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CHAPITRE XVIH

«+ La Ségrégation.

L'isolement géographique et l'isolement physiologique. — Moritz Wagner et sa « théorie de la séparation ». — Wallace, la distribution des papillons américeins et les faunes insulaires. — Gulick et Romanes. — Les deux modes de séparation dans l'espace. — D. Jordan. — La sélection physiologique. — La théorie de la divergence reproductrice de Vernon. — Objections.

Nous avons déjà dit qu’à côté des grands systèmes, lamarckien et darwinien, des théories embrassant la question tout entière de l’évolution des êtres, 1l s’est élaboré un certain nombre de systèmes secondaires, admettant les prémisses de l’une ou de l’autre de ces conceptions fondamentales, mais les corrigeant ou les modifiant par la mise en avant de tel ou tel facteur, considéré comme secondaire par les fondateurs du transformisme. Parmi ces systèmes pour ainsi dire additionnels, nous commencerons par le premier en date, celui qui est né presque en même temps que le darwinisme lui-même, par les théories d'isolement, de ségrégalion.

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FER Leur idée fondamentale est que les variations a fortuites ne sauraient donner naissance à une 4 . espèce distincte, que si un obstacle quelconque 4 empêche les porteurs de ces variations de se repro- 4 duire avec les non variés, que s’il s’établit entre 4 eux une séparation, s'ils sont isolés les uns des d autres. Cet isolement, différentes causes peuvent le À produire : des migrations peuvent conduire une 0) portion de l’espèce dans une autre région; une A barrière géographique peut surgir, séparant la à région habitée par l’espèce en deux parties qui ne À communiquent plus (ségrégation géographique); é enfin, une variation peut se présenter qui créera L- un obstacle physiologique quelconque au croise- É: ment (ségrégation physiologique). Les conceptions 4 varient suivant qu’on invoque l'influence de la dis- ‘3 tribution géographique ou celle des variations 548 d'ordre physiologique; elles sont cependant, dans 42 la plupart des cas, proposées par les mêmes au- 10 teurs, s’occupant du fait de l'isolement dans son #. acception la plus générale.

64 La ségrégation géographique fut pour la pre- 3 mière fois mise en avant par Moritz Wagner, natuë raliste allemand qui était en même temps un ex- À plorateur célèbre. A la suite d’un grand nombre 2 de voyages dans toute l’Amérique, en Asie et en 70 Afrique, Wagner arriva à cette conclusion que si k la sélection naturelle peut imprimer certaines mo- Le : difications à l’espèce, elle est cependant impuis-

Der : sante à différencier les espèces les unes des autres, à créer des espèces nouvelles. La séparation dans

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l’espace peut seule, d’après lui, produire des nouvelles formes qui deviennent fixes. Une séparation durable de ce genre amène toujours une différen-

ciation, car les modifications imprimées par le

changement d'habitat ‘sont sûres de se perpétuer par la reproduction exclusive entre individus qui tous ont varié dans le même sens. Or, les changements d'habitat sont un phénomène absolument général, car la surpopulation et l'insuffisance de

nourriture font naître dans toutes les espèces

animales une tendance naturelle à émigrer, à se disperser de plus en plus sur la surface de la terre.

C'est en 1868 que Moritz Wagner formula pour la première fois sa « théorie de la séparation » dans son travail : Die Darwinsche Theorie und das Migrahionsgesetz der Orqanismen, et depuis, jusqu’à sa mort (survenue en 1887), il n’a cessé de la défendre en l’opposant à la sélection naturelle. En réalité, cependant, il n’y a rien dans la conception de Wagner qui soit en contradiction avec les idées de Darwin, à moins de prendre ces dernières chez les néo-darwiniens. Il est vrai que Darwin n’envisage pas la distribution des êtres comme un facteur indispensable de la formation des espèces

et ne parle de « races géographiques » et des affinités des différentes faunes que pour appuyer sa thèse fondamentale : l’origine commune des espèces en général. Mais il reconnaît toute l’importance des barrières naturelles, et nous trouvons chez lui des exemples nombreux de différences entre les faunes,

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proportionnées à la facilité plus ou moins grande de franchir ces barrièresi.

D'autre part, un darwinien tel que Wallace a mis en avant un peu plus tard, au congrès de l’Association Britannique en 1876, toute l'importance des conditions locales. Il cite l’exemple des papillons de l’Amérique du Sud : plusieurs sous-familles (les

Danainæ, les Acræniæ et les Heliconinæ) présen-

tent là des dessins et une coloration analogues, mais variant suivant les régions du continent. Ainsi, les espèces des Andes du Sud (Pérou et Bolivie) ont une coloration orange et noir; chez celles des Andes du Nord, l’orange est remplacé par une teinte jaune. Il ne peut y être question de mimétisme, car toutes ces espèces sont également protégées par une sécrétion répugnante contre les oiseaux insectivores. En Afrique tropicale, deux groupes de papillons appartenant à deux familles différentes ont une coloration bleu-verdätre qu'on ne voit nulle part ailleurs, et sans qu'il y ait, chez un de ces groupes, un moyen de protection quelconque.

Il en est de même des différences de coloration entre les papillons des îles et leurs parents continentaux. Les insulaires sont généralement plus pâles et quelquefois de plus grande taille. Aïnsr, aux îles Andamans, les papillons se distinguent par leur teinte claire, et non seulement les papillons, mais aussi les oiseaux. Il arrive, d’ailleurs,

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