‹ Les théories de l'évolutionChapitre 129 sur 162 · Origine des Espèces, trad. Barbier, p 112 et · texte numérisé non relu

Origine des Espèces, trad. Barbier, p 112 et

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souvent qu’une teinte soit localisée dans un pays :

on ne trouve, par exemple, des perroquets rouges qu'aux Moluques et dans la Nouvelle-Guinée. Gest incontestablement à leur mode de distribution géographique que ces espèces doivent les différences qu’elles présentent. Cependant, il faut remarquer que, pour Wallace, ce qui crée ces différences, ce n’est pas le fait même de l'isolement, mais les conditions nouvelles qui modifient le mode d'action de la sélection naturelle.

La question fut plus tard étudiée de plus près par deux savants qui travaillèrent et arrivèrent à leurs conclusions simultanément et indépendamment l’un de l'autre : Romanes!, un des darwiniens les plus remarquables et un des disciples immédiats de Darwin, et Gulick?, missionnaire des iles Sandwich qui avait poursuivi pendant quinze ans des études sur les gastéropodes terrestres et d’eau douce de ces îles. La principale différence entre ces deux naturalistes est que Gulick s’est occupé de tous les modes d'isolement, qu'ils soient géographiques ou biologiques, tandis que Romanes s’est attaché surtout à la sélection physiologique, qui est une notion introduite par lui dans la science. |

Les travaux de Gulick sont postérieurs à celui de

4. J. T. Rowanes. Physiological selection (1885), et Darwin and after Darwin. (London, 1892-1897.)

2. J. T. Guuicx. Divergent evolution through cumulative segregation (J. Linn. Soc., XX, 189-274), et Intensive segregation. (Ibid., XXII, p. 312-380.)

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ae 296 LES THÉORIES DE L'ÉVOLUTION Romanes sur la sélection physiologique, mais antérieurs à Darwin and after Darwin, ouvrage dans lequel Romanes, tout en développant ses idées propres, s'associe aux vues de Gulick. Les deux théories se confondent ainsi, là du moins où il s’agit d'isolement géographique.

L’isolement, de quelque forme qu’il soit, disent les partisans de cette conception, est ur principe très général, plus général même que la sélection naturelle, un principe du même ordre que ceux d’hérédité et de variation avec lesquels il constitue les trois supports de toute évolution des êtres. En vertu de ce principe, la transformation du type ne pourra avoir lieu que s’il s’établit une impossibilité de croisement entre une partie de l’espèce et le reste de cette espèce. Là où la reproduction ne rencontre aucun obstacle dans toute l’aire d'extension d’une espèce, les conditions auront beau être très différentes, elles ne provoqueront pas l’apparition de formes nouvelles. La sélection naturelle seule sera impuissante à produire la divergence de caractères, contrairement à ce que.

croyait Darwin. Au contraire, là où une barrière géographique, par exemple, existe, il apparaîtra facilement des types nouveaux, d’autant plus distants entre eux que la séparation aura été plus longue, l'éloignement plus grand et les conditions d'existence plus différentes.

‘4 Ainsi, chez les gastéropodes des iles Sandwich | il y a un nombre de variétés très considérable localisées chacune non seulement dans une île

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spéciale, mais dans une vallée spéciale ; plus encore : les variétés de ces vallées sont d’autant plus différentes entre elles que ces vallées sont à une distance plus grande, de sorte que Gulick arrive à évaluer assez exactement, d’après le degré de cette divergence, la distance en milles qui sépare deux vallées données. Wallace ayant objecté qu’il peut s’agir ici de l’influence directe des conditions de vie, Gulick fait remarquer, qu’on ne constate à cet égard aucune différence entre les vallées et que, de plus, cela n’expliquerait pas la progression régulière des variations.

Ici, la ségrégation semble avoir agi au hasard : un Certain nombre d'individus, semblables aux autres d’ailleurs, se sont trouvés séparés du reste de l'espèce par une barrière géographique et là, par le fait même de l'isolement, des caractères nouveaux sont apparus chez eux. Et il doit en être ainsi, en dehors même de toute influence du milieu, car lorsqu'on divise au hasard un ensemble d’individus en deux fractions, la moyenne des variations individuelles ne sera jamais la même d’un côté et de l’autre. Cela donnera un point de départ pour des variations. Ensuite, l’action des conditions ambiantes s’ajoutant, la divergence s’accentuera de plus en plus.

À côté de cette première forme de ségrégation dans l’espace, dans laquelle le groupe d'individus isolés est tout à fait hétérogène et qui a reçu de Romanes le nom d’apogamie, il en existe une autre qui favorise bien plus encore la création de types

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nouveaux : c’est l’homogamie. ici, les individus sé-

parés possèdent tous un certain caractère qui les dis-

tingue des autres : ils peuvent avoir adopté un genre

de vie nouveau, une nourriture différente, posséder des modifications physiologiques ou psychologiques. La sélection naturelle et la sélection artificieile ne sont en somme qu’une des formes de cette séparation entre individus hétérogènes : entre les adaptés et les non adaptés, entre ceux qui présentent la particularité désirable et ceux qui en sont dépourvus; ces deux principes généraux rentrent ainsi dans la conception plus générale encore d'isolement.

Parmi les naturalistes qui ont accepté cette manière de voir, celui qui insiste le plus sur la ségrégation géographique est D. Jordan, savant américain connu par ses travaux sur la distribution et la classification des poissons. Lorsque nous discutons, dit-il, sur la valeur des petites variations qui doivent, en s’accumulant, donner naissance à une espèce nouvelle sous l'influence de la sélection naturelle, ou sur la formation de ces espèces en blocs par mutation, nous oublions qu’en réalité la situation ne se présente jamais ainsi : dans la nature, une espèce étroitement apparentée à une autre n’occupe jamais exactement la même aire qu’elle : elle se trouve toujours à quelque distance, et la différence entre elles est d'autant plus grande que la barrière naturelle qui sépare la forme jeune de la forme parente est plus importante et plus constante. L'étude

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de certaines faunes locales, des migrations et de la distribution de certaines espèces de poissons et d'oiseaux montre que dans les régions où il n’y a pas de barrières géographiques notables, on trouve des espèces à large extension, homogènes, ne présentant que des variations individuelles ou liées directement à l’action du climat; là, au contraire, où une région est coupée par de nombreuses barrières, on rencontre un nombre d’espèces considérable dont chacune a une étendue restreinte. Et il aboutit à cette conclusion générale : « Les caractères adaptatifs qu’une espèce peut présenter sont dus à la sélection naturelle et se développent en rapport avec les exigences de la compétition. Les caractères non adaptatifs, ceux qui distinguent principalement les espèces entre elles, ne résultent pas de la sélection naturelle, mais d’une forme quelconque d’isolement géographique et de la ségré-

gation des individus qui en est la consé-

quence{ ».

Ajoutons que pour contrôler ses idées, Jordan a adressé à un certain nombre d’ornithologistes des États-Unis une sorte de questionnaire dont une des questions les plus importantes était celleci : arrive-t-il jamais que deux ou plusieurs sousespèces bien distinctes habitent la même région? — La réponse a été généralement négative, confirmant ainsi les vues de Jordan.

Passons maintenant à l’isolement physiologique,

4. The Origin of species through lsclation. (Science, 3 nov. 1905, p. 557.)

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