CHAPITRE XIX
L’Orthogénèse.
Variations se suivant dans un ordre déterminé, — Développement exagéré de certaines structures : les reptiles géants, les défenses du Mammouth et du Babyrussa, les bois de l'élan fossile d'Irlande, la coloration protectrice du Katdima. — L'orthogénèse d’Eimer, ses lois de la croissance organique. — L'’archæsthétisme de Cope; le rôle de la conscience. — La conception de Nægeli.
Parmi les objections adressées à la théorie de la sélection naturelle comme facteur principal de l’évolution, une des principales est celle ayant trait à la nature même des variations initiales. Ces variations sont supposées, comme nous l'avons vu, être très diverses, dirigées dans les sens les plus différents, accidentelies; elles n’aboutissent à certains résultats déterminés que sous l’action de la sélection naturelle qui favorise les plus utiles. Or,
un grand nombre de faits semblent indiquer
que le développement de certains organes et de
certaines structures suit une marche bien définie,
indépendante des services qu’ils peuvent rendre:
dans certains cas même on voit un organe, utile
à un certain moment de son évolution, arri-
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ver, en continuant à se développer dans la même à direction, à être nuisible et à conduire l’espèce à sa perte au lieu de contribuer à sa prospérité. C'est l’idée que l’étude des organismes fossiles a suggérée à certains paléontologistes (c’est Koken, un géologiste et un paléontologiste qui a surtout fait valoir cet argument); ils citent, comme exemples, les grands reptiles du Crétacé dont les proportions. mêmes, la lourdeur et le peu d’agilité ont fini par devenir incompatibles avec la continuation de leur existence; de même, les dimensions exagérées des bois de l’élan fossile d'Irlande, les défenses trop développées et contournées du mammouth, n’ont pu aboutir qu’à l'extinction des groupes d'animaux correspondants.
L’exagération de certaines structures au delà de ce qui pourrait être utile ne se rencontre pas seulement chez les animaux disparus : nous en voyons beaucoup d'exemples actuellement. Nous avons déjà cité, au cours de la discussion de la sélection naturelle, la coloration protectrice trop parfaite du Kallèna et les défenses extraordinairement développées du Babyrussa. Il en est de même des yeux de certains crustacés, placés à l’extrémité de pédoncules trop longs, et de bien d’autres cas encore. Il semble ici que le développement, une fois commencé, se soit poursuivi comme par irertie, suivant une certaine direction déterminée, sans pouvoir s'arrêter au moment où la sélection naturelle aurait dû non seulement cesser de le soutenir, mais mème l'empêcher.
| L'ORTHOGÉNÈSE
Il peut en être de mème des caractères tout à
fait indifférents au point de vue de l'utilité, tels que les dimensions et proportions de certaines structures non actives, les détails de coloration, ete, qui n’apparaissent pas accidentellement, mais semblent montrer une tendance à s’accentuer dans certaines directions. L’étude des dessins et de la coloration des ailes des insectes a fourni un grand nombre de ces exemplesi.
On constate, d'autre part, que les variations ne sont pas illimitées et quelconques : elles semblent être réduites à un certain nombre de possibilités, déterminées pour chaque groupe d'organismes.
- «Par le fait même, dit Plate?, qu’un animal appartient à un certain groupe, les possibilités de variations se trouvent restreintes et dans beaucoup de
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cas réduites à des limites très étroites ». On en a à cité de nombreux exemples : jamais, à en croire les … partisans de cetie idée, on ne pourra obtenir un F. muguet bleu, une herbe à feuilles divisées, un De chien à taches ocellées comme celles du léopard, FR une poule domestique à teinte bleue ou verte, un ‘4 serin bleu ou rouge. CM | D’autres considérations eucore ont amené un | certain nombre de biologistes à concevoir l’évolu- ke , * [M
tion comme se poursuivant dans une ou plusieurs directions bien définies. Ce sont ces conceptions
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