devenue on ne peut plus moderne avec la philosophie énergétique actuelle. Il est possible qu'il
- m'y ait là qu'une certaine façon de s’exprimer, de décrire les choses ; mais cette façon de s'expri- ‘mer peut suggérer un mode de penser et une direction nouvelle des recherches.
Dans la personne de Le Dantec, principal re+. présentant du lamarckisme français, nous avons affaire à un esprit, à une méthode de raisonnement tout à fait différents, méthode qu'on pourrait appeler spéculative. Les ouvrages de Le Dantec sont bien connus du public français et il n’est pas\nécessaire de les exposer ici en détail; sur certains points spéciaux, il nous est déjà arrivé, d’ailleurs, | de citer ses opinions. Ici, nous voudrions seulement mettre en relief la façon dont il conçoit le … lamarckisme, en laissant de côté ses idées d'ordre * | plus général sur la nature du phénomène vital, la
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définition chimique de l'espèce, la méthode en biologie, etc.
Le darwinisme et le lamarckisme ne sont pas, pour Le Dantec, deux points de vue opposés, mais plutôt deux manières différentes d’envisager une même question. Le darwinisme, dit-il, procède à la façon des sciences physiques, qui établissent une loi approchée. On prend un être vivant à l’état d’ « assimilation pure et simple », c’est-à-dire un être qui ne varie pas et se borne à maintenir par l'assimilation l’état où il se trouvait auparavant. On envisage ensuite les différentes perturbations apportées à cet état (ce sont les variations), sans se préoccuper de leur origine, et on juge du résultat produit après coup, quand les individus ont été passés au crible de la sélection naturelle.
Le lamarckisme, au contraire, ne sépare pas la variation de la vie elle-même, c’est?à-dire de l’assimilation. Ce n’est pas l’ « assimilation pure et simple » qui l’intéresse (le cas d’ailleurs n’existant guère en réalité), mais l’assimilation qui est le résultat de l’activité de l’organisme, de son fonctionnement. Ici Le Dantec arrive à l’idée qui est le pivot central de son système, l'assimilation fonctionnelle. La physiologie a toujours affirmé, depuis Claude Bernard, que la substance vivante se détruit lors du fonctionnement et est récupérée pendant les périodes de repos. C'était une vérité qui paraissait évidente, mais elle n’a jamais été, dit Le Dantec, sérieusement discutée entre physiologistes. Or, ce n’est là qu’une idée préconçue résultant
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d’une certaine conception dualiste et mystique de la vie, dont Claude Bernard lui-même n’avait pas pu s'affranchir. Il lui semblait que le fonctionnement que nous pouvons étudier dans nos laboratoires ne peut pas être la partie essentieile de la vie et que la vraie construction de la matière vivante devait se faire mystérieusement, au repos.
En réalité, cependant, ce qui se dépense pendant
le fonctionnement, ce n’est pas la matière vivante elle-même, mais des substances de réserves, des matières mortes. Si un muscle qui travaille maigrit, c’est parce qu'il consomme sa graisse, sa substance de réserve; mais sa substance propre, la substance musculaire, se développe au contraire.
Le principe de F’ « assimilation fonctionnelle » est, pour Le Dantec, la “clef de voûte de tout le problème, de toute la question pendante entre lamarckiens et darwiniens. La première loi de Lamarck en découle directement, et c’est la même notion qui permet de comprendre l’adaptation, résultat direct et immédiat de l’assimilation fonctionnelle.
Que le darwinisme et le lamarckisme soient sim- | plement deux méthodes différentes, Le Dantec le montre en racontant successivement en langage darwinien et en langage lamarckien le même :
exemple : la contamination du mouton par la bactéridie charbonneuse. Voici la description darwinienne :
4. La crise du transformisme, p. 261 et suiv.; Éléments de philosophie biclogique, p. 66-69.
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« Prenons. une culture quelconque de bactéridies, culture dans laquelle se seront produites, sans que nous sachions comment, des variations dans divers sens. Injectons cette culture à un mouton. Voilà un cas vraiment darwinien, car les conditions dans lesquelles ont varié les bactéridies dans les milieux morts précédents, n’ont aucun rapport direct avec l'aptitude à vivre dans le mouton », et les variations qu’elles y ont subies sont bien des variations quelconques par rapport au nouveau
fnilieu. « Le mouton jouera ici le rôle d’un crible.
Celles des bactéridies qui, par hasard, après les variations subies, se trouvent être virulentes pour le mouton, c’est-à-dire aptes à se conserver dans le mouton, se développeront dans le milieu intérieur de l'animal. Au contraire, celles qui, par hasard, après les variations subies se trouvent ne pas être virulentes pour le mouton, mgurront dans le milieu intérieur de l’animal, puisque, par définition de la non-virulence, elles ne sont pas aptes à se multiplier dans ce milieu intérieur. » Finalement, les bactéridies virulentes tueront le mouton et se retrouveront seules dans son sang; ce sera la « persistance des plus aptes » à la suite de la sélection opérée par le corps du moutont. Voyons maintenant comment peut se produire une évolution adaptative de cette bactéridie. On sait par la célèbre expérience de Pasteur, Cham-
berlans at Roux qu’une bactéridie charbonneuse ,